‹ Œuvres complètes;Chapitre 139 sur 436 · Voyez plus haut, lettre y3, p, i · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, lettre y3, p, i

la. Gouverneur de Milan, mort le aa juillet 1610, à quatrr vingt-cinq ans , suivant l'Estoile.

Malherbe, ni x3

reprendre ; tellement que lui, qui ne leur voulut pas céder de générosité, ne pouvant faire autrement, donna tout cet argent à leurs officiers*, il donna à la gouvernante de rinfante un diamant de quinze cents écus. Voilà tout ce que je vous saurois dire pour cette heure de Monsieur le Prince.

D'autres nouvelles, M. du Bouillon doit demain donner le nom à un fils de M. de Sully *' : ils avoient été brouillés, mais les ministres, pour l'intérêt de leurs églises, les ont si bien réconciliés qu'ils ne furent jamais si bien. Pour confirmer cette amitié", ils se vont allier par le moyen du mariage de M. de Canaples" avec Mlle du Bouillon.

Vous avez su comme Mme la comtesse d'Auvergne étoit allée quérir Madame la Princesse. L'on tient qu'elles partirent hier de Bruxelles; elles s'en doivent venir à Chantilly. Madame la Princesse douairière arriva en cette ville hier au matin. On a ôté au Roi tout ce petit peuple qu'il avoit auprès de lui, et les a-t-on réduits à servir par quartier, six à la fois, pource que l'on a jugé que cette compagnie l'entretenoit en enfance. Ce prince, sans cajolerie, promet merveilles; il a toute son inclination à la guerre**, ne prenant plaisir qu'aux armes et aux chevaux, et est d'un naturel du tout porté au bien, mais jaloux extrêmement de sa grandeur. Je vous en

i3. Sully eut plusieurs fils qui moururent jeunes.

14. Dans l'autographe il y a ici cest amitié ^ et six lignes plus haut, cesthcuie, en un seul mot.

i5. Charles de Créquy, sire de Canaples, mort en i63o. Ce mariage ne se fit pas. — Sa sœur avait épousé le marquis de Rosny. Voyez plus haut, lettre 3, p. 4» uoie 7. — Mlle du Bouillon dont il est question est probablement l'aînée des filles de Henri de la Tour, duc de Bouillon, Marie, qui épousa en 1G19 Henri de la Tremoille, duc de Thouars.

16. Malherbe avait d'abord écrit : a II a le naturel du tout porté à la guerre. »

LETTRES A PEIRESC. jq5

dirai deux exemples : l'un est que voyant le même car- ■ dinal dont j'ai parlé ci-devant parler à la Reine la tête couverte, et s'étant couvert sans permission, il commanda à M. de Saint-Géran de lui aller dire qu'il se découvrît, ce qu'il alloit faire si, par changement d'avis, le Roi ne l'eût rappelé; l'autre est que quelqu'un lui étant venu demander congé d'aller au-devant de Monsieur le Prince, il lui permit, et à l'heure même demanda au chevalier de Vendôme : « Et vous, irez-vous au-devant lui? » A quoi lui ayant répondu que non, et qu'il n'en avoit que faire, il lui dit : « Vous me faites plaisir de parler comme cela. » ^

Pour reste de nos nouvelles, je vous dirai que mécredi la Reine fut à Vincennes et y mena M. de Sully. L'on y fit marché de plusieurs beaux bâtiments auxquels l'on va travailler ; elle fait compte d'y mettre Messieurs les enfants, et d'acheter Saint-Maur pour elle. Jeudi il vint un gueux au Louvre, qui ayant été interrogé ce qu'il cherchoit, répondit qu'il vouloit parler à quelqu'un des gardes. On lui fit venir un de ceux de la Reine, auquel il bailla un billet contenant avis à la Reine de se garder soigneusement et ne se mettre plus de coton" aux oreilles. 11 fut fort menacé pour savoir qui lui avoit baillé ce billet ; mais on n'en sut tirer autre chose, sinon qu'un homme qu'il avoit trouvé emmi la rue le lui avoit baillé , et lui avoit donné un quart d'écu pour le porter.

Je pensois finir cette lettre, mais il me vient de souvenir d'une chose qui est digne d'être sue : c'est qu'un nommé Razilly, gentilhomme de Poitou, a trouvé une invention de faire qu'un vaisseau percé à jour de coups

17. Allusion au P. Coton, confesseur de Henri IV, puis de Louis XIII.

de canon n'ira point à fond. La Reine voulut que l'épreuve

*^^° s'en fît aux Tuileries, à porte close, en présence de M. de la Chàteigneraye , capitaine de ses gardes, en une petite nacelle qui est sur l'étang, laquelle on renversa la quille en haut et y fit-on tirer quatre coups de mousquet, et de plus M. de la Chàteigneraye, pour plus d'assurance, fit, avec une cognée, mettre ces quatre trous ensemble, de sorte qu'il y avoit de l'ouverture pour passer la tête, sans que pour tout cela il y entrât une seule goutte d'eau , et n'y avoit autre chose que je ne sais quoi qu'il fit mettre en l'un des bouts du vaisseau. Comme ils en furent sortis, il fit prendre par son homme ce qu'il y avoit mis, et tout aussitôt il alla au fond , où il est encore. L'on ne sait que s'imaginer; la commune opinion est que cela se fait par magie; pour moi, je n'en sais que dire; peut-être le saura-t-on quand le segret aura été payé.

J'ai vu après dîner M. Beys, qui, m'ayant ouï parler que je vous écrivois, m'a baillé une feuille des Opuscules de Scaliger, qui n'est point en la copie*' qu'il vous a envoyée. Adieu , Monsieur : c'est trop prêché pour un mauvais orateur. Je vous envoyé la lettre de M. le président de la Ceppède ouverte*', afin que vous y voyiez, si bon vous semble, ce que je lui écris de l'ordre du convoi, et en preniez la copie si vous croyez que ce soit chose qui le mérite. Adieu, Monsieur : je vous prie et reprie de tout mon cœur que je sois assuré en vos bonnes , grâces comme votre très-humble et très-affectionné serviteur.

Vous me ferez cet honneur, s'il vous plaît, de baiser bien humblement les mains à Monsieur le premier

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