De la maison de Seguiran, en Provence
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des messagers de Caen, qui y sont ordinairement, pour le faire tenir selon son adresse. Pardon, Monsieur, de tant de peines'.
ai 6. — A Aix, ce aS" septembre.
Monsieur, j'ai tant de peur de vous importuner trop souvent, que peut-être je ne vous rends pas ce que je vous dois. Mais que vous écrirois-je, quand je serois moins paresseux que je ne suis? Tout ce qu'il y a ici de lïouveau vous est mandé par M. de Valavez : voilà pourquoi, ce sujet me défaillant, il m'en reste peu d'autres pour vous entretenir. Nous attendons ici les reines d'un jour à l'autre; aussitôt qu'elles y seront, je m'en irai les treuver, et me tenir auprès d'elles. S'il n'en vient qu'une, à la bonne heure ; si elles viennent toutes deux, encore mieux; notre cour n'en sera que plus grande. Ce sera là que j'aurai* moyen de savoir plus fidèlement et plus certainement ce qui se fera en l'armée, et alors vous verrez que je n'ai pas oublié le soin que vous avez eu de m'écrire quand j'étois en Normandie. J'écris un petit mot à M. du Bouillon à Caen, pour le prier de recevoir une méchante rente de cinq cents livres, dont le terme est échu depuis le seizième du présent mois, et les vous envoyer. Vous me ferez, s'il vous plaît, l'honneur de les prendre, et en bailler à M. Ycart ce qu'il vous demandera , et le reste vous me le ferez tenir par la première commodité. Vous voyez. Monsieur, comme j'abuse de vous; mais je sais votre courtoisie générale envers tout le monde, et votre bienveillance particulière en mon endroit ; c'est ce qui
7. Ce paragraphe a disparu du manuscrit autographe. Lettre 916. — i. Malherbe a effacé le devant moyen; à la fin de la ligne il a ajouté après coup plus, devant certainement.
me fait si libre ou, pour mieux dire, si effronté. Vous m'en excuserez, s'il vous plaît, et aviserez si en quelque chose je serai capable de revanche :jusques ici je m'engage toujours, et accrois le nombre des dettes ; mais la fortune peut faire un plus grand miracle que de me donner de quoi en payer, sinon tout, pour le moins une partie. J'en prie Dieu de tout mon cœur, et vous, Monsieur, de me conserver en vos bonnes grâces, et me croire toujours votre très-humble et très-obéissant serviteur.
' 217. — A Aix, ce 23' novembre.
Monsieur, je me réserve à vous remercier de bouche de tant de bons offices que je reçois de vous ; je pense être en chemin devant qu'il soit huit ou dix jours : tout ce que j'attends, c'est que le Roi soit avancé vers Paris, afin qu'à tant d'autres incommodités je n'ajoute pomt celle d'être mal logé, ce qui ne poun'oit être autrement si je m'embarrassois dans le gros de la cour. M. de Savoie est auprès du Roi ; mais des cérémonies de cette réception et de ce qui s'y est passé, il faudra que vous le sachiez de M. de Valavez, qui y a été continuellement; pour moi, l'âge et la saison me font désormais éviter les courvées qui ne sont point nécessaires. Je vous supplie. Monsieur, si l'on m'envoyoit l'argent de Normandie, en bailler à M. Ycart ce qu'il a fourni pour moi, et me garder le reste à mon arrivée à Paris. Je vous ai des obligations, des offres que vous me faites, si grandes que je ne vous en saurois exprimer le ressentiment. Cette démonstration de* bonne volonté me sera toujours devant les yeux.
Lettre a 17. — i. Les mots démonstration de sont écrits au-dessus de la ligne.
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57a LETTRES A PEIRESC.
jusques à ce que la fortune m'ait donné quelque moyen de m'en revancher. Je vous supplie y ajouter encore cette faveur de faire tenir à M. Ycart ce paquet que je vous adresse, et à Mme Jouan une lettre que je lui écris pour me tenir ma chambre prête au vingtième^ du mois prochain. J'espère, Monsieur, en ce temps-là n'être pas loin de vous, et vous dire avec plus de paroles ce de quoi je ne puis à cette heure vous entretenir; cependant vous me conserverez, s'il vous plaît, en vos bonnes grâces, comme votre serviteur très-humble et très-obligé ,
Malherbe.
Monsieur, excusez encore cette importunité ; si M. Ycart a besoin de quelque recommandation en mon affaire, je vous supplie très -humblement l'assister de la vôtre envers les amis que vous avez au conseil.
» « a 18. — A Paris, ce lo* de décembre,
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Monsieur, il y a si longtemps que je ne vous ai écrit, que je ne sais si vous connoîtrez ma lettre ; la paresse en est une cause, mais les affaires sont la principale. J'ai si peu accoutumé d'en avoir, que la moindre que j'aye ne me permet aucun divertissement. Monsieur le Cardinal * m'a promis toute sorte de faveur ; vous pouvez penser si j'en dois espérer bonne issue. Sitôt que j'en serai hors, je m'en vais lui rendre en rime ce qu'il m'aura prêté en prose. Je suis vieil, et par conséquent contemptible aux
2. Malherbe a corrigé quinzième en vingtième^ et trois lignes plus loin, pourrais en ne puis.
Lettre 218. — i. Le cardinal de Richelieu. Voyez tome I, la Notice biographique^ pages xxix et t.
LETTRES A PETRESC. 578
Muses, qni sont femmes; mais en son nom je crois que je ne leur demanderai rien qu'elles ne m'accordent. Quoi que je die et que j'écrive de lui, je pourrai bien le satisfaire, mais moi jamais. Je lui donnai, il y a environ un mois ou cinq semaines, un sonnet que je vous envoyé'; vous m'en direz votre avis : aussi bien n'avons-nous point de nouvelles. Vous avez su le congé donné à Barradas*. Nous avons un Saint-Simon*, page de la même écurie, qui a pris sa place. Le Roi, mécredi dernier, le présenta à la Reine sa mère. C'est un jeune garçon de dix-huit ans ou environ' . La mauvaise conduite de l'autre lui sera une leçon, et sa chute un exemple de faire mieux. J'ai ouï dire à Mme la princesse de Conty qu'elle avoit vu qu'un jour le Roi, par caresse, lui jeta quelques gouttes d'eau naffe* au visage dans la chambre de la Reine. Il se mit en telle colère, qu'il sauta sur les mains du Roi, lui arracha ce petit pot où étoit l'eau, qui étoit un pot de porcelaine, et le lui cassa, à ses pieds : ce n'est pas là l'action d'un homme qui voulût mourir dans la faveur. Bais, son oncle, du déplaisir qu'il a eu de son éloignement', est mort deux jours après. Je crois que le principal sentiment qui le porta à cette extrémité fut qu'il avoit répondu pour lui de quinze ou vingt mille écus*. Monsieur le Cardinal a été cinq ou six jours à Grosbois; il en revient demain; il se porte bien, grâces à Dieu. Vous
a. Voyez tome I, pièce xcix, p. aya.
3. François de Barradas, premier écuyer de la petite écurie. Voyez les Mémoires de Richelieu, livre XVII, année 1626, vers la fin.