A Paris, le mécredi 19' de mai
Jeudi au soir', au retour du couronnement de la Reine, un nommé la Brosse", qui a été médecin de M. de Soissons*, dit à M. de Vendôme qu'il avertît le Roi que le lendemain il courroit une grande fortune; que s'il en échappoit, il iroit encore jusques à vingt-cinq ans. Cet avis fut donné au Roi par M. de Vendôme ; mais il n'en fit que rire, et pensa qu'il en seroit comme d'une infinité d'autres qu'il avoit reçus sur ce même sujet. Sa réponse fut : « C'est un fou , et vous en êtes un autre. » Le leudemain au matin, soit que le Roi pensât à cet avis, ou autrement, il pria Dieu extraordinairement, et même se fit apporter ses Heures dans le lit; de là il s'en alla aux Tuileries selon sa coutume, et ouït messe aux Feuillants. Après dîner, il fut quelque temps au cabinet de la Reine, où il fit et dit mille bouffonneries avec Mme de Guise et Mme de la Châtre'. Mme de Guise sortit pour s'en aller solliciter un procès, et lui un peu après pour s'en aller à l'Arsenac. Il délibéra longtemps s'il sortiroit , et plusieurs fois dit à la Reine : « Ma mie, irai-je, n'irai-je pas ? » Il sortit même deux ou trois fois, et puis tout d'un coup retourna, et disoit à la Reine : « Ma mie, irai-je encore ? » et faisoit de nouvelles doutes d'aller ou de de-
Lettrk 71. — I. Cette pièce n'est point autographe. C'est probablement le mémoire que Malherbe a envoyé à son fils Marc- Antoine et dont il parle dans la lettre précédente.