Voyez plus haut, lettre 144, p. 368, et la note
5. Au lieu des mots : « la recommandation qu'elle en a faite, » il y avait d'abord simplement : « sa recommandation. »
6. Anne de Lévis, duc de Ventadour, chevalier des ordres du Roi, gouverneiur et sénéchal du haut et bas Limousin , lieutenant général en Languedoc, mort en 162a. Voyez diverses lettres de lui, au sujet de sa mission, dans le manuscrit 91 de la collection Dupuy.
7. Charlotte BaUlet, femme de Louis Potier, seigneur de Gesvres, secrétaire d'État, mort le a 5 mars i63o.
Maijikiibe. ni 25
■ vers la Reine un gentilhomme pour recevoir ses commandements.
Elle dit aussi que Monsieur le Prince étoit à Muret, qui est une maison qu'il a à sept ou huit lieues de Soissons, et la même maison d'où il partit quand il alla en Flandres, du temps du feu Roi.
Il y eut mardi huit jours que M. le comte de Saint-Pol arriva; je n'étois pas au cabinet quand il arriva, mais j'y arrivai tout incontinent après, où je sus que la Reine lui avoit fait fort bon visage. Bien vis-je que la Reine, sortant du petit cabinet, et entrant dans le gi-and, appela M. de Guise, le tira à part, et parla à lui assez longtemps. M. de Guise, l'ayant quittée, demanda tout haut : « Où est M. le comte de Saint-Pol? » Je le lui montrai, et tout aussitôt il l'alla saluer et lui fit un grand compliment, le convia de descendre à la comédie, ce qu'il fit, où ils furent assis l'un auprès de l'autre, et M. de Guise eut soin de lui faire apporter un siège.
Vendredi 7® de ce mois , M. de Longueville revint de sa maison de Trie, où il avoit été dix ou douze jours ; j'étois au cabinet quand il salua la Reine, qui lui fit fort bonne chère.
Ce même jour, les trois Toupinamboux, qui sont sur leur partement, vinrent prendre congé du Roi; leur harangue fut : « Adieu, Sire; je suis votre très-humble serviteur. » Il y en eut un qui y ajouta, comme plus grand orateur : « Adieu, Sire Monsieur. » Ils en dirent de même à la Reine : « Adieu, Madame, etc. » Le Roi leur a fait donner des croix d'or avec des Heurs de lis d'or aux quatre coins de la croix, et les fit, avec cela, chevaliers de l'ordre Saint-Louis*, mais ce fut sans autre
8. Je ne sais si l'on connaît d'autres chevaliers de cet ordre que les trois Topinamboux.
formalité que le don qu'il leur fit desdites croix. M. d'Espernon et Monsieur le chancelier eurent quelque petite brouillerie , mais ce ne fut rien : en voici l'histoire , que m'a racontée M. le marquis de Rambouillet, qui y étoit. M, d'Espernon, dans le grand cabinet, cependant que la Reine étoit dans le petit, s'adressa à Monsieur le chancelier, et lui dit : « Monsieur, vous avez passé la grâce de Miramont'? » Monsieur le chancelier lui répondit : « Oui, Monsieur; elle étoit juste. — Ce n'est pas, dit M. d'Espernon, ce que je veux dire; je me plains de l'adresse qui en a été faite au prévôt de l'hôtel*''. >» Monsieur le chancelier lui répondit que cela aussi s'étoit dû faire, pource qu'il étoit commensal, et que M. le marquis de Rosny le lui avoit ainsi notifié. M. d'Espernon répliqua que M. le marquis de Rosny pouvoit l'avoir fait pour être ami de Miramont, mais qu'à la vérité il n' étoit pas commensal". Monsieur le chancelier lui dit que le grand prévôt feroit justice. M. d'Espernon dit qu'il y avoit quarante ans qu'il étoit à la cour, mais qu'il n' avoit jamais vu que le grand prévôt eût fait pendre personne de qui la grâce lui eût été adressée; et ayant haussé sa voix en disant cela. Monsieur le chancelier lui dit : « Monsieur, vous êtes en colère. » M. d'Espernon lui répondit que lui dire qu'il étoit en colère, c' étoit lui dire qu'il étoit sans raison, et qu'il savoit fort bien ce qu'il
9. Peut-être le chcTalier de Miraumont, commandeur de Coulommiers, mort le a4 janvier i63o, et auquel Tallemant a consacré une h'utoriette (tome III, p. 477)-
10. Le prévôt de l'hôtel du Roi avait, comme nous l'avons dit plus haut, la juridiction sur toute la maison du Roi, tandis que le duc d'Espernon avait justice souveraine sur toute l'infanterie française, où Miramont servait probablement. — On appelait commensal celui qui avait le droit de prendre place aux tables du Roi.
11. Malherbe avait mis d'abord : « pour être son ami, mais qu'à la vérité il ne l'étoit pas. »
faisoit et disoit , et étoit trop vieil pour avoir besoin de pédagogue. Là-dessus, la Reine entrant dans le cabinet, Monsieur le chancelier lui dit : « Monsieur, voici la Reine. » Ils s'avancèrent tous deux vers elle, et en sa présence répétèrent ce discours. La Reine leur commanda de le laisser, et ne se souvenir plus de ce qui s'étoit passé entre eux; ce qu'ils promirent faire. J'avois oublié à vous dire que M. d'Espernon lui dit : « Je sais bien ce que je dois aux chanceliers, mais aussi sais-je bien ce que les chanceliers doivent à gens de ma qualité. >> Et ce fut là-dessus que Monsieur le chancelier lui dit qu'il étoit en colère, et y ajouta qu'il l'avoit toujours honoré comme un prince, et desiroit continuer. Comme ils sortoient après le commandement que leur eut fait la Reine de tout oublier. Monsieur le chancelier, en sortant, dit à M. d'Espernon : « Monsieur, je vous supplie donc très-fort de ne vous souvenir plus de ce qui s'est passé. » M. d'Espernon dit : « Je le ferai, mais je sais bien que vous n'en ferez pas de même. »
La charge de M. de Ventadour est de convier Monsieur le Prince à s'en venir en cour, pour accompagner le Roi au voyage de Rayonne, pour son mariage avec l'infante d'Espagne, qui se doit faire incontinent après Pâques, et aussi pour se trouver à l'accord de mariage de Madame Chrétienne avec le prince d'Angleterre*^, et que, s'il se plaignoit de n'avoir pas assez de part aux libéralités du Roi et de la Reine, qu'il lui répondît que, se tenant auprès du Roi, et le servant comme il doit, il se devoit assurer qu'il y seroit toujours respecté pour celui qu'il est, et seroit gratifié autant qu'il devoit désirer; que s'il mettoit les autres absents en jeu, il lui devoit répondre qu'il n'avoit aucune charge là-dessus. Je sais cela
la. On sait que ce mariage ne se fît pas.
de 71 ". Vous aurez su de M. de Valavez la brouillerie qu'a eue M. de Lyvarrot" avec un nommé la Ferté-Silly, de Normandie ; je me passerai de vous en rien dire. La reine Marguerite est venue supplier la Reine pour la grâce de M. deLyvarrot, et dit-on que demain elle y doit revenir; je crois qu'elle l'obtiendra.
M. de Termes, le même** vendredi 7® de ce mois, fit serment de premier gentilhomme de la chambre.
Mlle de Sancy, sœur de Mme d'Alincourt, est mariée avec M. de la Meilleraye en Normandie.
Dimanche dernier, M. de Longueville, ayant demandé congé à la Reine de s'en aller en son gouvernement de Picardie, elle lui dit qu'il lui donnât encore sept ou huit jours ; et que encore qu'elle lui pût commander comme sa reine, elle l'en prioit comme elle en prieroit son fils. Il lui promit de le faire; et le lendemain, qui étoit lundi**, ayant changé d'avis, il monta en carrosse, et dit à son carrossier qu'il allât au Louvre. Comme il fut à mi-chemin, il se mit à se plaindre de sentir des tranchées de colique; et s'étant fait remener chez lui, il se mit au lit, où il fut jusques à la nuit, et lors il monta à cheval et s'en alla.
Mardi au soir, la Reine ayant eu opinion et avis*' que M. de Vendôme suivroit cet exemple, l'envoya quérir par M. de Mailloc**, son gentilhomme servant. Il le
i3. Le chiffre 71 désigne, d'après la traduction de Peiresc, la princesse de Couty.
14. Peut-être André d'Oraison, baron de Boulbon et de Livarrot, marié en i6o3 à Jeanne d'Arces ou d'Arcy, dame de Lirarrot. Voyez plus loin, lettre 149, p. SgS.
i5. Le même a été ajouté en interligne.