‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 56 sur 295 · Au mois de décembre ifii · texte numérisé non relu

Au mois de décembre ifii

PAR RACAN. Lxvu

de joie après le malheur qui venoit d'arriver de la perte de deux princes du sang par les mauvaises couches de Madame la Princesse. M. de Malherbe lui repartit ces propres mots : « Monsieur, Monsieur, cela ne vous doit point affliger; ne vous souciez cjLie de bien servir, vous ne manquerez jamais de maître. »

Une autre fois, un de ses neveux l'ctoit venu voir au retour du collège, où il avoit ètè neuf ans. Après lui avoir demandé s'il étoit bien savant, il lui ouvrit son Ovide, et convia son neveu de lui en expliquer quelques vers; à quoi son neveu se trouvant empêché, après l'avoir laissé tâtonner un quart d'heure avant que de pouvoir expliquer un mot de latin, M. de Malherbe ne lui dit rien, sinon : « Mon neveu, croyez-moi, soyez vaillant : vous ne valez rien à autre chose. »

Un jour, dans le Cercle*, quelque homme prude, en l'abordant, lui fit un grand éloge de Mme la marquise de Guercheville*, qui étoit lors présente comme dame d'honneur de la Reine, et après lui avoir conté toute sa vie et la constance cpielle avoit eue aux poursuites amoureuses du feu roi Henri le Grand, il conclut son panégyrique par ces mots, en la montrant [à M. de INIalherbe : « Voilà ce qu'a fait la vertu. » ] M. de Malherbe, sans hésiter, lui montra de la même sorte la connétable de Lesdiguières*, qui avoit son placer auprès de la Reine , et lui dit : « Voilà ce (jua fait le vice. »

Un gentilhomme de ses parents faisoit tous les ans des enfants à sa femme, dont M. de Malherbe se plaignoit, en lui disant qu'il craignoit que cela n'apportât de l'incommodité à ses affaires, et cpi'il n'eût pas le moyen de les élever selon leur condition ; à quoi le parent lui répondit qu'il ne pouvoit avoir trop d'enfants pourvu qu'ils fussent gens de bien. M. de Malherbe lui dit fort sèchement (fu'il n'étoit point de cet avis,

Page 1