Le ig avril. Vovez Roux-Alpheran , Recherches, p
4. Œ I\Ia(Iame, suivant votre lettre, je n'ai point failli à toutes les occasions qui se sont présentées de remontrer à M. de ivlalherbe ce qui étoit de vos appréhensions, et vous assure que je n'ai pas eu de la peine à persuader M. le garde des sceaux de le faire aussi de son côté, car je l'avois déjà prévenu par diverses fois sur ce qu'il avoit vu à Monsieur votre fils des habillements de couleur. Knfin, M. de Malherbe l'a assuré que son intention étoit de lui fairc^ continuer les lettres — Je vous dirai bien davantage que Monsieur votre fils n a ludle inclination d'épée, ains a lui-nu'me eu horreur de cette
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Ces inquiétudes n'étaient que trop fondées. Malgré ce que disait Peireso de l'horreur que la profession des armes inspirait à iMarc-Antoine, 1 humeur batailleuse de celui-ci l'entraîna dans trois querelles, dont la dernière lui coûta la vie. La première eut lieu au mois de mai 1622, au moment où Malherbe venait d'arriver en Provence. Nous en ignorons les circonstances , car il n''en a parlé qu'en termes assez vagues dans sa correspondance : « Deux jours après que je fus arrivé, écrit-il à son cousin de Colomby \ je ne sais quel fripon d'officier fit une niche à mon fds pour laquelle il a été contraint de garder la chambre, et moi privé du contentemen. que j'étois venu chercher à ma maison.... Mes amis me disent que c'est un juif à qui jai affaire et que je ne dois pas trouver étrange que mon fils soit persécuté par ceux mêmes qui ont crucifié le fils de Dieu^.... Ce que j'y vois de meilleur pour moi, c'est que le moyen qu'a ce maroufle de me nuire n'est pas égal à sa volonté. Mais toujours aurai-je de la peine et de
la dépense à démêler cet écheveau J'ai eu depuis quatre
ou cinq jours des inhibitions du Conseil pour ôter à ce parlement la connoissance de ma brouillerie. Il me reste encore quelques informations à faire pour évoquer. C'est à quoi je
profession. Son père l'a fait étudier tous les jours quatre ou cinq bonnes heures en sa présence, de quoi j'ai été témoin diverses fois. Il s'est résolu de le vous ramener bientôt lui-même là-bas, estimant qu'il y puisse bien mieux faire ses affaires qu'ici. » (Lettre de Pelresc à Mme de Malherbe, datée de Paris le 29 octobre 1617. Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, fo 532.)
1. Cette lettre, dans les anciennes éditions, est la trente-huitième et dernière du livre II. Dans une lettre écrite d'Aix à Peireso (alors à Paris), en date du 10 juillet de la même année (1622I, il donne quelques autres détails : «c Le jour même de la Fête-Dieu, il plut à l'avocat général Tbomassin de faire garder la chambre à mon fîls, ce qui lui réussit si bien par la facilité qu'il trouva en M. d'Oppède (le premier président), qu'encore aujourd'hui il est en prise de corps. Je crois bien que si je l'eusse voulu faire représenter, il en seroit quitte, mais parce que je me doute qu'ils l'eussent obligé à quelque satisfaction à sa partie, j'ai mieux aimé qu'il soit privé de quelques jours de la place des Jacobins que de le soumettre à cette indignité. J'ai donc envoyé quérir un renvoi à un autre parlement ; je l'attends au premier jour, avec les inhibitions à celui-ci. »
2. Il a repris cette pensée dans le sonnet qu'en 1627 il lit sur la mort de son fils (voyez p. 276, pièce en, vers i3 et 14).
XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQLE
travaille. » Ce « fripon d'officier » d'origine juive est probablement Paul Forlia, seigneur de Piles, dont il va être question tout à l'heure.
Cette mésaventure aurait dû servir de leçon à I\Iarc-Antoine, mais il n'en fut rien; et <t la chaleur de la jeunesse' » fit avorter les plans que son père avait formés. « Il y aura bientôt trois ans, écrit Malherbe à i\I. deMentinle i4 octobre 1626, que vous vous emplovàtes à me faire avoir pour mon fils un office de conseiller au parlement de Provence. Le traité qui s'en fit alors fut interrompu par une brouillerie qui lui survint*. » L'affaire, que Malherbe traite si lestement de brouillerie , était des plus graves, et elle est restée inconnue jusqu'ici à tous ses biographes, qui ont rapporté à la précédente les détails qu'ils avaient trouvés dans sa correspondance : il s'agissait d'un duel où ÎNIarc- Antoine avait tué son adversaire, un nommé Raymond Audebert ou Audibert, bourgeois d'Aix. Ceci se passait au mois de juin 1624. Les espérances cpie l'on avait d'abord données à Malherbe^ ne se réalisèrent pas, et les
1. Peiresc, de retour à Aix, écrit à Malherbe le fi décembre ifiaS : a Mme de Malherbe m'a communiqué certaine affaire concernant l'emploi de Monsieur votre fils, à quoi je voudrois bien pouvoir contribuer quelque chose pour son contentement et le vôtre, ayant un extrême regret de voir qu'un si subtil esprit, qui feroit des merveilles dans le monde, perde une si bonne partie de son temps au grand déplaisir de tous vos amis et serviteurs, et spécialement de ceux que vous avez dans notre Compagnie, qui seroient bien aises de lui tendre la main, de le dispenser, je m'assure, de tout ce qu'ils pourroieut pour l'honneur de vous et de lui. Pensez-v, je vous supplie, tandis que votre service de par de là lui peut faire espérer plus de faveur auprès du Pioi et de son conseil, et avant que la chaleur de la jeunesse le porte à quelques résolutions qui servissent par après d'obstacle aux bonnes intentions de vos amis. Je crains bien que vous ne blâmiez ma trop grande liberté, mais, etc. » (Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, f" 542.)
2. Cette lettre, qui est laxvin' du second li^Te dans toutes les éditions, y est datée à tort de i6ifi, au lieu de 1626. Le contenu ne laisse aucun doute sur la date véritable.
3. Dans une lettre écrite le 27 juin 1624» pour « se condouloir avec lui du malheur arrivé à son fils, qui a été universellement plaint pai' toute celte ville, » Peiresc dit : « Mais pour ce que c'est chose faite qui ne peut pas ne l'avoir été, je me persuade que ce mal pourroit être cause de quelque bien, si Monsieur votre fils vouloit un peu résouche à l'avenir de contenter ses parents, amis et serviteurs. La con-
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choses prirent, une tournure si alarmante quil fit quitter la Provence à son fils. En effet, le lo octobre, une sentence du sénéchal d'Aix, rendue sur la poursuite de la veuve et de ses enfants, condamnait 3Iarc-Antoine à avoir la tète tranchée. Mais Malherbe, sachant bien qu'en pai-eille occurrence il ne fallait que gagner du temps, envoya son fils en Normandie, comptant, « avec un million de gentilshommes, » sur un pardon général, dont le mariage de ^ladame a\ec Charles l*"^ devait ètie le prétexte ^
En attendant cette amnistie qui tarda assez longtemps, il paivint à faire évoquer l'affaire au conseil du Roi, qui la renvoya au parlement de Dijon, et il sut se faire appuyer près de ses nouveaux juges par une lettre fort pressante de iMarie de Médicis*. La procédure fut longue ; enfin il obtint, en juin 1626, des lettres de grâce, qui ne furent entérinées que le i3 février de l'année suivante; mais Marc-Antoine, pour jouir de leur effet, dut, par arrêt de la Cour, payer les dépens et quinze cents livres de dommages et intérêts à la veuve Audebert et ses enfants ^.
Cinq mois après, jour pour jour, le i3 juillet, à quatre lieues d'Aix, Marc-Antoine périssait à son tour dans une querelle avec Gaspard de Bovet, baron de Bormes, et avec le beaufrère de celui-ci, Paul de Fortia, seigneur de Piles, dont on a déjà vu le nom plus haut. Malherbe cria à l'assassinat, et l'on peut voir dans sa lettre à Louis XIII* en quels termes il parlait des meurtriers de son fils. L'accusation ne paraît point suf-
dition des personnes auxquelles il a affaire est telle que Ton réduira à tout ce qu'il voudra, et la qualité du fait est réduite, Dieu merci, en termes qu'il n'y aura rien que vous n'obteniez. » (Bibliotlièque de Carpentras, manuscrit cité, fo 5450
1. Lettre à Racan du i3 décembre 1624 ". « Il y a fort longtemps que je l'ai envoyé en Normtmdie, où il passe son temps, à ce qu'il m'écrit, mieux qu'en lieu où il a jamais été. Je l'ai tiré d'ici pour la doute que j'avois que ses parties ne lui eussent tendu quelque piège, comme certes j'ai découvert qu'ils avoientfait. Mais j'eus bon nez, de quoi bien lui prit et à moi aussi. J'attends, avec un million de gentilshommes, un pardon général de tous les duels, dont le mariage de 3Iadame sera le prétexte, s