‹ Œuvres complètes;Chapitre 187 sur 436 · De Paris, ce i" d'août · texte numérisé non relu

De Paris, ce i" d'août

Monsieur , si vous m'avez oublié , je n'en ferai pas pourtant de même. M. le commandeur de la Mole, qui partit il y a dix ou douze jours, et votre Etienne, qui est parti depuis deux ou trois, vous ont porté de mes lettres ; mais je ne laisserai pas d'eu bailler encore à ce messager. Nous n'avons plus rien de nouveau en cette cour, que la venue de M. le comte de Saint-Pol *, depuis cinq ou six jours. M. le marquis d'Ancre avec ses amis alla au-devant de lui, tellement que l'affaire d'Amiens * est du tout accommodée au contentement de la Reine. Il ne nous reste plus qu'une brouillerie d'entre le marquis de Nesle ^ et le comte de Bresne * . Le conte dit qu'il y a cinq ou six jours que le comte de Bresne , sur les onze ou douze heures du soir, étant allé à l'hôtel de Nemours, où Mme d'Aumale' est logée, il monta à la chambre de Mlle de Senetaire * , qui y loge aussi, et ayant frappé à sa porte, comme

Lettre 97. — i. François de Longueville, comte de Saint-Paul, était oncle du duc de Longueville, gouverneur de Picardie, qui avait eu de grands démêlés avec le marquis d'Ancre, gouverneur d'Amiens.

2. Malherbe a substitué cC Amiens à de Picardie , qu'il avait écrit d'abord.

3. René aux Épaules, marquis de Nesle, gouverneur de la Fère, mort en i65o, à soixante-quinze ans.

4. Henri-Robert de la Marck, comte de Braisne, mort en i652, à. soixante-dix-sept ans.

5. Marie de Lorraine, femme de Charles de Lorraine, duc d'Aumale.

6. Madeleine de Saint-Nectaire, morte en 1646. Voyez son His-

on lui eut dit qu'elle étoit couchée et qu'il se retirât, il appela une damoiselle nommée Chambonnez , qui est à Mlle de Senetaire , laquelle aussitôt lui ouvi-it la porte', comme pour parler seulement à lui , pource qu'ayant autrefois servi Mme du Bouillon, mère du comte de Bresne, elle se croyoit obligée à ce respect envers lui. L'on dit que comme il fut dedans, il se' voulut jouer un peu insolemment avec Mlle de Senetaire , qui étoit au lit ; elle se jeta à la ruelle, et se coucha contre terre. Toutefois, si le conte dit vrai, elle ne put si bien faire qu'il ne lui déchirât sa chemise depuis le haut jusques au bas , et ne prît tout plein d'avantages sur elle. Ce conte ayant été fait à la Reine , même en présence du marquis de Nesle, cousin germain de Mlle de Senetaire , ce que ceux qui faisoient le conte ne savoient pas , il se crut obUgé à en tirer raison ; et s'étant tous deux rencontrés à l'hôtel de Guise, comme le comte de Bresne en fut sorti à pied, le marquis de Nesle le suivit de même; et de quinze ou vingt pas ayant crié au comte qu'il tournât et mît la main à l'épée, il fit bien l'un, mais non pas l'autre , s'amusant à des satisfactions qui ne contentoient pas le marquis de Nesle. 11 en voulut lui-même prendre une autre, et lui donna deux coups d'épée sur les oreilles : le cordon de son chapeau et son rabat en sont coupés. Les amis du comte de Bresne lui ayant fait sentir cette lâcheté, et particulièrement M. le marquis de Mauny', qui est brave"

toriette dans Tallemant des Réaux , qui a aussi , mais en termes vagues, parlé de l'anecdote que Malherbe raconte ici en détail.

7. Malherbe avait d'abord écrit : a lui ouvrit la porte à demi; > puis il a effacé à demi.

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