Voyez tome I, pièces xtviii et xlix, p. 170 et
5. Le prince de (ionti était abbé commendataire de Saint-Germain des Prés.
portée aussitôt qu'elle naquit. Madame la princesse avoit résolu d'y faire sa couche, et y avoit tout fait préparer pour cet effet ; mais elle fut surprise de son accouchement dans le Louvre, où elle est encore à cette heure ignorante de l'inconvénient qui lui est arrivé. Dieu la consolera, s'il lui pl^t, et l'espérance qu'elle aura d'un fils au bout d'un an. L'on est après à faire le mariage de M. le prince de Join ville et de Mlle du Maine. Il a envoyé ici sa procuration pour cet effet. J'ai écrit tout au long à Monsieur le premier président ce qui se dit ici de notre guerre. Vous le verrez en sa lettre, et il en verra en la vôtre ce que j'ai oublié en la sienne. Le Roi aime fort Monsieur le connétable, et a raison ; il a trouvé un homme selon son cœur. Il est fort résolu d'avoir sa fille, et maintient qu'elle est encore pucelle*. Je crois qu'à sa prière Mme d'Angoulême s'en va faire un voyage à Bruxelles : je ne sais si ce sera avec quelque effet'. Celui de M. le marquis de Cœuvres ne lui a pas réussi. J'ai toujours trouvé cette commission ruineuse. En ces occasionslà, c'est la coutume d'imputer' les mauvais événements des affaires à ceux qui les ont négociées. Il a demandé congé au Roi de se retirer; il lui a répondu qu'il partît quand il voudroit. On est après à rhabiller tout cela. Le Roi est bon, et je crois que Monsieur le marquis a fait
6. Les mots « et maintient, etc., » ont été ajoutés après coup, audessus de la ligne.
7. On lit dans une lettre de Henri IV à l'abbé de Préaux : a Les père et tante me donnent bien de la peine, car ils sont froids plus que la saison; mais mon feu les dégèle, dès que j'en approche. » Recueil des lettres missives, tome VII, p. 887. — On peut consulter sur l'affaire du prince de Condé t Enlèvement innocent par Virey, publié par E. Halphen, Paris, Aubry, iSSg, in-ia, le tome I de la Revue rétrospective ^ p. a83 à 334, et le portefeuille a65 de la collection Godefroy, à l'Institut.
8. Malherbe avait d'abord écrit : a En ces occasions-là, on impute toujours. >
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pour son service tout ce qui s'y pouvoit faire. M. de Préaux l'Aubépine y est demeuré. Il avoit été un bruit qu'il seroit secrétaire d'Etat; mais l'on tient que ce sera M. Phelypeaux', secrétaire de la Reine, moyennant soixante mille écus qu'il baille de récompense à M. de Fresnes. Oii dit qu'il donne quelque chose à des personnes qui l'ont assisté en cette affaire; mais je ne le veux pas croire, car il a de la faveur assez aux bonnes grâces de la Reine sans en mendier ailleurs. Vous avez su que M. de Bassompierre est maistre de camp de la cavalerie légère de l'armée de Piémont, et outre cela, il a deux compagnies à soi, l'une de chevaux légers, et l'autre de carabins. Il fait compte, à ce qu'il m'a dit , de dépendre cinquante mille écus à faire son équipage et lever ses deux compagnies, et dépendre trente mille écus par an quand il sera en l'armée. La résolution de cette guerre ne se prendra que sur les nouvelles que l'on aura de M. des Diguières, après qu'il aura vu M. de Savoie. Le Roi s'en va, à ce qu'il dit, au rendez-vous, aussitôt que le couronnement de la Reine sera fait. Il a dit qu'il veut que tous ceux qui n'auront point de charge se rangent sous sa cornette, et qu'ils portent tous des casaques de veloux violet. Je ne sais qui vous aura dit que Mme la comtesse de Sault avoit été malade : c'éloit une imposture, je ne sais à quelle fin. Il y a, je crois, dix mois que je n'ai été qu'une seule fois chez elle ; mais je ne laisse pas de savoir qu'elle se porte fort bien. Il a été bruit qu'elle avoit été brouillée à l'Arsenac ; mais l'on dit que cela est raccommodé : tant y a qu'il n'y paroît point. La citadelle de Metz est en l'état où eUe étoit quand M. d'Espernon y alla, le Roi ayant
9. Paul Phelypeaux, seigneur de Pontchartrain , secrétaire des commandements de Marie de Médicis , puis secrétaire d'Etat en remplacement de Forget de Fresnes. Il mourut à Castelnaudary le a i octobre 162 1, à cinquante-deux ans.
voulu, quelques instantes prières que M. d'Espernon lui ait su faire, que celui qu'il en avoit ôté y ait été rétabli *'. Ce n'est pas que M. d'Espernon ne soit fort bien avec le Roi ; mais le Roi veut être roi, et le sera tant qu'il vivra; si bien que je conseille à vos remueurs de Provence qui faisoient des desseins sur l'opinion qu'ils avoient d'un changement, de ne se hâter pas tant une autre fois, s'ils ne vouloient d'aventure se faire pendre ou couper le cou ; car à ce prix-là tout est permis. Il y avoit un livre sur la presse nommé la Chasse de la bète romaine*^ , de quoi l'imprimeur est fort en peine. L'auteur est un jeune ministre de Poitou contre lequel on a décrété; s'il est pris, je crois qu'il fera un miracle des plus grands qui se soit jamais fait par homme de son métier, s'il n'y laisse le moule du bounet ou du pourpoint. Il y a ici un autre livre nouveau, fait par Bandole, intitulé des Parjures ^^j à ce que m'a dit celui qui l'a imprimé. Il faut que je le recouvre pour le vous envoyer ; car on m'a dit qu'il continue toujours ses premiers erres de parler contre un homme qu'il ne nomme point**. Adieu, Monsieur; en vous parlant de livres, je vous en fais ici un sans y penser : excusez-moi, c'est ma coutume de ne pouvoir me retenir quand je suis avec vous. Je vous baise bien humblement les mains , et suis , avec le même vœu qu'auparavant, votre serviteur très-humble et très-affectionné à jamais,
Malherbe.
A Paris, ce 24^ de mars 1610.