‹ Œuvres complètes;Chapitre 298 sur 436 · Vovez ci-dessus, p. 38i · texte numérisé non relu

Vovez ci-dessus, p. 38i

7. Quelle était cette nouvelle histoire du beau-firère de Malherbe Nous ne pouvons le préciser. Voici seulement ce que nous lisons dà&s deux lettres inédites adressées de Paris le même jour (24 mars 1614) à Peiresc. Jacques Ribier, neveu par alliance de du Vair, écrit: « Je

de courage et d'orgueil; cette action Ta assez témoigné : il est malaisé de corriger les inclinations qu'on a prises au ventre de la mère. Je lui ai dit autrefois une partie de ce que j'en pensois; je dis une partie, pource que je ne le voyois pas disposé à recevoir de bons conseils. Il ne me reste, à mon avis, autre chose à vous dire, sinon que je suis, et à Monsieur le premier président, comme de coutume, votre très-humble et très-affectionné serviteur,

Fr. Malherbe.

Je continue mon silence avec lui, et le continuerai jusquesà ce que j'aye quelque chose qui m'excuse de l'a-

ne puis assez admirer l'effronterie de ce misérable qui s'est prostitué avec tant de lâcheté. C'est un effet digne de la cause. Mais pource qu'il a eu si peu de soin de son honneur, il ne le faut pas épargner, mais plutôt achever de le perdre, et que toute votre compagnie en corps entreprenne un si vertueux dessein. J'ai horreur quand je me représente un spectacle si infâme et peut être inouï en tous les siècles passés, eu égard à toutes les circonstances qui se rencontrent en cet acte dernier. Il y va de l'honneur d'une si bonne compagnie d'en retrancher un membre pourri. Croyez que s'il se hasarde nous venir voir, nous lui rendrons les offices qu'il mérite. » [Correspondance de Peiresc, Bibliothèque impériale, tome IV, p. ao4.) — De son côté Aleaume, beau-frère de Ribier, n'est pas moins énergique; et lui il nomme le personnage : c J'ai appris, dit-il, l'infâme et vilaine action à laquelle s'est prostitué Châteauneuf. C'est une

p et non un magistrat, et crois que c'est là le couronnement de

tout plein de sales et scandaleuses entreprises qu'il avoit faites durant qu'il étoit en votre compagnie, dont il est membre indigne en mille façons. Vous ne le pouvez plus réagréger en un corps si célèbre et si recommandé par tout le royaume, que vous ne dérogiez entièrement à votre mérite et réputation. Je ne sais quelle scélératesse et forfait on ne doit attendre d'un perdu de cette qualité. Je vous supplie d'assister toujours Monsieur le premier président (du Vair) de votre bonne et douce conversation et de vos prudents avis. » {Ibidem, tome III, p. 160.)

voir gardé si longtemps; mais, s'il lui plaît, qu'il ne laisse pas de me faire l'honneur de me tenir en ses bonnes grâces.

i54. — A Paris, ce dimanche 6' d'avril.

Monsieur, je vous écris ce peu que nous avons de nouvelles; c'est à regret, pource que, devant que vous les ayez, elles seront, non-seulement vieilles, mais décrépites : tant y a qu'à cette heure elles sont nouvelles, et ne perdront cette qualité que par la longueur du porteur, qui s'en va par le coche. Pour le moins, vous témoignerai-je ma diligence, et peut-être encore que lorsque vous les recevrez, vous aurez de quoi contester contre quelque conteur qui s'en voudra faire accroire et exposer de la fausse monnoie pour de bon argent. Quand il se sera passé en la conférence de Soissons quelque chose d'importance, si d'aventure il vient jusqu'à moi, vous en aurez votre part : puisque je ne puis autrement reconnoître tant de courtoisies que journellement je reçois de vous, il est bien raisonnable que je vous y fasse preuve de ma diligence. S'il se présentoit quelque autre occasion de vous servir, vous pouvez penser que je ne manquerois pas de vous y rendre quelque témoignage du pouvoir que tous les jours, par quelque nouveau bienfait, vous acquérez sur moi. Adieu, Monsieur : aimez-moi comme votre plus humble et plus affectionné serviteur,

Fr. Malherbe.

De Paris, ce 6* d'avril.

Il y a cinq ou six jours que sur un avis qu'eut la Reine, par le sieur de Vassan, lieutenant à Laon sous M. le marquis de Cœuvres, de cinq ou six mille hommes de

pied et de cheval qui s'acheminoient à Soissons , elle se résolut d'y envoyer M. de Montigny*, pour, durant le passage de ces troupes, empêcher qu'il ne s'y fît * rien au préjudice du service du Roi. Comme il y alloit, M. du Maine en eut avis; et sachant qu'il ne passoit qu'avec six ou sept chevaux de poste, envoya quinze chevaux après pour le prier de le venir voir : il en fit quelque difficulté; toutefois, voyant qu'il le falloit faire, il s'y résolut. M. du Maine le reçut fort courtoisement et avec plainte de ce qu'il passoit sans le voir, vu qu'il savoit qu'il étoit son ami. M. de Montigny lui répondit, avec sa liberté accoutumée, qu'il lui faisoit tort de le retenir, allant pour le service de Leurs Majestés, et que s'il avoit envoyé quelqu'un, il ne seroit pas bien aise qu'on le retînt. M. du Maine le retint à souper et à coucher, et le lendemain lui prêta sa carrosse pour le porter à Laon, après l'avoir prié d'assurer Leurs Majestés que le succès de cette conférence seroit à leur contentement. Au même temps, le sieur de Cerisy, gentilhomme pensionnaire du Roi, et qui ci-devant a été lieutenant d'une compagnie des gardes du corps, fut envoyé reconnoître ces troupes. Il en fut de retour avant-hier. Je lui en demandai des nouvelles ; il me dit qu'ils pouvoient être environ quatre mille hommes de pied et cinq ou six cents chevaux. M, de la Varenne, que la Reine avoit envoyé au même temps vers Monsieur le Prince, pour savoir que vouloit dire cette levée d'hommes, revint hier, et fit le même rapport que le sieur de Cerisy. Il dit que les troupes sont de cinq mille hommes de pied, dont la plus grande partie sont Wallons, c'est-à-dire Liégeois, et huit cents chevaux,

Lettre i54. — i- François de la Grange, seigneur de Montigny, maréchal de France en 1616, mort en 1617. 2. Fit a été substitué à passât.

LETTRES A PEIRESC. 4ii

qu'il dit être fort lestes ; et entre autres il fait cas de la compagnie de M. du Bouillon, avec des casaques blanches en broderie de veloux noir. Monsieur le Prince lui a dit qu'il ne se défie pas de la Reine, mais qu'il sait qu'auprès d'elle il y a des gens qui ne lui sont guère affectionnés. Un gentilhomme de qualité, huguenot, m'a dit qu'il a cette après-dînée entretenu fort longtemps M. de Villeroy, qui lui a dit que jusqu'à cette heure il n'avoit point cru que les choses s'accommodassent, mais qu'à cette heure il en avoit grande espérance. Messieurs les Princes arrivent ce soir à Soissons; leurs troupes sont logées auprès d'eux, et n'ont mis que mille hommes de pied dans la ville. M. de Ventadour partit hier pour y aller. MM. les présidents Janin , ïhou et Boissize sont partis ce matin. La petite Madame a la fièvre continue depuis cinq jours ; il est vrai qu'aujourd'hui elle se porte beaucoup mieux. M. de Vendôme a écrit au Roi et à la Reine de la fortification que fait de Blavet le baron de Camorre, et leur mande que ce qu'en fait ledit baron est que ' le sieur de Fouquerolles*, qui avoit été envoyé en Bretagne incontinent après que M. de Vendôme fat retenu, lui avoit dit qu'il eût à prendre garde que l'on ne se saisit de Blavet, et qu'il avoit cru ne pouvoir mieux empêcher que l'on ne s'en saisît qu'en se mettant luimême dedans, et qu'il croyoit qu'il feroit ce que Sa Majesté lui commanderoit. Je crois que cette honnêteté vient de ce que ce baron de Camorre étoit gouverneur de Hennebon, autre petit port de mer à deux lieues de Blavet, et que cependant qu'il s'est amusé à fortifier Blavet, les habitants de Hennebon lui ont fermé les portes à son retour, tellement qu'à cette heure, recounoissant qu'd a

3. Au lieu de que, il y arait d'abord : suivant ce que lui avoit dit. 4- Enseigne aux gardes.

4ia LETTRES A PEIRESC.

perdu le certain pour rincertain, il voudroit bien que ce fut à recommencer. M. le comte de Brissac^ fit, il y a trois ou quatre jours, serment de lieutenant général en Bretagne, en survivance de Monsieur le maréchal son père. M. de Bassompierre le fit hier de coronel des Suisses, qui est une charge que lui a vendue M. de Rohan pour le prix de trente-six mille livres'. Pour remplir la fin de cette page, je vous dirai que le Roi, hier au soir, venant au cabinet de la Reine, lui fit voir un paquet qu'il venoit de recevoir de M. de Boinville. Ce paquet fut à l'heure même ouvert, et dedans furent trouvées deux lettres, l'une au Roi, l'autre à M. de Guise; en celle du Roi, qui fut, et l'autre aussi, lue tout haut par Mme la princesse de Conty, anagnoste ' ordinaire du cabinet, il supplie le Roi de lui permettre le combat avec le duc de Guise (ce sont ses termes), et pource que ledit duc pourroit s'arrêter sur les qualités, il supplie Sa Majesté de lui donner de la noblesse et de l'honneur assez pour s'égaler à lui. Dans cette lettre, il appelle M. de Guise, notre ennemi^ comme ennemi du Roi et le sien. En un endroit de cette lettre, il y avoit ces mots : Cette ingrate race de Lorraine. Comme Madame la Princesse en fut là, elle se mit à rire, et dit à la Reine, en rougissant, de quoi l'on lui fit la guerre : « Vraiment, il est bien ingrat des bons offices que je lui ai rendus auprès de Votre Majesté ! » et après cela continua de lire. Elle lut aussi celle qu'il écrivoit à Monseigneur de Guise, qui étoit un cartel*. La plainte qu'il fait de lui, c'est que, durant sa prison, ayant eu loisir de penser à ses affaires , il a trouvé que

5. François de Cossé, duc de Brissac, mort le 3 décembre i65i, à soixante-dix ans.

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