Juin
Monsieur, il ne s'en est rien fallu que vous n'ayez rien eu de moi par ce porteur; ma vengeance ne sei'a que demie, je vous écrirai, mais ce sera peu : aussi bien je m'assure que nous n'avons pas la moitié des nouvelles que l'on vous conte par delà. Les portes furent fermées, il y a trois ou quatre jours, pour chercher un qui avoit dit que les choses iroient mieux qu'elles n'avoient fait durant la vie du feu Roi. Je m'assure que l'on vous aura dit ce qui fut dit ici, que c'étoit un qui avoit dit que le fils ne vivroit pas longtemps après le père, et que plutôt il le tueroit lui-même : quoique c'en soit, il ne fut point pris. L'on avoit cherché aussi le jour précédent le prévôt de Pluviers' (c'est une petite villette de la Beauce), pource que le jour que le Roi fut tué, et à l'heure même, étant à jouer aux quilles en un jardin, il dit tout haut à la compagnie : « Messieurs, à cette heure même le Roi vient d'être tué ou fort blessé. » Il en fut informé ', et les informations apportées par deçà. J'ai parlé à l'honmie qui les a vues : il* ne fut non plus pris que l'autre. Pour moi, je le crois innocent, pource que le meurtrier même ne savoit pas à quelle heure il auroit moyen de faire son coup. L'on nous a conté ici le même d'une religieuse de Picardie, sœur de Villars-Houdan*, qui s'écria, à ce qu'ils disent, que
Lettre 7a. — i. Malherbe n'a pas daté cette lettre; Peiresc a écnt au dos : c juiii 1610. »
a. Pluviers, aujourd'hui Pithiviers.