‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 273 sur 295 · I. Disposition, agilité, qualité de celui qui est dispos · texte numérisé non relu

I. Disposition, agilité, qualité de celui qui est dispos

celte ville est située, rendent le voyage extrêmement commode. Mais en cette occasion, d'autant que les Grecs se promettoient d'y apprendre quelle seroit la fortune générale du pays, et encore la condition particulière de chaque ville, il s'y treuva des spectateurs plus qu'il ne s'y en étoit jamais vu. Comme Quintius et les commissaires se furent mis en leurs sièges et qu'un ti'ompette eut fait faire silence, le héraut s'avança à l'endroit du théâtre d'où Ton a accoutumé de proclamer la fête, et prononça ce qui s'ensuit : « Le sénat romain et le général Quintius, après que par leurs victoires ils se sont rendus maîtres du roi Philippe et des Macédoniens , déclarent qu'ils veulent que les Corinthiens, Phociens, Locriens, ceux de l'île Eubée, les Magnètes, les Perrhèbes, et les Achaïens de Phtie jouissent des mêmes exemptions, droits et privilèges dont ils ont joui par le passé. » Comme il eut nommé toutes les nations qui avoient été sous la domination de Philippe, et que la proclamation fut achevée, il y eut en l'assemblée une joie si extraordinaire, qu'il n'y avoit honrnie qui ne fût hors de soi. Pas un ne pcnsoit avoir ouï ce qui avoit été publié. Ils se regardoient les uns les autres, étonnés comme gens qui pensoient avoir songé. Pour les choses qui les concernoient en particulier, ils ne s'en fioientpas à leurs oieilles et demandoient à leurs voisins ce qui en étoit. Ce ne leur fut pas assez d'avoir ouï le porteur d'une si bonne et si grande nouvelle, ils eurent envie de le voir. Ils le firent donc revenir et le prièrent de leur redire ce qu'il avoit crié. Et alors, étant leur joie toute certaine, il se fit des applaudissements si grands, et des acclamations si hautes et si réitérées, que jamais en occarion quelconque il ne fut reconnu comme en celle-ci, que de tous les biens du monde la liberté est celui pour qui les hommes ont une plus forte et plus véritable passion. Après cela les jeux furent faits,

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mais par acquit, et sans être ni regardés ni écoutés de personne ; tant l'impérieux objet de cette joie s'étoit rendu maître absolu de tous les sentiments, et les empêchoit de s'arrêter sur aucun autre plaisir.

XXXIII. Les jeux finis, ils s'en coururent presque tous vers Quintius avec une ardeur si démesurée, que du grand nombre de ceux qui tout à la fois se vouloient approcher de lui, les uns pour lui toucher les mains, les autres pour lui jeter des fleurs, il ne s'en fallut guère qu'ils ne l'étoufFassent. Et peut-être l'eussentils fait, si la vigueur de son âge, qui ne pouvoit être que d'environ trente-trois ans, et la satisfaction que de son côté il avoit d'une si grande gloire ne lui eussent fourni de la force pour s'en garantir. La fin de la journée ne fut pas la fin de la joie. 11 se passa un fort long temps que les esprits n'eurent point d'autres pensées, ni les compagnies point d'autres discours. Ils ne se pouvoient assez émerveiller qu'il se fût treuvé une nation qui à ses dépens, avec tant de travaux et par tant de périls, eût fait la guerre pour la liberté des autres ; et ce qui est encore plus considérable, ne l'eût pas fait en faveur de quelque peuple son voisin, mais eût traversé un long espace de mers pour ôter la tyrannie de la terre, et faire que entre les hommes il n'y eût autorité absolue que celle des lois et de la raison; que la délivrance de toutes les villes de la Grèce et de l'Asie, faite par la seule voix d'un hérault, étoit certainement un ouvrage dont le projet ne se pouvoit faire que par des courages extrêmement relevés, mais que pour l'effectuer il n'éloit pas possible qu'autre fortune ni autre vertu que celles des Romains en eussent jamais su venir à bout.

XXXIV. La fête passée, Quintius et les commissaires donnèrent audience aux députés. Les premiers appelés furent ceux d'Antiochus. Comme l'on vit que presque leurs

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propositions n'étoient que celles mêmes qu'ils avoient faites à Rome, et que de tant de choses qu'ils disoient il n'y en avoit pas une que Ton pût croire, la réponse qu'on leur fit ne fut ni perplexe ni ambiguë, comme elle avoit été du temps que Philippe étoit encore sur ses pieds; mais franchement et sans rien déguiser on leur déclara qu'il falloit que leur maître désemparât les villes qu'il tenoit en Asie ; que pour les villes franches , et généralement toutes les villes grecques, il n'y touchât, ni ne s'en mêlât en quelque façon, et pour quelque sujet que ce fût; et surtout que ni lui , ni personne pour lui, ne passât jamais en Europe à main armée. Après que les députés d'Antiochus eurent eu leur congé, on se mit à dépêcher les communautés. L'expédition n'en fut pas longue, pource que les commissaires dans leurs ordonnances exprimoient les noms de toutes les villes , et par ce moyen gagnoient le temps qu'on eût perdu à expliquer ce qu'ils n'eussent dit qu'en général. Les Orestiens , qui sont peuples de la Macédoine, pour ce (ju'ils avoient été les premiers à quitter le parti de Philippe , furent rétablis en leurs privilèges. Les Magnètes, les Perrhèbes et les Dolopes eurent la même grâce. Pour les Thessaliens, outre leur liberté, on leur donna les Achaïens de Phtie , hormis Thèbes et Pharsale, Les Etoliens , qui prétendoient que par leur traité Pharsale et Leucade leur dévoient être rendues, furent pour ce regard renvoyés au sénat. Cependant on leur bailla les Phociens et Locriens, avec leurs dépendances, telles qu'ils les avoient eues auparavant, et leur en fit-on expédier les déclarations nécessaires. Corinthe, Triphylie, et Hérée, qui est aussi une ville du Péloponnèse, furent rendues aux Achaïens. Pour Orée et Erétrie , les commissaires étoient d'avis d'en faire un présent au roi Eumène, fils d'Attalus. Mais Quintius y contredisant, le jugement en fut remis au sénat, qui

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ordonna qu'elles seroient libres, et Garysle aussi. Lingue et les Parthéniens furent baillés à Pleura te. Ce sont deux contrées d'Illyrie, dont Philippe s'étoit accommodé. On laissa à Aminandre les châteaux que durant la guerre il avoit gagnés sur Philippe.

XXXV. L'assemblée finie, les commissaires, après avoir fait entre eux le département des lieux où ils dévoient aller, s'acheminèrent chacun au sien. Cornélius alla vers Philippe, Yillius et Térentius vers Antiochus, Lentulus à Bargyles, Stertinius à Ephaestie, à Thase et aux villes de la Thrace, Cornélius treuva Philippe à Tempe en Thessalie. Après lui avoir dit ce qui étoit de sa commission, il lui demanda s'il seroit capable d'écouter un ami, qui lui donneroit un très-bon et très- salutaire conseil. Philippe lui répondit que non-seulement il l'écouteroit, mais encore se tiendroit grandement son redevable et chercheroit le moyen de s'en revancher. Cornélius alors lui dit , que puisqu'il avoit obtenu la paix des Romains, il étoit d'avis qu'il n'en demeurât pas en si beau chemin , mais que franchement il les priât de le recevoir en leur amitié, de peur que ne le faisant pas il ne fût soupçonné de vouloir gagner le temps* jusqu'à ce qu'Antiochus remuât, pour recommencer à remuer avec lui. Philippe lui promit que de ce pas il s'en alloit dépêcher à Rome povu^ cet effet. De là Cornélius s'en vint aux Thermopyles , où il se tient à certain jour une grande assemblée de toute la Grèce, qu'ils appellent la Pylaïque. Là il exhorta grandement les Étoliens à demeurer en bonne intelligence avec le peuple romain. Leurs réponses furent des plaintes, de ce qu'à cette heure que les Romains étoient au-dessus de leurs affaires, ils ne vivoient plus avec eux comme ils y avoient

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