‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 44 sur 295 · LETTRE INÉDITE DE PEIRESC A MALHERBE SUR LA MORT DE SOA'^ FILS · texte numérisé non relu

LETTRE INÉDITE DE PEIRESC A MALHERBE SUR LA MORT DE SOA'^ FILS

a Monsieur, je viens de nie condouloir et de pleurer tout mon saoul avec la pauvre désolée mère, Mme de Malherbe, et voudrois bien m'ètre trouvé près de vous, ou que la distance des lieux et ma foible santé ne m'eussent pas empêché, comme elles font , de vous aller voir, ainsi que je le desirerois en cette fujieste rencontre, pour joindre mes larmes aux vôtres et recevoir avec la condoléance et la compassion générale toutes les plaintes qu'une si juste douleur vous pouvoit faii'e verser dans le sein de l'un de vos plus fidèles serviteurs. Mais quoique je ne puisse personnellement m'acquitter de ce devoir, vous aurez, s'il vous plaît, agréable que je supplée comme je pourrai par lettre, et que je vous die que j'ai tant de part à votre perte que je suis encore moi-même hors des termes de recevoir aucune consolation ; tant s'en faut que je puisse être en état d'entreprendre de vous en donner, sachant, comme je fais, combien vous seroit inutile tout ce qui pourroit venir d'une si chétive main que la mienne, et sachant aussi de quelle façon feu M. de Malherbe, votre fils, avoit gagné le cœur de tant d'amis q^ae vous avez en ces pays, et des siens propres, voire de tout ce qu'il y a de galants hommes et de gens de bien, lesquels ne pouvoient assez admirer la bonne vie qu'il avoit reprise et l'assiduité qu'il mettoit à l'étude depuis peu : ce qui faisoit qu'un chacun avoit généralement conçu très-grande espérance de sa vertu et de sa magnanimité, et qu'on s'en promettoit tout ce qui se pouvoit attendre de l'un des plus beaux esprits de son siècle, et qui avoit les plus belles et les plus recommandables parties d'un gentilhomme de son âge. Mais nous étions certainement indignes d'en cueillir le fruit dans ce malheureux pays, puisque nous ne l'avons su priser et choyer comme il méritoit. Je prie Dieu que la punition n'en tombe que sur ceux qui en ont véritablement le tort, principalement à cette dernière action, dans laquelle Dieu l'a pris à soi, dans une conjoncture si avantageuse pour le salut de son àme, qu'il semble qu'il ait voulu laisser ce sujet de consolation à tous les siens; car c'a été quand il étoit parvenu à un grand amendement de vie et mœurs et qu'il s'étoit entièrement dévoué à son service en une religion fort austère, auparavant qu'il eût le loisir ou le besoin de changer d'avis, Dieu lui ayant fait la grâce de mourir le plus chrétiennement et le plus exemplairement qu'on eût su désirer ou attendre d'un homme grandement consommé et exercé dans les plus grandes vertus humaines, et avec une

DE LA NOTICE BIOGRAPHIQUE. lv

constance et charité signalée : ce qui mérite et doit extorquer des actions de grâce à sa divine bonté dans les plus fortes des douleurs que la nature puisse faire ressentir en telle occurrence à ses plus proches et plus intéressés à sa perte; ce que j'ai vu fort constamment pratiquer, à ce coup, à Mme de Malherbe, laquelle, dans les plus violentes secousses de sa douleur, reprenoit ses forces pour en venir à ces termes, eu se résignant à son Dieu et implorant son secours et sa juste vengeance. Je crois bien que votre constance ne vous manquera pas à vous non plus en cette occasion, et que vous vous y résoudrez enfin, comme tous vos meilleurs amis vous en conjurent, et encore celui qui est de si longue main et qui sera inviolablement à jamais, Monsieur, etc. '. i

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