Février
Monsieur, nous sommes au temps des nouvelles, voilà pourquoi je ne vous les veux pas épargner. Je vous dis dernièrement tout ce que je savois : ce qui est arrivé depuis est peu de chose; mais je juge bien, par les bruits qui se font ici, que l'on vous met en de grandes inquiétudes par les bourdes que l'on vous conte. Je vous pense avoir écrit que tout ceci s'en iroit en fumée; je n'ai point changé d'opinion, et aujourd'hui le vent du cabinet étoit plus tourné à la paix qu'à la guerre. La foire' est continuée pour toute cette semaine; c'est tout ce que je vous puis dire. Je baillai hier cent francs à M. de Valavez, et le priai de me faire ce bien de les faire rendre par delà à ma femme, pour avoir des livres à Marc- Antoine. Je vous supplie. Monsieur, que je reçoive cette courtoisie de vous avec tant d'autres, et que vous croyiez que vous n'aimez personne qui estime cet honneur comme je fais, et qui soit plus que moi votre serviteur très-humble et très-affectionné,
Fr. Malherbe.
Je vous supplie, Monsieur, me faire cette faveur de
Lettre 149. — i- Les deux premiers paragraphes n'ont pas été datés par Malherbe. La cote de Peiresc est douteuse ; il y a 16 ou 18. a. La foire Saint-Germain.
baiser bien humblement les mains à M. du Vair, et l'assurer que je suis toujours son serviteur très-humble, et en cette qualité très-desireux de la conservation de ses bonnes grâces. Je lui écrirai, et à M. le président de la Ceppède, quand j'aurai fait quelque ouvrage que je leur puisse envoyer; car sans cela je n'oserois rompre un si long silence. Adieu, Monsieur, encore une fois, et encore une fois je vous supplie de m'aimer et tenir pour votre serviteur.
A Paris, le dimanche 16® de février.
M. de Ventadour revint hier au soir, ayant appris à Orléans que Monsieur le Prince, vers lequel il alloit, étoit passé en ces quartiers : on ne parle plus de renvoyer vers lui.
Ces Messieurs les Princes absents sont à Mézières, les antres disent à la Cassine : mais l'un et l'autre peut être vrai; car la Cassine, qui est une maison de M^"" de Nevers, est tout auprès de Mézières. Ils n'ont personne avec eux. Monseigneur le Prince partit de Châteauroux avec six chevaux; le reste de son train l'a suivi depuis, jusques à quarante ou cinquante chevaux. M. de Longueville y est allé aussi avec sept ou huit chevaux, et tous n'ont que leurs domestiques : ils vont ordinairement à la chasse.
La Reine dit, il y a trois ou quatre jours, qu'elle mèneroit sa fille * avec trente mille hommes de pied et six mille chevaux, et qu'elle ne pensoit pas qu'en cet équipage elle ne put passer partout.
En cas que nous ayons guerre , ce que je ne crois nullement, et ai assez de gens de mon opinion, MM. de Termes, de la Rochefoucauld, de Courtenvaux, et mar-