I. Virgile, Enéide, llv. IV, v. 4o
région du ciel, il y a du chemin pour trente années à celui des astres qui va le plus vite , bien qu'il ne s'arrête en nulle part , et que toujours il chemine avec une pareille diligence. C'est là qu'enfin il parvient à l'intelligence de ce que longtemps il a cherché. C'est là que premièrement il commence à connoître Dieu. Qu'est-ce que Dieu? L'âme de l'univers. Qu'est-ce que Dieu ? Tout ce qui se voit, et qui ne se voit pas. C'est là qu'enfin il recouvre sa grandeur, qui est telle qu'il ne s'en peut imaginer de plus grande. Si Dieu seul est toutes choses, il faut croire qu'il comprend et dedans et dehors tout ce qu'il a fait. Quelle différence donc trouvons-nous entre sa nature et la nôtre? La meilleure partie de nous, c'est l'esprit; en Dieu, hors l'esprit, il n'y a chose quelconque. 11 est tout raison; combien que l'aveuglement est si grand ici-bas, que les hommes, au lieu de l'estimer tel qu'il est , beau , réglé, ferme et constant en ses résolutions, que rien ne le peut être davantage, se le figurent néanmoins je ne sais quoi de fortuit et de tumultueux, qui cbemine à l'aventure parmi les foudres, les nuées, les tempêtes, et toutes autres choses semblables, dont la terre et ce qui est voisin de la terre est ordinairement battu. Et cet erreur' n'a pas seulement saisi le menu peuple, mais est même pai'venu jusques à ceux qui font profession ouverte de sagesse. C'est grand cas qu'il soit des hommes si présomptueux , qu'ils pensent avoir un entendement capable de gouverner eux et tout le reste du monde , et toutefois estiment que cet univers, duquel nous-mêmes sommes une portion, n'ait point de conseil, et soit porté casuellement, ou par une témérité , sans dessein et sans ordre , ou par la nature qui ignore elle-même ce qu'elle fait. Combien
I. Erreur du masculin, comme en latin. A'oyez ci-dessiis la Notice biographique , p. xlvi.
pensez -vous qu'il est expédient de savoir ces particularités, et d'assigner des limites à toutes choses? comme, jusques où s'étend la puissance de Dieu; s'il a fait luimême la matière, ou s'il la trouva faite avant que de l'employer; si l'idée fut premier que la matière, ou la matière premier que l'idée; si Dieu fait tout entièrement ce qu'il lui plaît, ou si bien souvent plusieurs choses sortent imparfaites de sa main; et s'il est possible qu'un si grand ouvrier fasse rien de mal à propos, non par ignorance, mais faute que la matière ne s'accommode et n'obéit pas à la science. Toutes ces considérations ne nous élèvent-elles pas au-dessus de ce qui est mortel, et ne nous rangent-elles pas à quelque chose de meilleur que la condition ordmaire des hommes? Vous me demandere/ à quoi cela sera bon; et je vous répondrai que si je n'en remporte autre chose, pour le moins en aurai-je ce point, que je trouverai toutes choses étroites entre les hommes, après que j'aurai considéré les grandeurs de Dieu. Mais nous en parlerons puis après.