‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 57 sur 295 · C'est-à-dire au cercle de la Reine · texte numérisé non relu

C'est-à-dire au cercle de la Reine

2. Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, morte en ifiîu.

3. Marie \ignon, fille d'un fourreur de Grenoble, mariée en premières noces à un drapier nommé Mathel, qui fut assassiné en iHi4- Trois ans après elle épousa le connétable, avec lequel elle vivait depuis longtemps. Vovez Tallemant, Historiette du connétable de Lesdiguièies (édit. P. Paris, tome [, p. lay).

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et qu il ainioit mieux manger un rhapon avec un voletir (ju avec trente capucins.

Quand son fils fut assassiné par IM. de Piles, il alla exprès au siège de la Rochelle en demander justice au Roi, de qui n'ayant pas eu toute la satisfaction qu il esperoit, il disoit tout haut dans la cour dPstrées, qui étoit alors le logis du I.oi, qu'il vouloit ilemander le combat contre M. de Piles. Des capitaines des gardes et autres gens de guerre qui étoient là se sourioient de le voir à cet âge parler d'aller sur le pré, et le sieur de Racan, comme son ami , le voulut tirer à part pour lui donner avis qu'il se faisoit moquer de lui, et qu'il étoit ridicule , à l'âge de soixante-treize ans qu'il avoit, de se battre contre un homme de vingt-cinq ans. Sans attendre qu'il achevât sa remontrance, il lui répliqua brusquement : « C'est pour cela que je le fais : je hasarde un sol contre ime pistole. »

Une année que la Chandeleur avoit été un vendredi, ayant gardé quelque reste de gigot du mouton du jeudi, dont il faisoit une grillade le samedi matin, sur les sept à huit heures, et comme après la Chandeleur l'Église ne permet plus de manger de viande le samedi, le sieur de Racan, entrant dans sa chambre à l'heure qu'il faisoit ce repas extraordinaire, lui dit : « Quoi, jMonsieur, vous mangez de la viande? IN'otre Dame n'est plus en couche. » i\I. de Malherbe se contenta de lui répondre assez brusquement, à son ordinaire, que les dames ne se levoient pas si matin.

Sa façon de corriger son valet étoit assez plaisante. Il lui donnoit dix sols par jour, qui étoient honnêtement en ce temps-là, pour sa vie, et vingt écus de gages ; et quand son valet l'avoit fâché, il lui faisoit une remontrance en ces lermes : « Mon ami, quand on a offensé son maître, on offense Dieu ; et quand on offense Dieu, il faut, pour avoir absolution de son péché, jeûner et donner l'aumône; c'est pourquoi je retiendrai cinq sols de votre dépense, que je donnerai aux pauvres à votre intention, pour l'expiation de vos jiéchés. »

Étant allé visiter IMme de Bellegarde au matin, un peu après la mort du maréchal d'Ancre, comme on lui dit qu'elle étoit allée à la messe, il demanda si elle avoit encore quelque chose à demander à Dieu, après qu'il avoit délivré la France du maréchal d'Ancre.

PAR RACAN. ixix

Un jour que M. de Mésiriac', avec deux ou trois de ses amis, lui apporta un livre d'arithmétique dun auteur grec nommé Diophante, que M. de iMésiriac avoit commenté, et ses amis lui louant extraordinairement ce livre, comme un travail fort utile au public, M. de Malherbe leur demanda s'il feroit amender le pain et le vin.

Il fit presque une même réponse à un gentilhomme de la religion qui Timporlunoit de controverse, lui demandant pour toute réplique si on boiroit de meilleur vin, et si on vivroit de meilleur blé à la Rochelle qu'à Paris.

Il n'estimoit aucun des anciens poètes françois , qu'un peu Bertaut'; encore disoit-il que ses stances étoient nichilau dos^, et que pour trouver une pointe à la fin, il faisoit les trois premiers vers insuj)portables.

Il avoit été ami de Régnier le satirique, et l'estimoit en son genre à l'égal des Latins; mais la cause de leur divorce arriva de ce qu'étant allés dîner ensemble chez M. Desportes*, oncle de Régnier, ils trouvèrent que Ion avoit déjà servi les potages. JM. Desportes reçut iM. de Malherbe avec grande civilité, et offrant de lui donner un exemplaire de ses Psaumes qu'il avoit nouvellement faits, il se mit en devoir de monter en sa chambre pour l'aller quérir. ÏM. de Malherbe lui dit qu'il les avoit déjà vus, que cela ne valoit pas qu'il prît la peine de remonter, et que son potage valoit mieux que ses Psaumes. Il ne laissa pas de dîner avec M. Desportes, sans se dire mot , et aussitôt qu'ils furent sortis de table , ils se

I . C. G. Bachet de Méziriac, littérateur et mathématicien, membre de l'Académie française, né en i58i, mort en i638. Son édition de V Arithmétique de Diophante parut en 1(121, in-f°.

i. J. Berlaut, évèque de Séez, né à Caen en iSSa, mort en 161 1.

3. « Nichil au dos, rapjjorte le Dictionnaire de Trévoux, s'est dit, suivant Henri Estienne, des pourpoints dont le devant étoit de velours et le derrière d'une étoffe de vil prix, et a été appliqué généralement à toutes les choses qui avoient un bel extérieur, auquel l'intérieur ne répondoit point. » Nichil est une forme souvent employée dans la basse latinité pour nihil.

4. Ph. Desportes, abbé de Tiron, né à Chartres en i546, mort en 1606. La première édition de sa traduction en vers des cent cinquante psaumes parut en i()o3; il en avait publié soixante en iSgi; cent en 1098.

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séparèrent et ne se sont jamais vus depuis. Cela donna lieu à Régnier de faire la satire contre Malherbe, qui commence :

Rapin, le favori', etc.

Il n'estimolt point du tout les Grecs, et particulièrement il sétoit déclaré ennemi du galimatias de Pindare.

Pour les Latins, celui qu'il estimoit le plus etoit Stace, qui a fait la Thébaïde , et après Sénèque le Tragique, Horace, Juvénal, Ovide, Martial.

Il estimoit fort peu les Italiens, et disoit que tous les sonnets de Pétrarque étoient h la grecque, aussi bien que les épigrammes de Mlle de Gournay ^.

Il se faisoit presque tous les jours, sur le soir, quelque petite conférence, où assistoient particulièrement Colomby, Maynard , Racan , Dumonstier' et quelques autres dont les noms n'ont pas été connus dans le monde; et [un jour], un habitant d'Aurillac, où INÏaynard étoit alors président, vint heurter à la porte en demandant : « Monsieur le Président est-il point ici ? » Cela obligea M. de Malherbe à se lever brusquement pour courir répondre à cet habitant : « Quel président demandez-vous? Apprenez qu'il n'y a point ici d'autre président que moi. »

Quelqu'un lui disant que M. Gaumin* avoit trouvé le secret d'entendre le sens de la langue punique, et qu'il y avoit fait le Pater noster, il dit à l'heure même assez brusquement, à son ordinaire : « Je m'en vais tout à celte heure y faire le Credo; k et à l'instant il prononça une douzaine de mots qui n'étoient

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