Fontainebleau, ce i' octobre
Monsieur, je ne veux pas payer les effets dont vous m'avez témoigné votre bienveillance, en vous offrant la mienne avec des paroles; mais puisque pour cette heure la fortune ne me donne point de moyen de faire autre chose, si veux-je que vous ayez quelque gage des promesses que je vous ai faites de me souvenir tant que je vivrai de l'honneur que j'ai reçu de vous en toute sorte d'offices où l'occasion s'est présentée de m'obliger. Cette lettre m'en servira, s'il vous plaît, attendant que quelque meilleur se mette en sa place, et vous l'accepterez avec votre courtoisie accoutumée.
J'écris toujours très-mal, mais ce soir j'y fais des merveilles, pource qu'il est tard et que je suis si lassé de brouiller le papier que je vous jure que je ne sais ni que je fais ni que je dis ; et puis, au même temps que ce porteur est entré en ma chambre, il s'est rencontré avec lui un laquais qui est venu exprès de Paris m'apporter une lettre. Je vous laisse à penser comme je suis glorieux : la réponse a épuisé tout ce que j'avois de belles paroles, et a laissé'
Lettre 3 . — i . Peiresc était revenu en Provence dès le commencement d'octobre, après avoir visité l'Angleterre et les Pays-Bas. 3. Il y a lassé dans le manuscrit; mais évidemment c'est laissé
l'esprit aussi bien las que la main : il vaut donc mieux me taire que de ne dire rien qui vaille. Je vous envoyé les vers de M. Critlon% bien gâtés et bien frippés; mais nous sommes à Fontainebleau, où nous ne pouvons pas en recouvrer comme à Paris. J'en envoyé un* à Monsieur le premier président*, qui est un petit plus entier; mais votre amitié me défend les cérémonies.
Pour des nouvelles, il n'y en a du tout point que le mariage de M. le marquis de Rosny avec la fille de M. de Créquy, moyennant quatre cent mille" livres que lui donne M. des Diguières ' . On attend de jour à autre la prise de Rhinbergue * : je ne sais ce que cela nous amènera ; pour moi, je ne prévois que paix.
Le vendredi après votre partement, comme je parlois, en la chambre du Roi, avec M. de Saint-André', de vous,
qu'il faut lire. Le mot las, qui vient un peu plus loin, a été ajouté après coup par Malherbe, dans l'interligne.
3. Ce sont sans cloute les trois pièces de vers latins imprimées à Paris, 1606, in- 8°, sous le titre de : Baptisteria liistrico nomïnalîum die Delphino Francise inscripta. Leur auteur, Georges Critton, professeur de langue grecque au Collège royal, était né en Ecosse, en i554, et mourut le i3 avril 161 1.