LIVRE I. CHAPITRE I
la peine de nous signifier quand il doit mourir quelqu'un, et qu'il y ait en la terre chose si grande qui mérite que le monde soit averti de sa ruine. Nous en parlerons une autre fois, en la dispute que nous ferons si toutes choses marchent avec une certaine ordonnance , et sont tellement entrelacées, que ce qui précède soit la cause ou le signe de ce qui doit advenir. Par même moyen nous verrons s'il est vrai que les Dieux se donnent soin des affaires des hommes, ou si la disposition même des choses, avant que de rien faire, avec certaines marques nous en donne l'avertissement. Cependant mon opinion est que ces feux procèdent d'un air broyé avec véhémence, quand s'étant penché d'une part il ne se retire point, mais vient au combat contre soi-même. De cette agitation naissent les chevrons*, les globes, les torches et les embrasements. Mais s'il n'est touché que bien légèrement, et seulement frotté, par manière de dire, il en sort moins de lumière, qui donne aux astres une apparence de chevelure. Et alors ces feux, qui sont très-petits, tracent aussi dans le ciel une très-petite voie; et pour cette occasion, il n'est quasi point de nuit que nous n'en voyions ; car il n'est pas besoin pour les faire que l'air soit beaucoup agité. Et pour achever en un mot, ils se font de la même façon que les foudres, mais avec moins de violence, comme les nuées en s'entre-froissant doucement sont cause des éclairs et des foudres, quand elles sont poussées avec une force plus impétueuse. Aristote en rend cette raison : il sort de la terre plusieurs respirations qui sont différentes, les unes humides, les autres sèches, les unes froides et les autres propres à concevoir le feu; n'étant pas chose étrange qu'il sorte de la terre des exhalations en grand nombre et de toutes qua-