‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 28 sur 295 · XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE

De ce cûté-là, soit; mais il est plus d'un genre dingratitiide, et il y a dans sa vie des taches dont avec la meilleure volonté du monde on ne peut laver sa mémoire. A partir du moment où un attachement trop grand à la mère du Roi pouvait devenir dangereux, n"a-t-il pas oublié bi<'n vite l'objet divin des âmes et des jeitx^ la Reine sans pareille^ la Reine chefd'œuvre des cieiix^ la princesse à qui il devait tout, qu'il avait si souvent célébrée et dont le nom ne se retrouve plus dans ses vers? N'a-t-il pas adulé bassement, dans une dédicace qui est un chef-d'œuvre du genre*, le connétable de Luynes, qu'après sa mort, quelques mois plus tard, il appelait cet absinthe au nez de barbet^ qu'il aurait voulu voir au gibet-? Je l'cconnais que jusqu'à la fin de sa vie il ne cessa de chanter les louanges, en vers et en prose, de Richelieu, de ce grand cardinal^ grand chef -d'' œuvre des deux; mais je n'aurais pas conseillé à l'illustre Eminence d'être disgraciée du vivant du poëte, ou de le précéder dans la tombe.

Il faut dire, comme circonstance atténuante, que malgré la bonne volonté du prince, la position d'un œ pensionnaire » était toujours fort précaire : trop souvent il dépendait d'un ministre de retarder, ou même d'arrêter complètement les effets de la munificence royale. JMalherbe le savait, et il manœuvra assez prudemment au milieu des intrigues et des révolutions de la cour pour ne jamais compromettre, je ne dis

n'a de rien servi. II me pouvoit faire du bien; je lui pouvois donner des louanges. Il me semble que ce qu'il eût eu de moi valoit bien ce que j'eusse reçu de lui. Puisqu'il ne l'a pas voulu, il le faut laisser là. Me voilà déchargé d'une giande peine. » M. de Gournay cite ces dernières lignes , pour nous faire admirer « la fierté avec laquelle Malherbe repoussoit toute idée de faire une démarche ou seulement une demande qui humilieroit son amour-propre, lors même qu'elle devroit améliorer sa fortune » (p. 259). Il aurait dû se rappeler qu'il ne s'agissait ici, comme le poëte le déclare lui-même, que à! une petite affaire.

1. La dédicace de la Traduction du XX XIII' livre de Tite Llve (voyez plus loin, p. 889 et suivantes). Outre le Roi et le connétable, Malherbe trouve moyen d'y louer le chancelier, le garde des sceaux, le surintendant des finances, les secrétaires d'État, le cardinal de Bais, le président Jeannin, le prince de Condé, et jusqu'à Messieurs les trésoriers de C Epargne. Il est vrai qu'il avait souvent besoin de ceux-ci.

Page 1