‹ Œuvres complètes;Chapitre 215 sur 436 · DISCOURS DE LA MORT DU BARON DE LUS · texte numérisé non relu

DISCOURS DE LA MORT DU BARON DE LUS

M. le chevalier de Guise, samedi veille des Rois, à trois heures après midi, dînant à la grand écurie'*, deux heures après qu'il eut tué le baron de Lus, récita le fait de cette façon :

« M'étant trouvé auprès de M. de Guise, mon frère, il n'y a que deux jours, un gentilhomme lui vint donner avis que M. de Lus, entretenant M. du Maine, l'avoit assuré qu'il s'étoit treuvé au conseil secret de Blois, où la mort de feu Monsieur mon père avoit été résolue, et qu'il avoit empêché M. le maréchal de Brissac de l'en avertir : ce qui fut cause que dès l'heure je fis dessein de lui faire mettre l'épée à la main. Pour à cpioi parvenir, ce matin j'ai fait prendre garde quand il sortiroit de son logis. On m'est venu rapporter qu'il en étoit parti, et qu'il avoit pris le chemin de la rue Saint- Antoine; je m'en suis donc allé'* de ce côté-là, accompagné du chevalier de Grignan , de mon écuyer, et de deux laquais. J'ai défendu aux deux gentilshommes de mettre la main à l'épée, si l'on ne vouloit entreprendre sur moi, et à mes deux laquais, qui n'avoient que chacun un bâton en la main,

20, Le cliCTalier de Guise. — ai. En est en interligne.

2a. Legrand et Faideau (ou Feydeau), conseillers au parlement de Paris.

a3. Ce récit, écrit tout entier de la main de Malherbe, remplit trois pages ; au verso de la troisième, qui est resté blanc, Malherbe a mis le titre que nous donnons.

a4. Malherbe a écrit ici grand écurie; plus loin par deux fois (voyez p. 378) : grande écurie.

a5. Malherbe avait mis d'abord : 0 je m'en allai donc. »

■ de " se mêler d'autre chose que d'arrêter les chevaux du carrosse, si d'aventure le baron de Lus, après que je l'aurois convié de mettre pied à terre, refusoit de le faire et commandoit à son carrossier de s'avancer. Ne l'ayant point trouvé au quartier de Saint- Antoine, je m'en suis venu au Louvre, où j'ai trouvé son carrosse à la porte; j'y ai fait prendre garde, et suis allé donner le bonjour à Mme la princesse de Gonty, de laquelle j'ai ouï la messe. Cela fait, je suis sorti du Louvre, et y ayant encore vu le carrosse du baron de Lus, je m'en suis venu vers son logis, estimant bien qu'il ne faudroit pas de s'y en revenir. Gomme j'ai eu fait quelque chemin dans la rue de Saint- Honoré, je suis retourné sur mes pas. Comme j'ai été revenu*' à l'entrée de la rue du Louvre, j'ai vu venir son carrosse; ce qui m'a fait tourner tout aussitôt comme pour aller vers la porte de Saint-Honoré. Comme j'ai été à la barrière des Sergents, je me suis tourné et l'ai vu à trente pas de moi. Je suis allé droit à lui, et lui ai dit tout haut : « Monsieur, Monsieur le ba- « ron, je vous supplie que je vous die quatre paroles. » 11 a répondu : « Oui, tant qu'il vous plaira. » Il étoit au derrière de son carrosse, et avoit deux gentilshommes à chacune des portières, qui tous ont mis pied à terre ; moi et les miens en avons fait de même en même temps. Gela fait, je l'ai pris par la main, et l'ai tiré à part à dix pas de nos gens, et lui ai dit : « Monsieur, j'ai su que vous « avez dit à M. du Maine, en la présence de plusieurs « gentilshommes d'honneur, que vous fûtes du conseil de « Blois, où il fut résolu de tuer Monsieur mon père, et « qu'hier même vous le dîtes à la reine Marguerite. Je ne « veux point là-dessus de réponse de vous que l'épée à la

a6. Après de^ Malherbe a effacé ne.

3^. Revenu a été ajouté après coup, en interligne.

«I main, si vous en avez le courage" : çà, Tépée à la « main ; il faut mourir. » Sur cela il s'est voulu jeter sur moi; je l'ai repoussé d'un coup de poing que je lui ai donné en l'estomac, et me retirant deux pas en arrière, ai mis l'épée à la main. Il en a fait de même; et tirant l'un contre l'autre en même temps, j'ai paré son coup avec le bras que j 'a vois enveloppé de mon manteau; le mien lui a porté dans le côté gauche assez avant, et tout aussitôt il s'est retiré dans une maison prochaine ", et je m'en suis venu vers deçà. »

Voilà le récit qu'en fit, selon la vérité. Monsieur le chevalier : ce qui est attesté de tous ceux qui l'ont vu. Un gentilhomme normand nommé Bellefontaine, l'un de ceux qui étoient dans le carrosse du baron de Lus, saisit par derrière Monsieur le chevalier au collet; le chevalier de Grignan le colleta, et lui fit lâcher prise. Monsieur le chevalier remonta à cheval, et les siens avec lui, et au petit pas s'en alla au Roule, cinq ou six cents pas hors du faubourg Saint-Honoré. M. de la Boulaye , lieutenant des chevaux légers de M. de Verneuil**, qui survint à ce combat, et en a témoigné la vérité comme elle est ci-dessus récitée, l'accompagna jusqu'à la porte, et ayant demandé à Monsieur le chevalier ce qu'il vouloit qu'il fît, et que son épée et sa vie étoient à son service, il le pria de s'en aller au Louvre, et de témoigner à tout le monde ce qu'il avoit vu : ce qu'il fit. J'avois oublié à dire que Monsieur le chevalier, remontant à cheval, s'adressant au peuple qui

28. Malherbe avait d'abord écrit : « si vous avez le courage de l'y mettre. 9 Dans les deux phrases suivantes, il avait employé pour tous les verbes le passé défini, qu'il a corrigé partout en passé indéfini.

29. Après maison, le manuscrit porte ces mots : de t autre côté, effacés.

30. Lisez Vendôme, comme Malherbe l'a dit dans la lettre précédente,'p. afig.

a?» LETTRES A PEIRESC.

étoit là amassé, leur dit : « Messieurs, vous me serez témoins que personne n'a mis la main à l'épée que moi. » Comme il se fut séparé de M. de la Boulaye, il envoya un laquais'* à la grande écurie voir si M. de Termes y étoit. M. de Termes à l'heure même monta à cheval, avec huit ou dix gentilshommes qui avoient dîné avec lui, et le ratteignit environ les Feuillants. Ayant fait quelque chemin avec lui, il le laissa aller, et s'en vint à l'hôtel de Guise conter l'affaire à M. de Guise, qui fut d'avis qu'il s'en revînt à Paris. M. de Termes s'en retourna donc le trouver, et l'amena dîner à la grande écurie. Toutefois cet avis qu'il s'en revînt à Paris fut changé, et lui fut mandé qu'il ne revînt point qu'on ne le'* mandât. Ainsi, après qu'il eut dîné et changé de bottes, il s'en alla à Saint-Denis, où il a été quelques jours, et depuis à Meudon, attendant que sa paix soit faite avec la Reine.

Je crois que ce sera demain i3® de ce mois que tout s'achèvera. Jeudi, après dîner, Mme la princesse de Gonty et Mme de Guise sa mère retournèrent au cabinet, où elles n'avoient voulu aller jusques alors. La Reine les reçut en riant, avec tout le bon visage qu'elles pouvoient désirer, et rejeta tout ce qui s'étoit dit d'une part et d'autre sur la colère.

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