Je ne veux pas a été substitué à je n'ose
vienne, elle est fort bonne, grâces à Dieu. Je le vis hier au soir deux heures au cabinet, courant et jouant en la meilleure humeur que Ton pouvoit désirer*. La reine Marguerite viut sur les sept heures de soir dire adieu à la Reine, qui l'étoit allée voir le jour de devant. Monsieur courut quand et quand vers elle; elle lui prit la main et la lui baisa. La Reine lui dit qu'il ne baillât pas sa main, et qu'il l'embrassât et la baisât; ce qu'il fit. Elle fut une heure au cabinet en particulier avec la Reine, et sur les neuf heures se retira; la Reine l'accompagna hors du cabinet jusques à la porte du cabinet du conseil, et là la baisa, et toutes deux se saluèrent avec beaucoup d'affection, comme certainement la Reine l'aime et l'estime fort, comme fort disposée à tout ce qui est du bien de l'Etat. Madame Chrétienne fut saignée vendredi, et hier au soir étoit en tel état, que la fièvre ne se reconnoissoit presque point. Mme la comtesse de Soissons est malade à Dreux, comme je crois vous avoir écrit : on en avoit avant-hier apporté de bonnes nouvelles â la Reine ; toutefois hier au soir, je vis un gentilhomme qui en venoit, qui dit qu'elle ne fut jamais plus mal ; les médecins en ont mauvaise opinion, non tant pour la qualité de la maladie, que pource qu'elle dit qu'elle mourra plutôt que de prendre des clystères : ils croyent bien qu'à la fin le mal l'y fera résoudre, mais ils ont peur que ce ne soit trop tard. L'on impute la cause de son mal à la colère qu'elle prit de ce que le maréchal de Fervaques, pour la tenue des états à Rouen, fit ouvrir avec violence l'abbaye de Saint-Ouen, où étoient encore les meubles de feu M. le comte de Soissons, du temps qu'il étoit gouverneur. On dit qu'il y ajouta encore quelques pa-
5. Malherbe avait d'abord écrit : « que l'on pouvoit le désirer; » puis il a effacé le.
rôles avantageuses : je ne sais ce qui en est, mais c'est là qu'on cherche la source de la maladie de Madame la Ck)mtesse. Monsieur le Comte en fut en une colère extrême, et supplia sa mère de lui permettre d'aller à Rouen brûler le maréchal de Fervaques dans sa maison, ce qui ne lui fnt pas accordé, comme vous pouvez penser. Enfin le vicomte de Charmoy*, parla faveur de M. le marquis d'Ancre, est premier maître d'hôtel de la Reine, en baillant six mille écus à la veuve d'Elbène', pour le remboursement de ce qu'il en avoit baillé. Camille, écuyer de la Reine, mourut hier, et sa charge aussitôt fut' donnée à un nommé la Motte, gentilhomme servant de la Reine, à la charge de payer quatre mille livres à l'acquit des dettes de feu Camille. Le sieur de Presles, fils du président Nicolaï ', fut hier reçu enseigne des gardes de la Reine, en la place d'un nommé Aigremont, qui mourut il y a quelques jours. La Reine s'en est ce matin retournée à Fontainebleau pour donner loisir de bâtir au Louvre. Vous avez vu où logeoit Mme la princesse de Conty, lorsque vous et moi la fûmes voir; on prend cela, et le lieu où se tenoit le conseil, et le logement des filles, pour y faire l'appartement où la Reine*" logera quand la petite reine sera venue. M. de Fourcy*'
6. Peut-être le fils de Bragelongne, seigneur de Charmoy, conseiller au parlement de Paris.