‹ Œuvres complètes;Chapitre 294 sur 436 · La Reine · texte numérisé non relu

La Reine

LETTRES A PEIRESC. 4ot

l'un des laquais de M. de Valavez, qui me venoit avertir de sa part que si je voulois écrire , je lui envoyasse ma lettre : il m'est donc impossible de vous dire autre chose, sinon que la Reine a eu des [lettres*] de Monsieur le Prince et de M. de Nevers ; celles de Monsieur le Prince sont fort longues ; il a aussi écrit à la cour de parlement. La Reine fit lire les siennes tout haut au cabinet le jour même qu'elles furent apportées; mais mon malheur voulut que je n'y arrivai qu'après que ce fut fait. Le sujet, c'est quelque réformation qu'ils désirent être faite au gouvernement des affaires, de la vénalité des offices, de l'avancement des étrangers aux principales charges de la couronne, et autres tels textes accoutumés à ceux qui remuent. Je verrai d'avoir la copie des unes et des autres , et les vous envoyerai*. J'ai ce matin appris une nouvelle d'un qui la pense bien savoir: c'est que depuis deux jours la Reine a présenté requête à la cour des comptes que, vu les affaires qui se préparent, il lui soit permis de prendre un million de livres à la Bastille , ce qui a été accordé , pour être les deniers employés aux affaires de la guerre, s'il y en a. Demain, Dieu aidant, je serai plus savant, et par conséquent vous aurez de plus longues lettres. Adieu, Monsieur : je suis , comme de coutume , votre très-humble et très-affectionné serviteui*.

Lettre i5i. — i. Il y a un trou dans l'autographe, à la place où ^ était le mot lettres.

a. Le manifeste du prince de Condé et la réponse de la Reine se trouvent dans le Mercure, i6i4, tome III, p. Siy-SSo. Voyez dans le P. Lelong, tome II, n»* 20 ii5 à aoaio, et dans le Mercure, i6i4, p. 383, une liste des pièces imprimées relatives à la guerre des Princes.

Malhebbe. m *"

i52. — A Paris, ce io« mars.

Monsieur, je vous remercie de votre gazette, et en revanche je vous en envoyé une autre : elle est petite, mais aussi n'avons-nous pas grandes nouvelles, quoique je m'assure que l'on vous conte d'étranges drôleries. J'ai vu les vers du ballet que vous m'avez envoyés ; celui qui les a faits écrit fort bien et fort nettement. Je vous en envoyerai, quelqu'un de ces jours, d'autres, s'il plaît à Dieu; vous m'en direz votre avis, comme je vous dis le mien, et avec la même liberté. Je crois que Monsieur votre père aura reçu un petit mot de lettre que lui écrivoit M. de Valavez, pour rendre à ma femme cent francs que j' envoyé à Marc- Antoine pour avoir des livres. Je vous supplie, Monsieur, à votre commodité, les lui faire bailler, et excuser tant d'importunités; mais en cette sorte de besoins, à qui recourrai-je , sinon à vous? Je devrois craindre de lasser votre courtoisie, mais j'ai peur de faillir encore davantage de croire qu'elle soit capable de se lasser. J'oubliois à vous parler encore d'une autre hardiesse que j'ai prise de mettre quelques livres pour lui dans un ballot que l'on vous a envoyé; mais c'est trop souvent rougir, je ne vous en veux plus rien dire; puisque je me suis mis dans le chemin de l'impudence, il faut aller de longue*. J'écrirois à Monsieur le premier président, mais je veux attendre que je lui envoyé des vers, pour rompre mon silence avec quelque chose qui m'excuse de l'avoir si longtemps gardé; et puis je sais bien que vous lui faites part des nouvelles que je vous écris, si toutefois il ne les sait d'ailleurs et de meilleur lieu. Je suis tou-

Letthe iSa. — I. « Aller de longue, avancer, gagner pays, » dit le Dictionnaire de Trévoux,

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jours son très-humble et très-affectionné serviteur, et

le vôtre, '^^^

Malherbe. *

Je vous envoyé deux copies de ' la réponse que la Reine a faite à la lettre de Monsieur le Prince. Il y en aura, s'il vous plaît, une pour Monsieur le premier président, s'il ne Ta eue d'autre part. Ce porteur est le laquais de M. de Pibrac ; je ne sais pas quelle diligence il est capable de faire : son maître est fort de mes amis, comme déjà je crois vous l'avoir écrit Me vous supplie. Monsieur, que sa cause vous soit recommandée, comme est tout ce qui vient de ma part; vous n'êtes pas de ses juges, mais vous avez des amis et du crédit.

Du lundi, ce lo* mars, à Paris.

On fait les habits du Roi et de Madame pour le voyage et pour les noces; ce n'est pas signe que l'on retarde le mariage. L'on n'a point encore de nouvelles de M. de Thou* ; l'on en attend à demain. Aujourd'hui Monsieur le Nonce et l'ambassadeur de l'Archiduc ont eu audience , qui ont offert à Leurs Majestés tout ce qui dépend de leurs maîtres. Un gentilhomme portant aux Suisses une dépêche de Monsieur le Prince pour arrêter la levée, attendu que l'on étoit en termes d'accord, a été arrêté, et sa dépêche envoyée à la Reine ; elle a été lue au conseil cette après-dînée.

Ils * doivent être à Saint- Jean-de-Lône cette semaine sainte ; la Reine l'a dit ainsi tout haut.

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