‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 59 sur 295 · Détourner · texte numérisé non relu

Détourner

4. Dans les anciennes éditions on lit : « Si ce n'est un sonnet, ce sont des vers ; » ce qui rappelle fort les épi grammes à la grecque dont il vient d'être parlé.

5. C'est la première des Épitres de Régnier. Elle parut en i(io8.

6. Lisez pidné ; car Malherbe était l'aîné de la famille. Ce frère

Lxxn VIE DE MALHERBE

procès, et comme un de ses amis le plaii^noit de cette mauvaise intelligence, et que cétoit un malheur assez ordinaire d'avoir procès avec ses proches, M. de Malherbe lui dit qu'il ne pouvoit pas en avoir avec les Turcs et les Mosco\ites, avec qui il n'avoit rien à partager.

Il perdit sa mère environ Tau iGi 5, qu'il étoit âgé de plus de soixante ans, et comme la Reine mère envoya un gentilhomme pour le consoler, il dit à ce gentilhomme qu'il ne pouvoit se revancher de l'honneur que lui faisoit la Reine qu'en priant Dieu que le Roi son fils pleurât sa mort aussi vieux qu'il pleuroit celle de sa mère.

Il ne pouvoit souffrir que les pauvres , en demandant l'aumône, dissent : « Noble gentilhomme ; » et disoit que cela étoit superflu, et que s'il étoit gentilhomme il étoit noble.

Quand les pauvres lui disoient qu'ils prieroient Dieu pour kii, il leur rèpondoit qu'il ne crovoit pas qu'ils eussent grand crédit envers Dieu, vu le mauvais état auquel il les laissoit en ce monde, et qu'il eut mieux aime que M. de Luynes ou quelque autre favori lui eût fait la même promesse.

Un jour que M. de Termes reprertoit Racan d'un vers qu'il a changé depuis, où il y avoit, parlant d'un homme champêtre :

Le labeui- de ses bras rend sa maison prospère * ,

Racan lui répondit que M. de Malherbe avoit usé de ce mot prospère de la même sorte en ce vers :

O que la fortune prospère*

M. de Malherbe, qui étoit présent, lui dit assez brusqueest celui que dans VEpilapIte de il/. d'Is (voyez p. lo, pièce iv), il appelle le grand Eléazar mon frère. Vovez plus loin, p. 333 et suivantes, V Instruction de Malherbe a son fils.

I. Voyez les OEui'res de /fofrtw (hibliothcque elzévirienne), torael, p. igfi. Ce vers a été ainsi modifié par l'auteur :

Il laboure le champ que labouroit son père.

•>. C'est le douzième vers de la [)ièce m\ (voyez p. 7(1). Seulement i! est imprimé ainsi :

O que nos lbrluuc> |(ros|)ères

PAR RACAN. Lxxiii

ment: « Eh bien, mort Dieu! si je fais un pet', en voulez-vous faire un autre? »

Quand on lui montroit quelques vers où il y avoit des mois superflus et qui ne servoient qu'à la mesure ou à la rime, il disoit que c'étoit une bride de che\al attachée avec une aiguillette.

Un homme de robe longue, de condition, lui apporta des vers assez mal polis, qu'il avoit fcits à la louange d'une dame, et lui dit, avant que de les lui montrer, que des considérations Tavoient obligé à faire ces vers. M. de Malherbe les lut avec mépris, et lui demanda, après qu'il eut achevé, s'il avoit été condamné à être pendu ou à faire ces vers-là, parce que à moins de cela il ne devoit point exposer sa réputation en produisant des ouvrages si ridicules ^

S'étant vêtu un jour extraordinairement, à cause du grand froid qu'il faisoit, il avoit encore étendu sur sa fenèti'e trois ou quatre aimes de frise verte; et comme on lui demanda ce qu'il vouloit faire de cette frise , il l'épondit brusquement, à son ordinaire : « Je pense qu'il est avis à ce fi-oid qu'il n'y a plus de frise dans Paris; je lui montrerai bien que si. »

En ce même temps , ayant mis à ses jambes une si grande quantité de bas, presque tous noirs, qu'il ne se pouvoit chausser également qu'avec des jetons, Racan arriva en sa chambre comme il étoit en cet état-là, et lui conseilla, pour se délivrer de la peine de se servir de jetons, de mettre à chacun de ses bas un ruban de quelque couleur, ou une marque de soie qui commençât par une lettre de l'alphabet, comme au premier un ruban ou une lettre de soie amarante, au second un bleu, au troisième un cramoisi, et ainsi des autres. M. de Malherbe approuva le conseil et l'exécuta à l'heure même, et le lendemain, venant diner chez M. de Bellegarde, en voyant Racau il lui dit, au lieu de bonjour : '< J'en ai jusques à IL; » de quoi

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