I. Profits illicites, dans un emploi, dans une charge
LETTRE AU ROI LOUIS XÏII. 35r
en tout le reste de cette maison. Si mes parties s'en veulent éclaircir, qu'ils aillent sur le lieu : leur propre vue leur apprendra ce qui en est. JMais peut-être s'imaginent-ils qu'ils donneront à ce crime une couleur qui en diminuera l'abomination. C'est chose qu'ils ont déjà tentée inutilement. S'ils y retournent, je ne crois pas que ce soit avec plus de succès. Cette maudite affaire ne fut pas sitôt arrivée que Cauvet, qui voudroit avoir des juges à sa fantaisie, ou plutôt qui n'en voudroit point du tout, dépécha par deçà un des siens pour avoir une interdiction du parlement de Provence ; et en chemin faisant le chargea de conter la nouvelle de la façon qu'il lui étoit expédient qu'elle fût crue. Son homme s'acquitta de sa commission le mieux qu'il put ; mais ce furent des ténèbres qui ne durèrent guère. Il arriva dans cinq ou six jours une infinité de lettres de Provence qui , par des narrations véritables et non suspectes, démentirent ce que ridiculement ce messager avoit publié. Mons. de Guise même, qui avoit été prévenu de cette imposture, me fit l'honneur de me venir voir, et m'avoua que du premier abord il avoit cru ce que l'homme de Cauvet avoit dit , mais que depuis ceux qui font ses affaires en Provence lui avoient écrit au vrai comme la chose s'étoit passée; que l'action étoit très-vilaine, et que de bon cœur il m'assisteroit en ce qui dépendroit de lui. Voilà comme réussit à Cauvet le premier essai qu'en cette occasion il fit d'abuser le monde. A cette heure que la chose est décriée comme elle est, et que sur les informations faites par trois juges différents et les dépositions de plus de quarante témoins , les assassins ont été condamnés à mort, je ne vois pas avec quelle apparence il pourroit reprendre le même chemin. Aussi crois-je bien que ce n'est pas là que lui et les siens jettent le plus assuré fondement de leur espérance. Ils me voient en un âge où il est malaisé que ma vie soit plus guère longue, ils font ce qu'ils peuvent pour en attendre la fin. Il ne se passe guère semaine que sur des vétilles ils ne m'assignent au Conseil. Contre tous leurs artifices, Mons. le Garde des Sceaux ' est mon refuge. Les bonnes causes sous lui ne doivent rien craindre, ni les mauvaises rien espérer. Son intégrité est une umraille d'airain :