‹ Œuvres complètes;Chapitre 238 sur 436 · De Paris, ce 4* de juin · texte numérisé non relu

De Paris, ce 4* de juin

Monsieur, vous n'aurez que ce malheureux petit mot, pour vous faire tenir une certaine pièce de monnoie qu'a nouvellement fait battre M. du Bouillon. Votre curiosité vous fait faire cas de toutes choses. Voilà pourquoi je crois que vous m'excuserez de vous faire voir celle-ci, quelque grimeline* qu'elle soit. La cour revient samedi de Fontainebleau ; nous serons alors dans les nouvelles pour avoir de quoi vous écrire. A cette heure, ce qui est sur le tapis, c'est la guerre de Mantoue, ou autrement la chaleur de foie de M. de Savoie. M, de Longueville s'y en va ; vous ne le verrez pas pourtant en Provence , car il prend le chemin de Suisse. Il a eu, comme vous avez su, quelques brouilleries avec M. le comte de Saint- Pol , qui tiroit un peu en longueur sa démission du gouvernement de Picardie^; mais elle fut aussitôt éteinte qu'allumée; il a prêté le serment entre les mains du Roi. C'est tout ce que je sais; car du supplice deMagnac*, cela vous est vieil. Vous savez aussi la prise d'un fils du lieutenant criminel de Tulle en Limozin, qui, au nom de M. de Chambretz *, s'est fait payer un acquit patent de

Lettbk 121. — I. Grimel'm, dit le Dictionnaire de Trévoux, e&X. une « petite monnoie d'argent, d'un titre assez bas, qui se fabrique et qui a cours à Tripoli de Barbarie. » — Grimeliner signifiait jouer petit jeu et d'une manière mesquine.

a. < Le comte de Saint-Pol, dit Pontchartrain dans ses Mémoires (année i6i3), chagrin de ce qu'il avoit été obligé de remettre le gouvernement de Picardie à M. de Longueville, son neveu, et de ce qu'on ne l'en dédommageoit pas, comme on le lui avoit promis, partit de Fontainebleau vers le 6 juin. »

3. Magnac, que Bassompierre appelle Maignat, Dauphinois, espion de la cour de Savoie, fut roué vif à Paris au mois de mai i6i3.

4. Probablement Louis de Pierre-Buffîère , seigneur de Chambret, gentilhomme protestant, de la maison de Pierre-Buffière en Limousin.

huit cents écus par le commis du receveur général de Tours; ainsi ne sais-je plus que vous dire. Le temps nous taillera de la matière, Dieu veuille qu'elle soit bonne. Pour moi, je ne change point mon opinion de la durée de cette guerre; je crois qu'un peu de poudre jetée sur ces mouches les fera retirer en leurs ruches. Avec ces bonnes paroles je finis ma lettre, et vous baise, Monsieur, bien humblement les mains. Votre serviteur plus humble et plus affectionné.

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