‹ Œuvres complètes;Chapitre 360 sur 436 · A Paris, ce 17» de juillet · texte numérisé non relu

A Paris, ce 17» de juillet

Monsieur, vous n'eûtes jamais une si courte lettre que sera celle-ci ; tout ce que je sais de nouveau est en une feuille à part en ce même paquet. Je vous baise donc les mains, et à Monsieur le premier président, à qui, s'il vous plaît, vous ferez part de cette gazeltille, si vous croyez qu'il y ait chose qu'il n'ait point sue d'ailleurs. Je suis, Monsieur, votre très-humble et très-afiFectionné serviteur ,

Malherbe.

Le voyage ne se diffère point, quelques bruits que vous oyiez. La Reine dit avant-hier qu'elle partiroit le premier jour d'août.

M. de Villeroy est arrivé ce matin sur les sept heures*, et tout aussitôt s'est mis au lit. La Reine s'est baignée, et ne l'a-t-on point vue.

J'ai été au dîner de Mme la princesse de Conty, qui ne croyoit pas que le dernier voyage de M. de Viileroy eût plus avancé que le premier.

Comme j'ai vu qu'elle ne descendoit point au cabinet, et qu'il n'y avoit point d'espérance de voir la Reine, je suis sorti du Louvre, et ai trouvé à la porte le comte de Ghâteauroux', qui m'a dit qu'il avoit vu le sieur de Vignier, qui avoit accompagné M. de Villeroy, et qu'il avoit appris de lui que Monsieur le Prince demandoit deux ou trois choses qui étoient faciles à accorder, et que, moyennant cela, il promettoit de venir au voyage.

Au premier voyage de M. de Villeroy, il désira que

Lettre i 90. — i . Il avait été envoyé pour négocier avec le prince de Condé.

a . Jean de Maillé de la Toor Landry, comte de Châteauroux, mort en i635. Il avait, en i6i3, vendu son comté au prince de Condé.

5o8 LETTRES A PEIRESC.

Madame sa mère eût Thonneur de recevoir la Reine : il n'y a rien de changé en ce dessein. Elle est une des trois qui doivent porter la queue de la Reine aux cérémonies ; Mme la princesse de Conty et Mme la comtesse de Soissons sont les deux autres.

On fut mécredi ', sur les cinq heures de soir, à la Bastille, prendre* douze cent mille livres pour le voyage. Le Roi et la Reine y furent eux-mêmes, accompagnes des princes, maréchaux de France et officiers de la couronne, Monsieur le cliancelier et M. le président Janin, et tout plein de conseillers d'État. L'argent fut tiré dans quarante charrettes, qui portoient chacune trente mille livres en quarts d'écu. La Reine fut priée de ne partir point qu'elle n'eût vu sortir la dernière charrette. Ces cérémonies y furent apportées pour les difficultés qu'avoient faites Messieurs des comptes de vérifier les lettres expédiées pour tirer cette somme ; à quoi ils demeurèrent opiniâtres, nonobstant trois jussions qui leur furent envoyées.

Cependant que Leurs Majestés furent à la Bastille, tout le monde fut voir M. le comte d'Auvergne, avec congé*. Il fit supplier la Reine qu'il eût l'honneur de la voir, ce qu'elle lui permit; et lors on fit retirer le Roi, qui s'alla cependant promener par la Bastille. Il vint et se jeta à deux genoux aux pieds* de la Reine, qui tout aussitôt le fit relever; ce qu'il fit, et se mit, avec un transport de joie qui le faisoit presque bégayer, à faire des protestations du déplaisir qu'il avoit d'avoir offensé le Roi ; de sa

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