A Paris, ce a6» de décembre
Monsieur, je me suis laissé surprendre au partement de ce messager : non que M. de Valavez ne m'eut averti de bonne heure; mais, ou ma paresse, ou les compagnies que j'ai eues tout aujourd'hui chez moi, m'ont ôté le loisir qu'il m'avoit donné. Une autre fois je vous écrirai plus amplement; par cette voie, je ne saurois vous rien dire qu'en désordre. On commence à n'espérer pas grand fruit de nos états, et certainement je me range de ce côté-là à la commune opinion; mais M. de Valavez vous en dira davantage, comme celui qui en est un des arcsboutants. Je le dis sans raillerie, vous avez député tous honnêtes gens; mais le courage et la suffisance ne se rencontrent pas en tout le monde, comme en lui. Vous avez perdu le pauvre marquis des Ars * ; celui qui est en sa place est d'une autre humeur, et à en parler librement, je crois qu'il sera plus homme du monde. Pour les autres occurrences de cette cour, l'on est toujours après l'échange du gouvernement de Picardie à celui de Normandie. M. de Longueville, ni Madame sa mère, jusques ici n'y ont voulu entendre, encore que Ton leur ait offert le Pont-de-l' Arche, le château de Caen, et deux cent mille écus. Par ce moyen, le gouvernement de Picardie en chef demeurera à M. le maréchal d'Ancre.
Lettre 178. — i. Voyez plus haut, lettre 43, p- 87, note 16. Mat.hkhbk. m 3i
Mme de Longueville s'en alla lundi à Coulommiers , qui est une maison qu'elle a en Brie, à quatorze lieues de cette ville. La Reine ne lui donna congé que pour quatre jours. Je crois qu'après ces fêtes elle sera ici, et que, quelque bonne mine qu'elle fasse, elle voudra enfin ce que voudra la Reine. M. de Villeroy a été mal quelque quatre ou cinq jours, jusques à renvoyer^ les paquets à M. de Pizieux, et s'être retiré à Conflans", mais il est de retour, et crois que cette brouillerie est apaisée. La cour a ses flux et reflux comme la mer. M. de Roquelaure est maréchal de France en la place de M. le maréchal de la Châtre, et sénéchal de Guienne en la place de M. de Merville', qui est mort depuis un mois ou six semaines. L'on m'a conté une chose que je vous vais dire, et puis je finirai ; celui de qui je la tiens étoit présent à l'affaire : c'est qu'il y eut mardi huit jours que le Roi, étant au conseil, ayant pris les placets qui étoient sur la table, et entre autres ceux que Monsieur le Prince y avoit apportés, il en trouva un où il y avoit : Plaise au Roi et à Monseigneur le Prince; il prit une plume, et raya ce mot de Monseigneur le Prince, et le lui rendit. En voilà assez pour cette fois; je vous écris toujours en hâte, mais certainement elle ne fut jamais précipitée comme à cette heure. J'oubliois à vous dire que M. du Maine et Monsieur le Grand sont réconciliés, et vont à la chasse ensemble; le même M. du Maine et le prince de Joinville partent à cette heure ensemble : voilà que c'est que de ce monde ; il y naît des brouilleries, il y en meurt aussi ; et par ces vicissitudes qui ont toujours été et seront toujours, peu à peu nous arrivons au dernier acte de la co-
2. Au Heu de : « jusques à renvoyer, » Malherbe avait écrit d'abord : (t et avoit renvoyé, j
3. François d'Escars, baron de Merville, grand sénéchal de la Guienne.
médie. Je vous ai dit assez de fois que ce que je vous écrivois de nouveau éloit commun avec Monsieur le premier président, je le vous répète encore à cette heure ; sans cela je ne serois pas si longtemps sans lui écrire ; car je suis et serai tant que je vivrai son serviteur et le vôtre très-humble et très-affectionné ,
Malherbe.
Nous avons ici une milliasse de petits livrets; mais je me remets à M. de Valavez de les vous envoyer, car il y est très-diligent*.