Cette phrase manque dans l'édition de ifi3o
i8o APPENDICK.
tion il s'est servi. Pour être éclairci du prcuiier point, il suffit de lire une de ses belles odes, où il représente avec tant de naïveté les plus illustres événements de l'État, les désirs, les doutes, et les autres passions dont les personnes qu'il introduit pouvoient être agitées, ou l'ont véritablement été ; où la bienséance est si religieusement observée , les anciennes faljles expliquées de si bonne grâce, et celles de son invention mises avec tant d'artifice ; où le style est si éclatant par les figures qui l'emliellissent, lorsque son sujet le demande, et si délicat quand il ne lui permet pas de s'élever beaucoup, qu'il faut avouer que jamais homme ne modéra la chaleur de son esprit avec plus de jugement, et ne mérita mieux la qualité d'excellent poëte lyrique.
Quoiqu'il ait parlé de deux grands pi'inces et d'une reine', dont les actions peuvent fournir de matièx'e à cent poëmes héroïques, ne s'étant pas toutefois servi du genre de vers* qui leur est propre, et ayant eu plutôt dessein de chanter des hvmmes à leur louange, sur quelques actions particulières, que d'écrire une narration continue, et y faire entrer plusieurs épisodes ou digressions, il ne peut légitimement prétendre qu'à ce rang dans lequel nous le mettons ; mais aussi se peut-il vanter d'y occuper une des premières places. Sapho^, Anacréon et Pindare ont acquis le plus de réputation dans cette espèce de poésie parmi les Grecs, qui se sont montrés idolâtres du dernier, et en ont inventé des choses dignes de leur fidélité accoutumée, pour lendre sa mémoire plus vénérable. Chacun deux a suivi ses inclinations dans le choix de son sujet. La première a parle de ses amours* ; le second s'est occupé à louer les femmes et le vin ; le dernier, se proposant un objet plus noble, a célébré le nom de ceux qui avoient gagne quelque couronne aux jeux olympiques. Mais quel([ue vanité qui les flatte, il est certain qu'Horace vaut mieux tout seul que ces trois ensemble ; car il n'y a point de sujets qu'il n'ait traités avec une délicatesse incomparable ; et quand il confesse Pindare au-dessus de limitation, ou il cora-
Henri IV, Louis XIII et Marie de Médicis.
Vah. (édit. de i63oj : De la sortede vers....
Dans l'édition de i63o: Sapphon.
Var. (édit. de ifi3o) : De ses nionstriieuses amours
DISCOURS DE GODEAU. 38i
mençoit à faire des vers, ou il suivoit l'opinion commune , et tâchoit de gagner l'esprit de ses lecteurs par un si célèbre témoignage d'humilité. Il a pu l'avoir pour maître, mais il est devenu plus habile que lui ; et (jiiiconqne fera la comparaison de leurs ouvrages, trouvera sans doute son style beaucoup plus poli, la structure de ses vers plus belle, et ses pensées plus raisonnables. Toutes les richesses de la langue latine éblouissent les yeux dans ses ouvrages; toutes ses délicatesses y chatouillent les oreilles; et j'oserois quasi dire que nous n'avons point de source plus pure et })lus abondante^ Que peut-on imaginer de plus digne des triomphes du grand Auguste que ces belles odes où il les loue avec tant de grâce et de pompe, que chaque vers se peut appeler un chef-d'œuvre de l'art? Il ne s'en faut guère que celle qu'il adresse à Drusus et à Tibère ne reponde à la grandeur des victoires que ces vaillants princes avoient gagnées; et chacun sait l'estime que faisoit d'une autre le jj'rand Scaliger^, dont il disoit qu'il eût mieux aimé être auteur, que de conunander à un royaume'. Celle où il traite si cruellement la fameuse sorcière Canidia n'est pas moins parfaite en son genre ; et depuis que les Muses ap[)rennent aux poètes à découvrir leurs passions avec quelque artifice, ontelles janiaih inspire à personne des sentiments si délicats que ceux du dialogue où il s'introduit lui-même ])arlant avec une de ses anciennes maîtresses? Je l'ai vu traduit par ime excellente fille*, que ses écrits rendent assez illustre, sans que j'entreprenne de la louer, et si je m'y connois, cette copie a toutes les grâces qui se peuvent désirer. IMais nous n'avons guère sujet^ de porter envie au siècle dans lequel ce grand homme a