‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 85 sur 295 · DE MALHERBE · texte numérisé non relu

DE MALHERBE

On connaît, ou du moins on connaissait 'car je ne sais si tous trois existent encore aujourd'hui} , trois portraits contemporains de IMallierbe. L'un, peint par Finsonius, appartenait au siècle dernier à M. Boyer d'Aguilles (ou d'ÉguilIes), et fut gravé avec le reste de la riche collection de cet amateure Au bas de la gravure exécutée par Coelemans on lit : Finsonius Bciga pinxit i6i3. Or Malherbe en i6i3 avait cinquantehuit ans, et le portrait le représente à l'âge d'environ trente ou trente-cinq ans; de plus, en cette même année i6i3, Malherbe ne quitta Paris que pour aller à Fontainebleau, tandis que Finsonius resta en Provence ^. Il faut donc, ou que la date soit

1. Recueil d'estampes ef après {es tableaux des peinti-es les plus célèbres d'Italie, des Pays-Bas et de France, qui sont à .tijr, dans le cabinet de 31. Boyer d'Aguilles , procureur général du Roy au parlement de Provence, gravées par Jacques Coeienians d'Anvers, par les soins et sous la direction de Monsieur Jean-Baptiste Boyer d'Aguilles, conseiller au même parlement , avec une description de chaque tableau et le portrait de chaque peintre. A Paris, chez P. J. Mariette, m dccxliv, in-fol.

Une première édition, mais moins complète, avait paru en 1709.

A la page 1 1 , se trouve la notice suivante :

a Portrait de François de Malherbe, gentilhomme ordinaire du Roy, et le plus grand poète de son siècle, peint eu i(îi3 par Finsonius. peinti'e flamand , peu connu hors de la Provence, où il avoit établi son séjour, mais qui cependant a fait, dit-on , des portraits qui peuvent aller de pair avec ceux de Vandyck. Celui-ci, qui est uu de ses plus beaux, est passé à titre d'héritage dans la famille de Messieurs Bover, avec les livres et les manuscrits de ^lalherbe. Jean-Baptiste Bover, un de leurs ancêtres, mort doyen du parlement de Provence en ifiSj, dont on trouvera ci-après le portrait, étoit beau-frère de ce restaurateur de la poésie françoise. Ils avoient épousé les deux sœurs. Les plus grandes alliances n'ont rien de préférable à celle d'un homme aussi rare que celui-ci. »

2. Vovez sur Finsonius (Louis Flnson , de Bruges) la longue et

DES PORTRAITS DE MALHERBE. cxxv

fausse ou, ce qui est plus probable, que Finsonius ait copié un portrait fait une vingtaine d'années auparavant. La gravure de Coelenians n'a été reproduite qu'une fois, et en lithographie, par Rulmann; Téditeur ou Tartiste a ajouté au bas cette indication erronée : Diaprés un tableau de Dumontier.

Le second portrait est un crayon du célèbre Daniel Diimonstier', ce bizarre personnage sur lequel Tallemant des Réaux nous a laissé une charmante historiette. Il avait été fait pour Peiresc, qui l'avait commandé à l'artiste et eut toutes les peines du monde à l'obtenir. La correspondance inédite du savant antiquaire nous offre à ce propos quelques détails piquants qu'on nous permettra de transcrire ici.

Le i^"^ avril 1607, Peiresc écrit d'Aix à Dumonstier : « Ne laissez pas de me faire savoir ce qu'il vous faut pour le prix des peintures de 1\1. le président (du Vair)et de M. de Malerbe, et je vous ferai quand et quand payer de par delà ; car il me tarde bien d'avoir ces portraits-là. M. de Malerbe m'a bien recommandé souvent de vous envoyer vos poissons, mais il ne m'a pas encore dit d'avoir la peinture en dépôt, comme vous dites. Je le crois pieusement en attendant de vos nou* velles, et vous supplie de faire état de moi comme de votre, etc.^. »

Dumonstier, grand amateur de curiosités, paresseux et peu délicat de sa nature, Dumonstier, « ce maraud indigne de la connoissance des gens d honneur, » comme l'appelait Dupuy^, sut exploiter léloignement et la générosité de Peiresc et se

curieuse notice placée en tête du tome I des Reclierclies sur la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de f ancienne France, de Ph. de Pointel (de Chennevières). Paris, Dumoulin, 1847, i'i"^. — Vovez aussi dans le même volume (p. 98 à i4o) une description détaillée delà collection de M. JJover d'Aguilles.

1. On écrit ordinairement Dunioustier; mais l'orthographe véritable est Dumonstier. Du moins c'est ainsi qu'il a signé ses portraits et des vers insérés dans les recueils du temps. Une importante collection de ses crayons est au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale. Celui de Malherbe n'y figure pas, et l'on ne sait ce qu'il est devenu.

2. Bibliothèque de Carpentras, manuscrits Peiresc, Reg. xli, tome I, f° 447 Pt suivant.

3. Lettre inédite de P. Dupuy à Peiresc, Bibliothèque de Carpentras, manuscrits Peiresc, Reg xi.i, tome II, f° 92.

cxxvi DES PORTRAITS DE MALHERBE.

laissa sans remords accabler par lui de poissons, de lézards et de reproches ' .

Le I" juillet de la même année Peiresc était obligé de lui écrire encore : « Je porte bien impatiemment l'attente si longue des portraits de M. du Vair et de M, de Malerbe. Je vous supplie de ne me faire point tant languir et de quitter quelque autie besogne pour y mettre la dernière main et me les envover par le premier messager. Je vous assiu'e que je vous en aurai trois fois autant l'obligation que si vous attendez tant de me donner ce contentement. Il y a déjà plus de quatre mois que vous m'aviez écrit que vous les aviez mis en déposition chez M. de Malerbe, et toutefois vous me confessez maintenant qu'ils ne sont point achevés. Si vous n'êtes plus soigneux de votre réputation, vous voyez bien pour qui on vous prendra. Je vous en supplie de tout mon cœur; et j)our un coup d'éperon, je vous envoie un lézard qui fut porté- dernièrement du grand Caire, en Egypte, etc.^. » Le 12 octobre, nouvel envoi de poissons; aussi le 12 du mois suivant Malherbe écrivait à Peiresc : a J'oubliois à vous dire que le sieur Dumonstier est si content de vous qu'il n'est pas possible de plus : il vous eût envoyé le portrait de M. le premier président, et à M. du Perrier, celui de M. le cardinal du Perron; mais il attend que le mien soit achevé, ce qui sera, Dieu aidant, cette semaine*, k Mais la se-

I. Le 27 avril Peiresc lui p;trle encore des portraits et du payement, et lui annonce qu'il lui expédie des poissons curieux. On lit aussi à la date de 1(107 dans la Vie de Peiresc par Gassendi que nous avons citée plus haut (p. xx) : a Quin etiam mittens Parisios, adjec- « tam voluit congeriem diversissiniani conchyliorum et piscium, qui « nionstrosa forma in mari 3Iediterraneo visuntur, itemque pellem « felis marini et innumera alia, quœ destinavit préesertim ad picto- « rem celebrem Danielem Monsterium a quo exspectal)at icônes Varii, <i Thuani, Casauboni atque Malherliii. » Çyiri Hhtslris Nicolai Claui/ii Fabricii de. Peu esc vila per Petrum Gassendum, p. 107.)

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