Devant cartel, il y a le mot duel, biffé
LETTRES A PEIRESC. 4i3
M. de Guise lui avoit fait de mauvais offices auprès de Sa Majesté. Cet entretien donna à rire à la compagnie durant un quart d'heure. La Reine dit qu'il s'étoit fait huguenot. Je vous avois mandé que l'on faisoit des habits pour la petite reine : c'est une robe qui se fait à l'hôtel de Luxembourg par des Turques, dont il v a deux lés de faits, et dit-on que c'est la chose du monde la plus belle. J'ai su depuis du sieur Jacomo, tailleur de la Reine, que c'est pour Mme la maréchale d'Ancre, pour les noces du Roi; mais qu'elle ne désire pas que l'on le sache. Je ne sais plus que vous dire; adieu, Monsieur.
i55. — [A Paris, ce i5« d'avril'].
Monsieur, je viens d'être averti par M. de Valavez du partement de M. Breton, qui s'en va en poste. Nous n'avons point de nouvelles, et quand nous en aurions, il les vous diroit plus particulièrement que je ne les vous saurois écrire. Je fus hier au soir au Louvre, où l'on avoit opinion de la guerre ; toutefois on attendoit M. du Bouillon, qui devoit venir aujourd'hui, pour en savoir davantage. S'il est venu, je n'en sais rien, pource qu'il n'est que huit heures de matin, et que je suis encore au lit. J'appris que s'il n'apporte nouvelles qui contentent la Reine, on s'en va à eux, avec dix-huit mille hommes de pied et deux mille cinq cents chevaux. Monseigneur de Guise commandera l'armée, et M. d'Espernon y fera sa charge de coronel. M. de Rambure, qui a un régiment de deux mille hommes, a mandé à la Reine que s'il lui plaît lui faire* le commandement, il taillera
Lbttbx i55. — I. La lettre n'est datée que par la cote de Peiresc, a. Derant faircy il y a en, effacé.
4i4 LETTRES A PEIRESC.
en pièces tout ce qu'ont ces Messieurs. Pour moi, j'espère et crois toujours la paix, en partie pource que je la désire, et en outre pource que je ne crois point que des deux côtés on ne l'aime mieux que la guerre, et que, devant que de rompre, les uns demanderont moins, et les autres accorderont plus qu'ils ne s'étoient proposé. Il y a trois ou quatre jours que la Reine ayant dit au Roi qu'il falloit qu'il se purgeât pour se bien porter tout cet été', et que le plus tôt étoit le meilleur, et là-dessus s'étant adressée à M. de Souvray, et lui ayant dit qu'il falloit que le lendemain le Roi prît médecine, le Roi lui dit : « Non, non. Madame; il n'est pas bon que j'en prenne à cette heure, ces gens de Soissons diroient que je suis malade. » Hier au soir, il dit tout haut : « Voyez un peu quels bruits ils font courir, ils disent que j'ai donné deux coups de poignard à M. de Souvray; vous pouvez penser quelle apparence if y a !» et à la vérité cela a été dit à Soissons; ils font ce qu'ils peuvent pour faire croire que le Roi est de leur côté. Un homme qui a vu des commissions baillées par Monsieur le Prince m'a dit qu'il pij^înd qualité de lieutenant général de Sa Majesté en pays de son obéissance et en ses armées, de protecteur de l'Etat. M. du Bouillon, à ce que l'on dit#, est fort disposé à la paix, et, à ce que Ton dit, la cause est que, par la mort de Monsieur le connétable * , son état de premier maréchal lui sera de grand revenu, n'y ayant point de connétable. La petite Madame est guérie; Leurs Majestés se portent bien, grâces à Dieu ! je le prie qu'il les continue en cet état, et* ajoute à ce bien tout ce dont il sait que nous avons besoin. Je vous remercie,