LETTRE DE MALHERBE AU ROI LOUIS XIII
Sire,
Les vers que Votre Majesté vient de lire passeront, s'il lui plaît, pour un très-humble remerciement de la promesse qu'elle m"a faite, de ne donner jamais d'abolition à ceux qui ont assassiné mon llls. Une bonté médiocre se fût contentée de me l'avoir dit une fois ; la Vôtre , qui , en l'amour de la justice et en la haine des crimes , n'est semblable qu'à soi-même , après me l'avoir réitéré, y voulut encore ajouter ce favorable commandement, que je travaillasse à faire prendre les meurtriers, et que je ne me souciasse point du demeurant. Il semble bien , Sire, que des paroles prononcées de la bouche d'un Roi, le plus grand et le meilleur qui soit au monde , me doivent être en telle révérence, que sans être criminel moimême, je ne puisse faire doute de leur vérité; mais. Sire, sur quelle sûreté se peut reposer un esprit de qui le trouble est si grand et si déplorable coimnc le mien ? Cauvet, conseiller d'Aix , beau-père de Piles, et père de Bonnes (qui sont les deux abominables assassins de mon pauvre fils)-, prêche partout la vertu de ses pistoles , et parle de la poursuite que j'en fais, non avec l'humilité d'un qui a besoin de miséricorde, mais avec la présomption d'un qui se tient assuré de triompher. C'est cela, SiRK, qui m'amène une seconde fois à vos pieds pour vous faire souvenir de votre promesse, et vous en demander la confirmation. Pour ce qui est des faveurs dont Cauvet se promet d'être appuyé , je ne m'en mets point en peine. Il en sera ce qu'il pourra; mais je sais bien qu'un homme d'honneur y pensera deux fois devant que de se ranger de son parti. Protéger