‹ Œuvres complètes;Chapitre 409 sur 436 · PIÈGES SANS DATE · texte numérisé non relu

PIÈGES SANS DATE

ce qu'il a voulu ; mais on dit que le Roi ne se trouva pas bien disposé. Pour Mlle de la Haye, le Roi n'a vu ni eUe ni sa fille, dont elle est infiniment affligée.

Monsieur le connétable a dit franchement au Roi qu'il ne pouvoit consentir au mariage de son fils avec Mlle de Verneuil, à cause du mal qu'en dit la Reine à Madame la marquise. Pour Mlle de Vendôme, il la voudroit bien, mais on doute que le Roi ne la destine ailleurs. Je vous en ai écrit ci-devant.

Mme de Mercœur, avec cette même liberté, a dit qu'elle supplioit très-humblement le Roi de ne lui parler plus du mariage de M. de Vendôme avec sa fille , parce qu'elle n'en vouloit point entendre parler, et que de la forcer c'étoit chose à quoi elle ne pouvoit résoudre. M. de Sully, qui prétend cette chose , lui remontra qu'il faudroit donc payer les cent mille livres de dédit. Elle a répondu que tout son bien est au Roi , qu'il en fera comme bon lui semblera, et qu'elle se contentera que le Roi lui laisse et à sa fille de quoi vivre.

M. le comte de la Rocheguyon perdit l'autre jour cent mille écus contre M. le prince de Joinville et M. de Termes. On lai fera composition, mais il y en coûtera toujours trente ou quarante mille écus.

Sa mère , Mme de Guercheville , étoit malade à Fontainebleau. Si elle sait cette nouvelle, c'est pour la faire mourir. On dit que la Reine la lui a dite.

Je vous supplie de faire mes humbles recommandations à M. du Périer et lui montrer ce billet; car nous n'avons autres nouvelles.

les comptes de la maison du Roi pour l'année i6i5, comme jouissant d'nne pension de quinze cents livres.

584 LETTRES A PKIRESC.

III * . Le Roi étant hier après dîner aux Tuileries , dit qu'il boiroit volontiers du cidre ; on en alla tout aussitôt quérir chez le comte de Thorigny ^ : cependant il continua de jouer dans les allées. M. de Souvray et Monsieur le Premier demeurèrent à se reposer, attendant que le cidre fut venu. L'on apporta deux bouteilles et deux verres; M. de Souvray et Monsieur le Premier burent de l'une de ces bouteilles. Le Roi arrivant incontinent après , demanda s'il y avoit du cidre ; on lui dit qu'oui, et qu'il étoit fort excellent. Il demanda pourquoi on avoit bu devant lui ' ; M. de Souvray lui dit qu'on lui avoit laissé une bouteille à laquelle on n'avoit point touché : il fit mine de se contenter, puis demanda en quel verre ils avoient bu; on le lui montra. La fortune voulut que celui qui fit l'essai le fit en l'autre verre ; de sorte que le Roi, quelques remontrances que lui fît M. de Souvray que le feu Roi son père buvoit même avec les moindres soldats, ne voulut jamais boire. U y eut bien de la contestation ; enfin il ne but point, et s'en plaignit à la Reine. M. de Souvray fit aussi sa plainte : les conclusions furent au désavantage du Roi, mais elles ne furent pas exécutées.

Mardi au soir, le Roi se voulant coucher, M. le marquis d'Ancre commença à le détacher. M. de Souvray dit à un valet de chambre : « Détachez le Roi. » Il s'approcha, et se mit en devoir de le faire. Monsieur le marquis, sans rien dire, le repoussa tout doucement de la main, et continua de vouloir détacher. Le valet de

1 . Ce fragment, qni est au numéro 8 du tome II du manuscrit, est antérieur au mois de février i6i4, date à laquelle Concini fut nommé maréchal de France , puisqu'il est encore question de lui , comme marquis d'Ancre. Dans l'édition de Biaise il avait été inséré, avec le suivant, à la fin de la lettre du ly juillet i6i5.

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