Du 1 5* avril
Aujourd'hui le sieur de Razilly', qui depuis quelques jours est de retour de l'île de Marag^an ', a fait voir à la Reine six Toupinamboux qu'il a amenés de ce pays-là. En passant par Rouen, il les fit habiller à la françoise; car, selon la coutume du pays, ils vont tout nus, hormis quelque haillon noir qu'ils mettent devant leurs parties honteuses : les femmes ne portent du tout rien. Ils ont dansé une espèce de branle sans se tenir par les mains et sans bouger d'une place : leurs violons étoient une courge comme celles dont les pèlerins se servent pour boire, et dedans il y avoit quelque chose comme des clous ou des épingles. L'un d'eux en avoit un, et leur truche-
Lkttbe 117. — I. Cette pièce n'est probablement qu'un fragment d'une lettre adressée par Malherbe à son fils, ou à un de ses amis de Provence.
2. Ce Razilly, qui est sans doute le même que le commandeur de Razilly, chef d'escadre en i63i, a édité et dédié à Louis XIII une Relation du P. Yves d'Evreux, intitulée : Suite de F histoire des choses plus mémorables advenues en Maragnan es années i6i3 et i6i4, Paris, 161 5, in-8°. Cet ouvrage était une continuation de l'^i-rfoire de la navigation et de f arrivée des capucins avec plusieurs personnes de distinction du royaume de France^ dans File de Maranga^ et lieux adjacents, par le P. Claude d'Abbeville, capucin, Paris, i6i4, in-12.
3. Maranhau ou Maragnon , île qui fait partie de la province du même nom, au Brésil. Il existe à la Bibliothèque impériale, dans les portefeuilles de l'histoire de France, plusieurs estampes représentant les Topinamboux. Voyez le Mercure, tome III, p. 3 et suivantes, 164 et suivantes.
ment, qui est un Normand de Dieppe, en avoit un autre. Je crois que ce butin ne fera pas grande envie à ceux qui n'y ont point été d'y aller. Leur langue doit être assez aisée ; car M. de Razilly, qui n'y a été que six mois, se fait aucunement entendre à eux, et un des capucins* qui y étoit allé avec le sieur de Razilly et est revenu avec lui, la® semble encore mieux parler que lui. Ils disent que, comme nos gens furent arrivés en cette île, on leur présenta, et même à ces bons pères capucins, force filles pour se réjouir, s'ils l'eussent voulu faire; mais ils rejetèrent ces caresses fort loin.
Ce soir il est venu nouvelles d'un duel fait en Poitou ; je ne l'ai ouï conter que par-dessous, pource que l'on fait ce que l'on peut pour le supprimer. Il y a environ trois semaines que le marquis de Beuvron' étoit allé en Poitou rechercher la veuve de feu M. de la Ghàteigneraye , et étoient déjà les affaires si avancées devant qu'il partît, que je crois qu'à cette heure la chose est faite. Le sieur de la Ghàteigneraye', héritier de son frère, a été en cette recherche pour Beuvron , et l'a reçu pour cet effet en sa maison, d'où la veuve n'est point encore partie. Il est arrivé qu'un nommé des Francs*, qui avoit prétendu à ce mariage, s'en est offensé, et a fait appeler M. de la
4. Ils étoient partis au nombre de quatre. Nous en avons mentionné deux plus haut.