‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 31 sur 295 · Vovez ses doléances à ce sujet dans sa lettre à Balzac · texte numérisé non relu

Vovez ses doléances à ce sujet dans sa lettre à Balzac

SUR MALHERBE. xxxm

Malherbe avait laissé auprès de sa femme, à Aix, son fils unique, Laurent-Marc-Antoine, né, nous l'avons déjà dit, le i4 décembre 1600. Comme ce fils a tenu une grande place dans les dernières années de la vie de son père et que d'ailleurs nous avons pu nous procurer sur lui et ses aventures des documents inconnus ou inédits, nous allons en parler un peu longuement.

Marc-Antoine annonça de bonne heure les plus heureuses dispositions; c'était un vrai prodige, au dire de Peiresc , qui ne laissait échapper aucune occasion de raconter à son ami les succès de l'enfant et du jeune homme*.

I. « Le petit Marc-Antoine, lui écrit-il le 17 octobre 1606, est pkis grand que vous ne l'avez laissé d'un bon demi-pan, et je ne vis jamais enfant de son âge si gentil ni si éveillé que lui. Vous ne sauriez croire comme il se plaît à bien apprendre ses leçons , et le grand plaisir qu'il a d'ouïr dire qu'il fait mieux que ses compagnons. » (Bibliothèque de Carpentras, manuscrits de Peiresc, Correspu/ulaiice^ ^olurae H-M, f" 454)

Cinq semaines plus tard, le 26 novembre ifio6, il écrit encore :

a Le petit Marc- Antoine est toujours plus gentil. Il dîna dernièrement chez M. du Périer, le jour du doctorat de son fils, où il entretint merveilleusement toute cette compagnie, et avec les discours pertinents, comme si c'eût été un homme bien consumé (consommé^^. 0 {Ibld., fo456.)

J'extrais d'autres letties inédites les passages suivants :

ce Votre petit Marc-Antoine est si gentil, maintenant qu'il a le bautde-chausses, qu'il ne se daigne point d'aller avec des enfants. Ses discours sont si bien sensés que d'homme de trente ans que je connoisse. Il n'espère à rien qui ne soit grand, et ne veut point de passe-temps qui ne soit honorable. Il a tant importuné sa mère de lui faire montrer à sonner du luth , qu'elle a été contrainte de le lui accorder. A quoi il a si bien avancé, que M. Régis (?) assure qu'il a plus appris dans trois jours qu'aucun autre n'auroit fait en quinze. Madame y faisoit quelque difficulté, craignant que cela ne vous fût pas bien agréable; mais je lui dis bien que j'écrirois que vous le trouveriez bon , car cela sert toujours aux jiersonnes de toute qualité. » (Lettre du 25 juillet ifiog, ihid., fo 477-)

« Votre petit Marc-Antoine est toujours plus gentil. Il m'a fait des vers en latin d'importance. Ce va être une merveille du siècle. Dieu aidant. » (Lettre du 3o janvier ifii3, ilncl, f" 5o5 v». Voyez aussi lettre du 20 janvier i6i3, f° 5i3.)

s Votre petit Marc-Antoine est bien avant eu la logique. Il y a des discours si judicieux que j'en suis quelquefois ra\l. Il nous tarde bien que vous le puissiez voir. » (Lettre du 27 septembre 161 4» ihid., fo 524 V.)

Malhehbe. I C

'xxxiv ?sOTlCE BIOGRAPHIQUE

Au mois de novembre i6i 5, il soutint des thèses de philosophie d'une manière si brillante que le premier président du parlement de Provence, Guillaume du Vair, qui y avait assisté, s'écria « que c'étoit le plus grand miracle qu'il ctoit possible {l'imaginer*. » Deux ans plus tard, nous le retrouvons à Paris ; il y avait été amené par Malherbe, qui, en 1G16, alla passer quelque temps* à Aix, d'où il repartit avec Peiresc et du Vair^, lorsque celui-ci eut été nommé garde des sceaux. Le séjour de Paris semble avoir exercé sur lui une influence fâcheuse, en dépit des soins de son père, qui tous les jours le faisait travailler plusieurs heures sous ses yeux ; et une lettre de Feiresc en date du 29 octobre 16 17 montre quelles étaient les inquiétudes de Mme de Malherbe, qui craignait de voir son (ils renoncer à la carrière de la magistrature , que par suite de ses lelations de famille elle devait désirer par-dessus tout*.

1 . a Monsieur de Malherbe, votre fils, écrit Peiresc à Malherbe , le 18 novembre i6i5, soutint ses thèses en philosophie ces jours passés, où iMonsieur le premier président voulut assister, sans que celui à qui elles étoient dédiées l'eût invité. La plus grande partie de notre compagnie y fut aussi. Mais sans cajolerie je nevis jamais mieux faire, ni réfuter les arguments, ni parler si élégamment, ni avec tant d'assurance, de promptitude, ni avec un si beau langage, et avec une aussi grande connoissance de cette science. Tout le monde en étoit ravi. Le catliédrant n'étoit rien au prix du répondant. IMonsieur le président dit au sortir de là que c'étoit le plus grand miracle qu'il étoit possible d'imaginer. Jugez si c'est à bon titre que nous vous en devons féliciter. Vous avez bien occasion d'en louer Dieu. Je n'y eusse désiré que votre présence ; mais d'ailleurs j'eusse quasi eu de l'appréhension qu'un si gr.ind excès de réjouissance qu'il vous eût fallu ressentir de nécessité, n'eût apporté du préjudice à votre sauté. )i [llùcl., f» 53o.)

2. Ce voyage fut sans doute motivé par le désir de presser la conclusion de l'affaire des terrahis qui lui avaient été concédés à Toulon. Voyez plus liaut, p. xxvi.

Page 1