Voyez pièce Lvni, p. 197 et suivantes
PAR RACAIV. Lxxxv
l'arrêt du quatrième vers, on en fit encore un au septième, Racan s'y opposa, et ne l'a jamais presque observé. Sa raison étoit que les stances de dix ne se chantent presque jamais , et que quand elles se chanteroient on ne les chanteroit pas en trois reprises ; c'est pourquoi il sufilsoit d'en faire une au quatrième. Voilà la plus grande contestation qu'il a eue contre M. de Malherbe et ses écoliers , et pourquoi on a été prêt de le déclarer hérétique en poésie'.
M. de Malherbe vouloit aussi que les élégies eussent un sens parfait de quatre vers en quatre vers, même de deux en deux, s'il se pouvoit; à quoi jamais Racan ne s'est accordé.
Il ne vouloit pas que l'on nombrât en vers de ces nombres vagues, connue mille ou cent tourments , et disoit assez plaisamment, quand il voyoit quelqu'un nombrer de cette sorte : a Peut-être n'y en avoit-il que quatre-vingt-dix-neuf. » Mais il estimoit qu'il y avoit de la grâce à nombrer nécessaiiement -, comme en ce vers de Racan :
Vieilles forêts de trois siècles âgées.
C'est encore une des censiues à quoi Racan ne se pouvoit rendre de ne point nombrer par cent ou par mille pour dire infiniment, et néanmoins il n'a osé s'en licencier' que depuis sa mort.
A ce propos de nombrer, quand on lui disoit que quelqu'un avoit les fièvres en plurier, il demandoit aussitôt : « Combien en a-t-il de fièvres? »
Ses amis familiers, qui voyoient de quelle sorte il travailloi t , disent avoir remarqué trois sortes de styles dans sa prose :
Le premier étoit en ses lettres familières, qu'il écrivoit à ses amis sans aucune préméditation, qui, quoique fort négligées, avoient toujours quelque chose d'agréable qui sentoit ô(m honnête homme.
Le second etoit en celles où il ne travailloit qu'à demi, oi( I f)n croit avoir remarqué beaucoup de dureté et de pensées indigestes qui n'avoient aucun agrément.