A Fontainebleau, ce mardi lo* d'octobre
Monsieur, je veux que vous voyiez le désir que j'ai de me conserver en votre souvenance et par conséquent en votre bonne grâce, et puisque je ne le puis faire autrement, pour le moins veux-je que le papier me fasse ce bon office. Je vous écrivis, il y a quelques jours, par un messager de Toulon, nommé Michel Lyotaud; le paquet s'adressoit à vous : je vous prie me mander si vous l'avez reçu. M. de Bagarris * est ici depuis trois ou quatre jours, s'il ne s'en est retourné à Paris; mais je ne l'ai vu qu'une seule fois, à la chapelle basse où nous oyions messe ; la compagnie où j'étois me le fit perdre. Je n'écrirai point à M. du Périer jusques àce que j'aye parlé à lui, ou que les Muses ralliées soient imprimées *. Il verra ici que je suis son serviteur de cœur et d'âme. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de ce que je vous écrivis par mon autre lettre, et adressez vos réponses à M. Ycart ; car cette voie est la plus assurée, parce que nous sommes planètes et il est étoile fixe. Mais, pour l'honneur de Dieu, Monsieur, excusez l'importunité, sinon pour l'amour de l'importunant, au moins pour le sujet pour lequel vous êtes importuné.
Nous n'avons ici rien de nouveau que Rhinbergue prise avec une composition fort avantageuse, jusques à
Lbttrk 5. — I. Pierre- Antoine Rascas, sieur de Bagarris, gentilhomme provençal et antiquaire. H avait rassemblé une riche collection de pierres gravées, que son fils céda à Louis XIII , et qui sont actuellement à la Bibliothèque impériale. Il y a de lui des lettres autographes à Peiresc, dans le recueil où sont conservées les présente» lettres de Malherbe.
a. Les célèbres stances à M. du Périer, sur la mort de sa fille, fuient insérées en 1607 dans le tome II du Parnasse des plus excellents poètes de ce temps (ou Muses françaises ralliées). Voyez notre tome I, pièce XI.
avoir amené quatre pièces de canon. Il est vrai que les cavaliers tiennent ici que les plus honorables sont celles où l'on sort avec la baguette en la main, pource que c'est signe que les assiégés' ont tenu jusques à l'extrémité. Les sortants ont été conduits à Meurs*, où aussitôt Spinola les a assiégés. Pour des nouvelles de cour et de Paris, le Roi se porte très-bien, Dieu merci; Monseigneur le Dauphin excellemment; la Reiue est grosse. Tout ne sauroit aller mieux. On tient que le Roi s'en va demain faire la chasse à Montargis, et de là à Halliers, qui est à M. de \itry*, vers Orléans. Mais la Reine ne bouge d'ici, ni beaucoup d'autres, desquels je serai l'un. L'évêque de Rieux* est à Paris, avec la peste à la gorge. M. de Tyron n'est pas mort', mais il n'est guère mieux ; ses abbayes sont données à M. de Verneuil', sinon Josaphat', qu'a eu M. de Loménie*". Le reste est comme vous l'avez laissé, sinon que nous avons nos coudées plus franches. Je suis
3. L'autographe porte assiégeants ; mais c'est évidemment assiégés que Malherbe a voulu écrire. — Trois lignes plus loin il y a un trou à la place de très.