‹ Œuvres complètes;Chapitre 370 sur 436 · A Paris, ce a3' d'août · texte numérisé non relu

A Paris, ce a3' d'août

Monsieur, je fus hier dire adieu à M. de Valavez, qui devoit partir ce matin avec M. de la Forest*. Le Roi va si vite qu il est temps de partir à qui a envie de l'atteindre par les chemins. Jusques ici Leurs Majestés n'ont trouvé qu'obéissance en leur voyage : il n'en faut pas espérer autre chose au reste. Tout est calme partout; en Picardie seulement il y a quelque bruit : je dis bruit, car de dire guerre, je n'y vois rien qui mérite un nom si relevé. L'armée du Roi sera dans dix ou douze jours aux champs; elle sera de dix mille hommes de pied françois , quinze cents Suisses, quatorze cents chevaux, et six cents carabins : sitôt que cela sera ensemble, on marchera vers eux. Pour moi, je vois bien que cette brouillerie sera encore plus ridicule que celle de Mézières. Monsieur le Prince, à ce que l'on dit, est allé à Sedan; je crois qu'il ne voit guère de sûreté ailleurs que là, et encore Spinola est aux terres de Luxembourg, avec dix ou douze mille hommes de pied , autant de canons , et douze cents chevaux : ce qui n'est pas sans faire penser à soi M. du Bouillon. Le Roi va aujourd'hui à Amboise, et la Reine à Chenonceau, où M. de Vendôme la traite. Je vous envoyé une lettre du P. Fronton*, et cinq copies de la harangue de vos députés : tout cela m'a été baillé par M. de Valavez. Adieu, Monsieur : je ne suis pas en lieu de nouvelles pour vous en pouvoir dire davantage. Je suis votre plus humble et plus affectionné serviteur,

Malherbe.

Au dernier voyage que vous fîtes en cette ville, vous

Lettre igS. — i. De la maison de Requistons, eu Provence. 2. Fronton du Duc, jésuite, érudit et théologien, né à Bordeaux en i558, mort à Paris le aS septembre i624«

LETTRES A PEIRESC. 5a3

m'aviez baillé à garder une caisse', qui fut ouverte, lorsque je fus volé, il y a tantôt deux mois. Je ne vous puis dire ce qui y fut pris, pource que je ne sais ce qu'il y avoit. Je l'envoyai il y a cinq ou six jours à M. de Valavez, pource que, étant sur le point de m'en aller en Provence, j'ai pensé ne pouvoir laisser ce qui est à vous en meilleures mains que les siennes. Je crois que vous le trouverez bon. Pour les cent soixante livres que vous avez baillées à ma femme, il y a longtemps que je les ai rendues au sieur Cramoisy, suivant ce que vous m'en aviez mandé.

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