‹ Œuvres complètes;Chapitre 385 sur 436 · A Caen, ce 21" juillet · texte numérisé non relu

A Caen, ce 21" juillet

Monsieur, j'ai reçu vos nouvelles avec le contentement que je devois , pource qu'elles viennent d'un bon auteur, et qu'elles m'assurent du bon succès des affaires du Roi, qui est toujours une des principales passions des gens de bien, même en une cause si juste comme celle qui est aujourd'hui sur le tapis. Je voudrois bien pouvoir prendre quelque revanche de tant de faveurs ; mais que peut une fortune stérile comme la mienne, et en un lieu écarté comme celui où je suis? J'attendrai le changement de l'un et de l'autre. Cependant je vous envoyé un petit extrait ' que j'ai fait d'un cahier en parchemin que Messieurs les religieux de cette abbaye de Saint-Etienne m'ont fait voir.

4. Celles a été substitué k ce; à. la ligne suivante : « j'en ai fait, > à a je fais. >

Lettre 204. — i. Cette lettre, dans l'édition de Biaise, avait été imprimée parmi les lettres de l'année 161 1 avec la date du ai août.

2. L'extrait latin dont parle ici Malherbe, et que nous donnons à la suite de cette lettre, se trouve rapporté en entier dans la Neustria pia, publiée par Arthur du Monstier, MDCLXXIII, in-f*», p. 33g et 640.

Ce qui m'y a semblé de meilleur est ce que je vous envoyé ; le reste ne sont que donations qui leur ont été faites. J'ai aussi entre mes mains deux cahiers en parchemin dont le titre est : Incipiunt epistolse Lamfranci Dorobernensis archiepiscopi* \ mais il n'y a que huit feuillets en l'un, et quatorze en l'autre. Si vous desirez les* voir, je le vous envoyerai ; sinon, je le leur rendrai. Je suis très-marri que je n'aye quelque chose de plus digne , et qui donne plus de prétexte à mes importunités ; mais, s'il vous plaît, vous m'excuserez avec la même courtoisie dont vous m'obligez. Bonjour, Monsieur.

Votre serviteur très-humble et très-affectionné,

Malherbe.

Je vous supplie , Monsieur, m'apprendre que c'est que l'affaire de M. A^nout^

Eo tempore que genti Normannorum cornes Wilhelmus praeerat, qui et Angles postmodum suo subjugavit imperio, princeps idem, sancta devotione praeventus, ecclesiam perpulchram et peramplam in honore Beati protomartyris Stephani, in loco qui Cadonaus dicitur, construi fecit. Qua ex parte decenter constructa,virum valde scientiaimbutum, nomine Lamfrancum, de prioratu Becci, ad hoc opus perficiendum accepit, et eum ecclesiae quam construebat abbatem prae fecit. Sed cuni non multo post cornes idem Angliam sibi armis subjugasset, abba-

3. Lanfranc, archevêque de Cautorbéry (1070), mort en 1089. Ses œuvres, qui comprennent, entre autres choses, un livre de lettres, ont été publiées par d'Achery en 1648.

4. Malherbe avait d'abord mis le, qu'il a ensuite corrigé en les.

5. Le P. Arnoux, jésuite, confesseur du Roi, fut renvoyé de la cour par l'influence du duc de Luynes, contre lequel il parlait au lîoi. Voyez les Mémoires de Richelieu, année 1621; et dans le manuscrit 74 de la collection Dupuy, une lettre du P. Arnoux, au connétable, sur sa disgrâce.

LETTRES A PETRESC. 54i

tem eundefri totius Angliae archiepiscopumprimatemconstituit; in loco vero ejus alium, nomine Wilhelmum, ejusdem ecclesiae monachum, abbatem substituit. In cujus tempore cum prœdictam mirifîce consummasset ecclesiam, convocatis in unum Normannorum episcopis et principibus, accito quoque de transmarinis partibus archiepiscopo Lamfranco, ecclesiam ipsam in honore gloriosissimi marlyris Stephani dedicari fecit ; et quaecunque illi nunc dabit vel antea dederat, sua suorumque auctoritate , filiique ac principum, in perpetuum habenda firinavit. Reliquias quoque pretiosissimi martvris Stephani pretio non parvo adquisivit • unam videlicet particulam de brachio ipsius, quod in civitate Bysantio hahetur, et unam ampuUulam de sanguine illo qui de eodem brachio mire et veraciter fluxisse narratur. Capillorum etiam partem cum corio capitis, et lapide quo ipse martyr percussus fuit, rex idem gloriosus alio tempore comparavit. Qui videlicet capilli adhuc ita sunt pulchri et candidi, quasi modo de ejus capite fuissent incisi ; servantur autem in quodam pulcherrimo vasculo de crystallo inclusi. Est itaque totum pulchrum : capilli albi et pulchri; lapis etiam unde percussus fuit albus, vas pulchrum et album ; et aspicientibus rem adco pulchram, magnam faciunt admirationem. Tanto igitur thesauro comparato, beatissimi martyris Cadoniensis ecclesia propriis margaritis, sui scilicet Stephani reliquiis, est adornata. Cum autem postmodum abbatem Wilhelmum Cadomensem rex fieri decrevisset archiepiscopum Rothomagensem, alium quidem, nomine Gislebertonem, in loco illius subrogavit. Sed non multo post tempore idem rex huic vitae finem fecit : quamdiu tamen rébus humanis interesse potuit, dilectae sibi ecclesiae indefessus procurator permansit, et quos ibi congregaverat monachos paterno affectu fovit et dilexit. Cum vero diem mortis suae sibi imminere sensisset, praecepit regni sui principibus ut corpus illius Cadomum déferrent, atque in ecclesia sui dulcissimi domini, sancti scilicet Stephani, sepelirent. Principes autem ilUus, sicut praeceperat , cum defunctus fuisset, eum Cadomum attulerunt, atque in ecclesia sancti Stephani, quam ipse construxerat, corara oculis monachorum suorum, qui de illius eleemosyna vivunt, sepelierunt. Hoc autem ideo factum est, ut tanto dulcius pro anima illius misericordiam Creatoris exorarent, quanto frequentius in

~~ praesentia sua corporis illius sepulturam qui eos ibi congrega-

verat inspicerent.

Ce que dessus est en un cahier de parchemin contenant huit feuillets, en la quatorzième page, et vient jusqucs à la moitié de la quinzième. Cette pièce est la dernière de celles qui sont audit cahier : elle n'a point de titre ; les précédentes sont donations faites à ladite abbaye, tant par ledit Guillaume que plusieurs autres. L'écriture est fort ancienne, et toutefois si lisible qu'il n*y a rien dont l'on puisse douter.

2o5. — A Caen, ce 7' août.

Monsieur, vous continuez à m'obliger, comme je continue à vous être importun. Votre honnêteté, s'il vous plaît, excusera mon malheur : si ma fortune étoit capable de revanches, je* ne m'amuserois pas aux remerciements, mais c'est tout ce que je puis. Je suis marri, comme je dois, de la mort de M. de Termes' ; et ce qui m'en accroît le déplaisir, c'est que je dois là-dessus une lettre de consolation à Monsieur le Grand*, et que certainement je ne sais par quel bout la commencer, pource que sa douleur étant telle que je la connois, il est malaisé que le soulagement s'en treuvedans les paroles. Voilà que c'est de la vanité du monde, et les raisons qu'ont les plus heureux d'y faire aucun fondement. Dieu veuille que Clérac fasse rire ceux qu'il a fait pleurer ! il est protecteur des bonnes causes, et particulièrement de celle des rois; cela

Lettre 2o5. — i. Devant y'c, il y a elle, biffé, a. Il fut blessé mortellement au siège de Clérac le i3 juillet, et expira le lendemain.

3. Voyez cette lettre dans le tome IV de la présente édition.

LETTBES A PEIRESC. 543

m'en fait espérer le succès que désirent les gens de bien. L'affaire d'Arnout m'avoit été contée en plusieurs façons, dont Tune étoit celle que vous m'écrivez. Je ne crois pas que la mort de M. de Termes l'ait mis hors de peine, ni qu'il ait bien fait de se retirer au parti contraire ; l'événement en jugera. Je vous envoyé les Chartres que vous desirez : c'est un cahier contenant huit feuillets en parchemin. J'ai été sur le point de le faire copier, mais j'ai cru qu'il vous seroit plus agréable de cette façon. S'il vous plaît. Monsieur, vous en prendrez la copie, et me la renvoyerez; car ces Messieurs les religieux ne croyent pas qu'il doive sortir d'entre mes mains. Pour le roman de M. Barclay*, vous savez comme j'estime tout ce qui vient d'un si bon auteur; mais je me doute qu'à mesure qu'on a imprimé le latin, l'imprimeur n'ait fait travailler à la traduction, tellement que je ferois inutilement ce qui auroit déjà été fait. Il eût fallu, ce me semble, pour bien faire, que la traduction eût été faite devant que de rien imprimer. A tous hasards, vous m'obligerez extrêmement de m'en envoyer un exemplaire, que je chérirai et pour celui qui l'aura fait et pour celui de qui je le tiendrai. Adieu, Monsieur : je serai, tant que je vivrai, votre serviteur très-humble et très- affectionné,

Malherbe.

Je vous supplie, Monsieur, faire travailler à copier ce que je vous envoyé; car, comme il me souvient que M. Camdenus vous écrivoit, rabiosula sunt fere istorum hominum ingénia.

Nous avons, à quatre lieues d'ici, près de Saint-

4. 'VÀrgems, roman allégorique, écrit en latin, et publié en i6ai, à Paris, par les soins de Peiresc.

Aignan-le-Malherbe, udc chapelle qui s'appelle la chapelle du Corps nu. L'on dit que c'est pour la satisfaction d'un homme que le duc Guillaume fit écorcher; et làdessus il se dit des choses fabuleuses. L'on m'a dit qu'en l'abbaye du Plessis, dont elle dépend, j'en pourrai savoir des nouvelles ; je fais compte de m'y en aller dans un mois, Dieu aidant, et d'en savoir tout ce qui s'en pourra savoir, dont je vous donnerai avis tout aussitôt.

ao6*.

Monsieur, le même jour que je reçus votre lettre. Monsieur notre gouverneur en reçut tout plein de ses amis qui sont en l'armée ; mais et lui et tous ceux qui les ouïrent lire confessèrent que vous méritiez le prix à écrire des nouvelles judicieusement et véritablement. Ce qui nous les rendit plus agréables fut qu'on nous contoit ici des merveilles d'une armée imaginaire de M. du Bouillon, qui menaçoit toute la Normandie, et particulièrement Rouen, Caen, Dieppe et le Havre. Dieu veuille continuer au Roi les prospérités qu'il lui a données jusques à cette heure ! les brouilleurs, ni les brouilleries, de quelque part qu'elles viennent, ne nous feront pas grand'peur. J'ai reçu, avec vos lettres, le livre de M. Barclay; je vous tiendrai la promesse que je vous ai faite : ce n'est pas que je l'aye encore vu, mais je défère assez à votre jugement pour en croire tout le bien que vous en dites. Il est vrai que j'ai dès le commencement choppé à ce qu'il dit que lorsque ce jeune homme fut jeté sur le bord de la mer en Sicile, l'empire romain n'étoit pas encore

Lettbe 206. — I. Cette lettre n'a été datée ni par Malherbe ni par Peiresc. Voyez le commencement de la lettre 208, p. 55 1.

en sa grandeur. Je ne vois pas que s'il a voulu désigner

le temps où cela se fit, il n'en ait dû désigner un temps ^ *^* ^ plus particulier*. Je vous dis cela sommairement : vous l'examinerez tout à loisir, et lui ferez, si vous le treuvez bon, cette difficulté pour la lui faire expliquer, ou bien y remédier tout à fait, ce que je crois qui seroit le plus à propos ; car je ne vois raison du monde capable d'excuser cette erreur ou plutôt inadvertance : le mieux que j'y vois, c'est qu'il est bien aisé de la rhabiller. Quant aux vers que vous m'avez envoyés, ceux de M. Grotius* me plairoient bien, si les deux premiers étoient raccommodés; mais ce sens-là n'est pas en sa place, il le falloit mettre après avoir parlé de M. du Vair ; et d'ailleurs je ne treuve pas bien grande élégance à moderari arbîtrium regni* : toutefois à vous, doctes. Je fais encore quelque scrupule en sa conclusion, où le mot pour rire est ferre uitam et ferre mortem* : je sais bien ce que c'est que ferre mortem fortiter^ ou œquo animo ; mais ferre vitam , je confesse que je ne sais que c'est. Les vers de M. Bertius'

a. Temps a été ajouté après coup, en interligne.

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