‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 250 sur 295 · Vak. (édit. de i635) : Ce mélange · texte numérisé non relu

Vak. (édit. de i635) : Ce mélange

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être cliangee, on n appelle pnëtes que ceux qui (ont des vei;» sous de certaioes mesures de syllabes, comuie parmi les Latins, ou sous les lois de la rime, comme parmi nous, je conclus hardiment qu'il est nécessaire de prendre garde à les bien tourner, et de faire qu'ils contentent Toreille, pour le plaisir de laquelle ils semblent avoir ete particulièrement inventes. Car sans cela les fables les plus heureusement imaginées, les pensées les plus délicates, les matières les plus hautes degoùtcroient l'esprit des lecteurs, an lieu de les transporter hors d'eux-mêmes ; ce qui est le plus haut effet de la poésie. Les noms de ces grands hommes, Ronsard et du Bellay, ne doivent jamais être proféiés sans imprimer dans l'esprit de ceu\qui les écoutent une secrète révérence, et il faut avouer que jamais personne n'apporta une plus excellente nature, une force «le génie si prodigieuse, et une doctrine si rare à la profession des vers*; mais il est certain aussi qu'ils n'ont pas eu tout le soin que l'on pouvoit désirer de cette partie de la poésie dont nous parlons, soit (ju ils la négligeassent, ou que les oreilles de leurs temps fussent plus rudes que les nôtres, les juges moins sévères, et la langue moins raffinée. La passion qu'ils avoient pour les anciens étoit cause qu'ils pilioient leurs pensées plutôt qu'ils ne les choisissoient, et que mesurant la suffisance des autres par celle qu'ils avoient acquise, ils employoient leurs épithètes sans se donner la peine de les déguiser pour les adoucir, et leurs fables sans les expliquer agréablement, et considérer d'assez près la natuie des matières auxquelles ils les faisoient servir. Mais Malherbe, con- Jioissant le goût du siècle auquel il écrivoit, a cru qu'il devoit être plus scrupuleux en cela qu'ils n'ont été, et que des Portes, Berlaut, et le cardinal du I\-i ron, ayant ajouté à la poésie la politesse de laquelle ils etoient capables ou qu'ils jugeoient nécessaire pour la mettre en un état de perfection, il pouvoit bien à leur exen.ple chercher de nouvelles grâces pour parer nos Muses, qu'il voyoit si cruellement méprisées, et les retirer d'entre les mains de tant de petits monstres qui les déshf)noroient. Les licences qu'il a évitées, soit pour l'addition ou le retranchement des syllabes dans les mots, la sévérité qu il a

I. Var. (cdit. de i(>Jo) : Jamais liouiiues n'apportèrent une plus excellente nature, etc. a leur profession....

H7« APPENDICF.

gardée dans l'emploi des linies, et tant d'autres règles, desquelles on lui reproche l'invention, sont des chaînes à la vérité, mais on les doit plutôt appeler des ornements convenables à leur sexe, que des marques honteuses de servitude ; et quand j'avouerois qu'elles sont captives, il est certain que cette nouvelle prison leur est plus avantageuse que leur ancienne liberté; qu'il n'y a que ceux qui les veulent faire parler comme des lilles débauchées, qui condamnent la sévérité dont elles font maintenant profession, et que si on a jamais dû espérer de les revoir assises sur le trône, d'où elles étoient chassées, c'est à cette heure qu'elles ont repris les grâces de leur visage, la majesté de leur port, et les charmes de leur conversation, sous la discipline de notre Malherbe.

Cette rigueur qu'il a observée en sa façon d'écrire fait que ses plus grands ennemis confessent qu'il étoit excellent versificateur; mais c'est toute la louange qu'il peut obtenir de leur courtoisie, car le nom de poète, à leur avis, ne lui peut appartenir, le prenant dans son ancienne et véritable signification. Cette calomnie est fondée sur d'aussi mauvaises raisons que les autres, et par conséquent il ne me sera pas plus difficile d'y répondre, pourvu qu'ils se contentent de la vérité.

La poésie et la peinture ont été appelées sœurs, à cause que ces deux arts ne sont rien autre chose qu'une imitation de la nature, et que d'autant plus quelles en approchent, d'autant sont-elles voisines de la perfection qui leur est propre. La poésie est une peinture parlante, la peinture une poésie muette; et comme les peintres sont distingués par la différence des choses qu'ils représentent, les uns travaillant après le naturel, les autres ne faisant que des dessins*, ainsi les poètes sont différents les uns des autres par la variété des sujets qu'ils imitent, et la manière de l'imitation, dans laquelle on peut considérer quatre choses : le sujet, le spectateur, les instruments (jui servent, et celui qui les emploie. Le sujet comprend sous lui tout ce qui peut être représenté de la personne qu'on veut

I. L'édition de iH3o donne ici ce membre de phrase, retranché dans les éditions suivantes : « Ceux-ci ne réussissant qu'en des postures boidfonnes ou lasci^ es, et ceux-là qu'en l'expression des mouvements furieux d'un homme en colère ou touché de quelque gi'ande tristesse.... »

imiter. Dans le spectateur il ne faut considérer que la fantaisie ' qui reçoit les images de ce qui se fait; les instruments qui forment ce que les anciens appeloient spectacle , et ce que nous nommons décorations de théâtre, se rapportent ou à la vue, ou à Touic ; et Timitatcur- arrive à sa lin, ou par le discours seul, ou par la gesticulation (car il faut que je me serve de ce mot), ou par le chant. L'imitation qui ne se sert que du discours, est celle qui se voit dans les poèmes épiques, héroïques, élégiaques, satiriques, ceux qui se chantoient en l'honneur de Bacchus, appelés dithyrambiques, et encore dans nos épigranimes et nos sonnets. Celle qui, outre le discours, emploie encore le chant, est particulière aux lyriques ; car les anciens avoient'' trouvé l'art de représenter les actions de qui que ce fût* par l'harmonie des flûtes, ou des autres instruments de musique qui étoient en usage parmi eux. La dernière qui se fait en toutes les trois façons, par le discours, la gesticulation et le chant, constitTu^ les poèmes tragiques et comiques; ce qui ne sera plus obscur quand on aura considéré la différence qui se trouve entre la scène des Grecs et la nôtre. Parmi eux, aussitôt que les acteurs avoient achevé la pièce, les danseurs venoient sur le théâtre, qui représentoient tout ce qu'elle contenoit par leurs diverses ligures, d'où nos ballets ont sans doute pris leur origine ; et quand ils étoient sortis, les musiciens exprimoient encore en quelque façon par les différents accords des flûtes ce qui étoit déjà entré dans l'esprit des spectateurs, par les vers du poëte, et par les postures des baladins. Auparavant même que les acteurs vinssent sur le théâtre, le peuple savoit si l'argument de la pièce devoit être sérieux ou risible, par le ton des flûtes quil entendoit^.

Donc pour prouver que Malherbe est poëte, et donner à sa poésie le nom qui lui appartient, il faut considérer s'il imite, quelles sont les choses qu'il imite, et de quelle sorte d'imita-

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