‹ Œuvres complètes;Chapitre 226 sur 436 · A Paris, cet 11" de février · texte numérisé non relu

A Paris, cet 11" de février

Monsieur, depuis ma dernière, je ne vous puis rien dire, sinon que j'ai reçu la vôtre, et avec elle le livre * que vous avez pris la peine de m'envoyer. Ce n'est pas ce que l'on demandoit, je Tavois déjà; mais l'obligation ne laisse pas d'en être aussi grande, comme si ce l'eût été; je vous en remercie de tout mon cœur, et vous crie merci de mon importunité. Il y a quelques jours que la Reine m'avoit commandé des vers sur l'air d'une chanson italienne ; ce n'a pas été sans peine : tant y a que je les ai achevés à son contentement, et que le Bailly', qui les a chantés devant elle, a dit qu'ils étoient entièrement semblables aux italiens; aussi* la Reine l'avoit envoyé les concerter avec moi. Je les vous eusse envoyés, mais ce sera pour la première fois : pour cette heure , j'obéirai à ma paresse ; de quoi vous ne me blâmerez pas , car je vois que vous vous y laissez couler tout bellement. Vous n'aurez de moi , pour cette heure , que les paroles de l'accord du comte de Bresne et du marquis de Nesle. Nous n'avons nulles nouvelles en cette cour; il ne s'y parle que de comédies et de ballets : toutefois, ni le Roi,

Lettbe 114. — I. Ilya dans l'autographe : « cest xi" de feurier i6i3. »

a. Voyez plus haut, lettre 108, p. 267, note 2.

3. Henri le Bailly, surintendant (i6a5) de la musique du Roi, et qui a composé quelques ballets et quelques divertissements pour la cour.

4. ^ussi a été ajouté au-dessus de la ligne ; deux lignes plus loin, devant ^oKr cette heure, Malherbe a effacé mais; quatre lignes après, f accord a été substitué à la réconciliation.

ni Madame, n'en font point, Dieu merci! et par consé- quent je me repose. C'est donc tout ce que vous aurez de moi , après vous avoir confirmé que je suis , comme de coutume, votre serviteur très-humble et très-affectionné ,

Fr. Malherbe. ]

Je vous ai écrit le bon mot de quoi il étoit question ' ; il n'est pas si bon comme vous l'avez imaginé, mais il n'est pas aussi très-mauvais. Je vous renvoyé votre livre ; car de le retenir, puisque ce n'est pas celui dont il est question , et qu'il s'en trouve à Paris à revendre, il y auroit de l'indiscrétion à le retenir. L'homme de vos amis qui le desiroit voir étoit M. Florence, précepteur du Roi; il est en lieu où il peut servir ses amis. Je ne doute point que si vous l'eussiez pu faire , vous ne l'eussiez fort volontiers obligé; mais ad impossihile nemo tenetur^ .

Accord du comte de Bresne et du marquis de Nesle '.

Le marquis de Nesle dit : « Monsieur, j'avoue que je vous ai pris à mon avantage, et que, vous ayant surpris et porté l'épée à la gorge, je vous ai ôté le moyen de vous servir de la vôtre; dont je voiis demande pardon, et me mets entre vos mains pour faire de moi ce qu'il vous plaira. »

Le comte de Bresne répondit : « Monsieur, puisque vous confessez la vérité, je vous le pai donne et me contente. Mes sieurs les princes et maréchaux de France me l'ayant commandé. »

Page 1