Il y a étoit, au singulier, dans l'autographe
11. Ce mot est très-mal écrit et difficile à lire. La copie Fortia porte creust, que M. Bazin a corrigé en vit; mais c'est criât qu'il faut lire. On en trouve l'explication dans le passage suivant de YÉtat de la France (1749, tome I, p. i3o) : 0 Le grand pannetier ne sert ordinairement que dans les grandes cérémonies, suivant l'ancien usage.... Lorsque Sa Majesté est sortie de sa chambre pour aller à la messe, le Sert d'eau crie par trois fois du haut d'un balcon ou du haut de l'escalier : Messire N..., grand pannetier de France au couvert pour le Roi. d — Il en était de même pour le grand sommelier.
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salin blanc au milieu, avec deux autels des deux côtés, et deux bancs aux pieds du lit, pour ceux qui étoient de garde et pour les religieux qui y chantoient continuellement. Chaque grand de la cour, prince, maréchal, ou officier, avoit deux heures de service à l'effigie, avec dix ou douze gentilshommes à la fois. Le corps est à cette heure sur des tréteaux, dans un coffre, couvert d'un drap d'or et une grande croix de satin blanc; sur le coffre, à l'endroit de la tête, sont deux carreaux de drap d'or l'un sur l'autre, et dessus une couronne d'or. Je ne sais si j'oublie quelque chose ; si je le fais, excusez ma mémoire, qui ne vaut rien. Pour la cérémonie du couronnement, le récit en est hors de saison, comme est celui de l'exécution du coquin*^. Je vous avois mandé*' que la Brosse avoit fait avertir le Roi que lendemain il seroit tué, ou courroit la plus gi'ande fortune qui se peut courir sans mourir; mais il n'en est rien. Celui qui l'avoit dit tout haut dans la chambre de la Reine, et qui se vantoit que la Brosse s'étoit adressé à lui, se donnoit cette vanité, comme depuis il s'est vérifié : l'on dit qu'il est assez coutumier de faire de semblables traits. Je vous avois écrit du prévôt de Pluviers** : depuis il a été pris; et craignant que ses afifaires n'allassent pas bien, non pour aucun dessein contre le Roi, mais pour magie et fausse monnoie dont il éloit accusé, il s'est étranglé dans la prison, et fut brûlé publiquement il y a aujourd'hui huit jours". Le livre de Mariana** a aussi été brûlé publique-
la. De Ravaillac. — i3. Voyez lettre 71, p. 167.
14. Voyez la lettre précédente, p. lyS, et le Mercure frcmçois, année 1610, p. 493 "v".
i5. Malherbe avait mis d'abord : « il y aura demain htiit jours. »
16. De rege et régis institutione, Tolède, iSgS; Mayence, i6o5. Ce livre dont l'auteur, Jean Mariana, jésuite espagnol, mourut en 1624, avait en partie pour but de justifier l'assassinat de Henri III.
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ment, et semble que les jésuites sont beaucoup déchus de leur crédit, pource qu'on leur impute cette doctrine de tuer les tyrans. Je ne sais ce qui en est, mais les curés déclament fort haut contre eux ; et s'ils ont fait ce qu'on dit, d'avoir voulu divertir M. le maréchal de la Châtre*' d'aller en Clèves, ce sera pis que jamais. M. le maréchal les excuse tant qu'il peut, et dit que ce qu'il en avoit dit étoient choses qu'il avoit imaginées ; mais on croit le premier avis. Tant y a qu'il est parti. Son armée est de cinq mille hommes de pied françois, trois mille Suisses et douze cents chevaux ; les douze mille hommes de pied et quinze cents chevaux de Hollande le viennent joindre vers Trêves, et de là ils s'en vont joindre nos alliés. Il demanda une faveur à la Reine, comme ayant l'honneur d'être son premier capitaine; elle lui donna une chaîne de diamants de cinq ou six cents écus. Le roi Henri IH^ fut enterré mardi au soir à Saint-Denis, dans le caveau de cette chapelle que la Reine sa mère avoit fait faire. Le mécredi, le service fut fait par M. le cardinal de Joyeuse, qui y alla le mardi au soir pour cet effet. Monsieur le Grand et M. d'Espernon allèrent, il y a aujourd'hui huit jours, à Compiêgne, quérir le corps avec quatre-vingts ou cent chevaux. L'on pensoit mettre la feue Reine mère au même caveau, mais il y eut de la peine à y mettre le Roi son fils : il faudra du temps pour ranger les coffres qui y sont, et lui faire place ; elle est cependant dans un coffre de plomb, recouvert d'un autre de bois, sans drap, sans cierge, et sans autre chose que ce qu'auroit une bien chétive damoiselle. La fortune se joue des rois en leur vie et en leur mort, afin qu'ils se souviennent qu'ils sont du
17. Claude de la Châtre, baron de la Maisonfort, maréchal de France, gouverneur du Berry, mort le 18 décembre i6i4,à soixante dix-huit ans.
nombre des hommes**. Mardi dernier, le père portugais*', ayant convié ses amis des grands de la cour pour venir ouïr l'oraison funèbre du feu Roi, à Saint-Jacques de la Boucherie, fit perdre la bonne opinion que jusque-là ou avoit eue de lui. Il ne fut, au jugement de tout le monde, jamais si mal fait; j'y étois, et de bon cœur me range à la voix du peuple, pource que c'est celle de Dieu. Monsieur d'Angers^" fera celle de Saint- Denis, que l'on estime qui sera belle et digne de son éloquence accoutumée. Le Roi sera porté lundi à Notre- Dame, mardi à Saint-Denis, et enterré ; puis le mécredi, le service et les cérémonies faites, l'on s'en reviendra pour penser au sacre du nouveau roi.
Monsieur le Prince est à Bruxelles depuis quelques jours; on l'attend ici la semaine qui vient : il a été à Mariemont'* voir les Archiducs, et y fut deux heures seulement. Ce n'est qu'à cinq lieues de Bruxelles. L'Infante lui dit qu'elle avoit une requête à lui faire : lui qui se douta que c'étoit de vouloir voir Madame sa femme, comme c'étoit cela à la vérité, lui répondit qu'il la supplioit trèshumblement de ne lui rien commander où il fût réduit en cette extrémité de lui désobéir, pource que il aimeroit mieux mourir ; ainsi les choses en demeurèrent là : si tient-on qu'il la reprendra, mais qu'il veut en être prié par Monsieur le connétable et Messieurs ses parents. Toutes les lettres que le feu Roi avoit montrées, où il étoit appelé mon tout et mon cher chevalier^ sont désavouées ; et pour la requête présentée à Bruxelles contre Monsieur
i8. Malherbe avait d'abord terminé la phrase ainsi : « qu'ils sont compris au nombre des hommes. » Quatre lignes plus bas, il avait rois à t opinion, qu'il a corrigé en au jugement.