I. Vae. (édit. de 1621) : Comme il y eut crié
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qui étoient aux mains , mais aussi par les troupes de réserve, et encore plus par ceux qui étoient en chemin pour aller au combat. A la main droite Philippe, à cause du lieu élevé d'où ses gens combattoient, avoit de l'avantage ; mais à la gauche ses affaires alloient mal. Et même une partie de la phalange , qui avoit été mise en Tarrière-garde , ayant commandement de s'avancer, ne le faisoit qu'en désordre. Le bataillon du milieu, qui se treuvoit le plus près du côté droit, regardoit faire ceux qui se battoient , comme si c'eût été chose où il n'eût point eu d'intérêt. La phalange, qui étoit venue en foule plutôt qu'en bataille, et plus préparée à marcher qu'à se battre, n'étoit que bien à peine arrivée au haut de la butte , que le consul qui se voulut servir de l'occasion, encore qu'il vît ses gens malmenés au côté droit, s'en va l'attaquer, et fait marcher devant lui ses éléphants , avec cette imagination que ceux qui en seroient renversés feroient vraisemblablement courir la même fortune au demeurant. Et certainement la chose lui réussit comme il se l'étoit proposé. Les premiers rangs s'étant mis en désordre par la frayeur que leur donnèrent ces animaux , en firent faire de même à ceux qui venoient après eux. D'ailleurs, un maître de camp s'étant avisé qu'il y avoit moyen de rompre un bataillon d'ennemis qui étoit à la main droite en le prenant par derrière, laissa cette partie des siens qu'il voyoit avoir de l'avantage , et avec vingt compagnies s en alla le charger et le défit. Les affaires des ^Macédoniens étant de tous côtés en ces mauvais termes , il v avoit encore un autre inconvénient pour eux, c'est que leur phalange, et pour avoir des armes sous lesquelles elle ne se pouvoit presque mouvoir , et pour se treuver assaillie de ceux mêmes qui venoient de fuir devant elle, ne pouvoit aller où la nécessité l'appeloit. Avec tout cela le heu ne
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leur étoit pas favorable , poiirce que pendant qu'ils avoient donné la chasse aux Romains , qui leur tournoient le dos, ils avoient abandonné le haut de la butte aux ennemis, qui s'en étoient saisis par derrière. De cette façon ayant à faire en deux lieux , et ne pouvant pas entendre partout, il en demeura une partie sur la place, l'autre jeta ses armes, et s'enfuit.
X. Philippe, qui avec quelques gens de pied et de cheval étoit monté sur la plus haute de ces buttes pour considérer ce qui se faisoit à la main gauche , comme il vit tous ses gens en fuite, et que de quelque part qu'il se tournât il ne paroissoit que les armes et les enseignes des Romains , il se retira lui-même hors du combat. Quiniuis , qui alloit après les fuyards, ayant vu les Macédoniens hausser les piques, et ne sachant ce que cela vouloit dire, s'arrêta tout court; puis ayant appris que c'étoit un signe que ceux de cette nation avoient accoutumé de faire lorsqu'ils se vouloient rendre, il eut opinion de les sauver. Mais les soldats qui ne savoient, ni que l'mtention des Macédoniens fût de demander la vie, ni que la volonté du général fut de la leur donner, se ruèrent sur eux si furieusement , qu'il n'échappa de leurs mains que ceux que la fuite en put garantir. Philippe à bride abattue se retira à Tempe, et séjourna un jour à Gonnes, pour recueillir ceux qui seroient échappés du combat. Les Romains étant allés au camp des ennemis pour le piller, treuvèrent que la diligence des Etoliens les avoit délivrés de cette peine. Il mourut en ce combat huit mille des gens de Philippe, et en fut pris quinze cents. Les Romains y en perdirent environ sept cents. Antias, qui toujours fait les choses démesurément plus grandes qu'elles ne sont , dit que Philippe y perdit quarante mille hommes. Quant aux prisonniers, il y va plus retenu. Il n'en met que cinq mille
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sept cents , et deux cent soixante et une enseignes perdues. Claudius fait le nombre des morts de trente-deux mille , et quatre mille trois cents prisonniers. De moi , j'ai suivi Polybe, qui en toutes choses, mais particulièrement aux affaires de la Grèce, parle pertinemment de ce que les Romains y ont fait.
XI . Phdippe ayant rassemblé ceux qui dissipés par les divers accidents de la bataille Tétoient venus retrouver, et ayant envoyé à Larisse brûler ses mémoires, de peur qu'ils ne fussent vus des ennemis, se retira en Macédoine. Quintius, après qu'il eut vendu une partie des prisonniers et du butin , et donné l'autre aux soldats , s'en alla à Larisse, n'ayant pas encore nouvelles assurées, ni de quel côté Philippe avoit tiré, ni quelle pouvoit être son intention. Là vint un héraut de la part de Philippe lui demander une suspension d'armes pour emporter ses morts , mais en effet c'étoit pour obtenir un sauf-conduit aux ambassadeurs qu'il lui vouloit envoyer. Quintius lui accorda l'un et l'autre, et chargea le héraut de lui dire qu'il eut bon courage. Cette civilité ne fut pas au goût des Etoliens, qui déjà commençoient de murmurer. Ils se plaignoient que depuis la bataille Quintius avoit changé d'humeur; qu'auparavant il n'y avoit affaire, grande ni petite , dont il ne conmiuniquât a^ ec ses alliés , et qu'à cette heure, de quoi qu'il fût question, ils n'étoieut jamais appelés au conseil; qu'il faisoit toutes choses de lui-même , et déjà cherchoit de s'obliger Philippe en particulier; que les Etoliens avoient eu la principale part des travaux et des périls de la guerre, et que les Romains en vouloient avoir tout le profit. Et sans mentir, ce qu'ils disoient de son refroidissement en leur endroit étoit bien véritable; mais la cause qu'ils en soupçonnoient ne Pétoit pas, Quintius avoit aussi peu d'inclination à l'avarice qu'homme du monde. Néanmoins ils pensoient
que ce qu'il ne les honoroit pas comme de coutume, fût qu'il vouloit obliger Philippe, pour en tirer des présents; et c'étoit qu'il s'offensoit de les voir insatiables et ne pouvoit souffrir qu'ils s'attribuassent le gain de la bataille, comme ils faisoient avec des paroles si présomptueuses, qu'il n'étoit pas possible de les ouïr sans en être importuné. Il prévoyoit d'ailleurs que si Philippe étoit mort et la puissance des Macédoniens détruite, il falloilque la Grèce tombât en la domination desÉtoliens. Voilà pourquoi tout exprès il faisoit plusieurs choses pour dmiinuer leur crédit, et humilier leur vanité.
XII. On avoit accordé quinze jours de trêve à Philippe, et pris lieu pour traiter avec lui. Devant que le temps expirât, Quintius appela tous les alliés au conseil, pour avoir leur avis sur les conditions de paix qu'il devoit imposer à Philippe. Aniinandre dit en un mot qu'il falloit si bien l'aire la paix que, lorsque l'armée des Romains seroit retirée, la Grèce demeurât assez forte pour conserver d'elle-même la paix et sa liberté. Les Etoliens ne parlèrent pas si honnêtement. Après quelque préface de belles paroles, ils dirent à Quintius qu'il faisoit ce qu'il devoit de communiquer les délibérations de la paix à ceux qui avoient été ses compagnons en la guerre; mais qu'il se trompoit manifestement s'il croyoit que les Romains se pussent assurer de la paix, ni les Grecs de leur liberté, que Philippe ne fut hors du monde , ou pour le moins hors de son royaume ; qui étoient deux choses très-faisables, si l'on se vouloit servir de 1 occasion. A cela Quintius répondit, que véritablement leur opinion étoit conforme à leur humeur et qu'en toutes les conférences il ne s'étoit jamais parlé de paix quils neussent toujours été d avis de faire la guerre à toute extrémité, et de ne désarmer que le parti contraire ne fût ou mort ou ruiné ; mais qu'ils se dévoient
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souvenir que les Romains ont toujours fait profession de pardonner à ceux qu'ils ont vaincus, dont 1 exemple étoit mémorable en la paix qu'ils avoient accordée à Annibal et à ceux de Carthage ; que pour ne parler que de Philippe, ils avoient plusieurs fois traité avec lui, mais jamais ils n'avoient fait mention de le déposséder de son rovaume ; que si à cette heure il avoit perdu une bataille, ce n'étoit pas à dire qu'il le fallût exclure de toute réconciliation ; que tant que les ennemis avoient Tépée à la main, il leur falloit faire la guerre à bon escient; mais Que depuis qu'ils étoient par terre, il n'appartenoit qu'à des âmes lâches de leur mettre le pied sur la gorge; que la Grèce avoit jalousie des rois de Macédoine, mais que si une fois ce rovaume et cette nation n'étoient plus au monde, ce que la Grèce craignoit d'eux, elle l'auroit à craindre des Thraces, des Illvriens et des Galates, qui étoient toutes nations très-puissantes , et desquelles il ne fau droit jamais espérer ni pitié ni courtoisie; que les Grecs dévoient prendre garde que se voulant garantir des incommodités qu'ils avoient à leur porte, ils ne fissent ouverture à d'autres qui les fâcheroient bien davantage et dont il ne leur seroit pas si aisé de se développer. Phanéas, préteur des Etohens, l'interrompant et protestant que si Philippe échappoit en cette occasion, il ne falloit pas douter qu'au premier jour il ne reprît les armes et ne donnât plus d'affaires que jamais, Quintius lui répliqua : « Nous ne sommes pas ici pour crier, nous v sommes pour délibérer. Nous donnerons à Philippe des conditions de paix, qui le garderont bien de recommencer la guerre. » XIII. Le lendemain que leur délibération fut cessée, Philippe s'étant rendu au pas de Tempe, qui étoit le lieu de l'assignation, les Romanis au bout de deux jours V arrivèrent et avec eux un ijrand nombre de leurs alliés. En cette conférence Philippe ayant mieux aimé
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laisser passer volontairement tout plein de choses, sans lesquelles il savoit bien qu'il ne pouvoit avoir la paix, qu'après les avoir contestées être contraint de les accorder, déclara que de tout ce qu'avoient desii'é les Romains, et de tout ce qu'avoient demandé leurs alliés la dernière fois qu'on avoit traité, il s'en remettoit à ce qui en seroit ordonné par le sénat. Il sembloit bien qu'une submission si grande devoit fermer la bouche à ceux même qui lui étoient les plus mal affectionnés. Néanmoins le même Phanéas, n'y ayant pas un des autres qui répondît mot, s'adressa à lui et lui dit : « A quoi tient-il, Philippe, que vous ne nous rendez. Pharsale, Larisse, Crcmaste, Echin et les Thèbes de Phtie? » Philippe lui ayant répondu qu'il n'empêchoit pas qu'ils ne les prissent, il y eut dispute entre Quintius et les Etoliens pour le fait de Thèbes. Quintius prétendoit que par droit de guerre cette ville appartenoit au peuple romain, d'autant que, lorsque les choses étoient encore en leur entier, les étant allé prier de vouloir être ses amis en un temps où ils le pouvoient faire sans courir fortune, et ayant tout exprès fait éloigner son armée, pour ne leur donner opinion qu'il voulût rien avoir d'eux que ce que leur propre sentiment leur conseilleroit, ils avoient préféré le parti de Philippe à celui des Romains. Phanéas souteiioit que par le traité ce qu'ils avoient eu devant la guerre leur devoil être rendu par la paix, et qu'il avoit été convenu entre eux que des choses gagnées celles qui se pourroient emporter ou emmener appartiendroient aux Romains, les autres, comme les terres et les villes, demeureroient aux Etoliens. La réplique de Quintius fut que les Eloliens a\ oient les premiers contrevenu au traité, lorsqu'abandonnant les Romains ils s'ètoient jetés au parti de Philippe; que quand cela ne seroit pas, en matière de conquêtes les choses ne se pratiquent jamais
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d'autre façon; et que pour le regarJ des villes de Thessaîie , elles s'étoient volontairement données au peuple romain. Ces raisons furent généralement approuvées de tous les alliés. Les Etoliens furent seuls qui témoignèrent en être mal satisfaits, et par leurs bizarreries bientôt après s'attirèrent sur les bras une guerre qui les accabla de toutes sortes de calamités. L'accord avec Philippe fut, qu'il bailleroit son fils Démétrius et quelques-uns de ses amis en otage, payeroit six vingt mille écus, et pour le surplus députeroit à Rome vers le sénat; qu'à cette fin il y auroit trêve de quatre mois ; que si le sénat ne vouloit point de paix, on rendroit à Philippe ses otages et son argent. Ce qui faisoit presser la conclusion de la paix à Quintius, c'étoit qu'il avoit de bons avis qu'Antiochus se préparoit à la guerre, et vouloit passer en Europe. XIV. Au même temps, et, selon quelques-uns, le même jour que Philippe perdit la bataille des Cynocéphales, Androsthène, l'un de ses lieutenants, fut défait par les Achaïens près de Corinthe. Philippe, qui avoit fait compte que cette ville lui seroit une citadelle pour tenir en bride le reste des villes de la Grèce , avant fait venir à lui les principaux habitants sous couleur de traiter avec eux du nombre de cavalerie qu'ils lui pourroient fournir en cette guerre, les avoit retenus pour lui semr d'otages ; et de plus , outre la garnison ordinaire , qui étoit de treize cents hommes, dont il y en avoit huit cents IMacédoniens, il y avoit envoyé de surcroît mille autres Macédoniens, douze cents Illyriens, huit cents Thraces et Candiots, peuples qui servoient indifféremment en lun et en l'autre parti. Outre tout cela , Androsthène avoit mille Béotiens, Thessaliens et Acarnaniens, tous portant rondaches; desquels et de la jeunesse de Coruithe ayant mis ensemble jusqu'à six mille combattants, il ne cherchoit qu'une occasion de venir aux mains. Nicératus, préteur
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d'Achaïe, qui en gens de pied et de cheval n'avoit que deux mille hommes, et lesquels encore n'avoient garde d'être si bons soldats que ceux des ennemis , n'osoit montrer le nez hors des murailles de Sicyone. Les troupes d'Androsthène, autant Tinfanterie que la cavalerie, alloient ordinairement courir sur les terres de Pellène , Phlionte et Cléonées, et quelquefois même donnoient jusqu'aux portes de Sicyone, reprochant à ceux de la garnison qu'ils leur faisoient garder la chambre. Qui plus est, Androsthène avoit quelque nombre de vaisseaux , avec lesquels il pilloit toute la côte d'Achaïe. Nicératus ayant considéré que pour le mépris que les ennemis faisoient de sa foiblesse ils ne marchoient jamais qu'en désordre, s'imagina qu'il y avoit moyen de leur donner sur les doigts. Il avertit donc secrètement ceux des villes voisines de se trouver à certain jour à Apélaure eu Stvmphalie, avec le plus d'hommes qu'il leur seroit possible. Sitôt qu'ils y eurent satisfait , il part à l'heure même , et passant par les confins de Phlionte arrive de nuit à Cléonées, sans que personne se doutât de ce qu'il avoit envie de faire. Il avoit cinq mille hommes de pied, d'entre lesquels il prit ceux qui étoient armés légèrement, et avec trois cents chevaux les envova reconnoître en quelle part les ennemis seroient allés courir.
XV. Androsthène , qui ne savoit rien de celte assemblée, se loge sur la rivière de Némée, entre les terres de Gorinthe et de Sicyone. Là il fait trois troupes d'une moitié de ses gens , et en envoie courir l'une à Pellène, l'autre à Sicyone, et la troisième à Phlionte. L'avis en ayant été aussitôt porté à Cléonées, Nicératus à l'heure même fait partir une bonne troupe de ses mercenaires, pour aller gagner un bois où' il falloit