t/ vous plaît est écrit en interligne
demie de coquilles d'or moulu de Flandres ; je vous en envoyé à cette heure une autre douzaine, malgré M. du Monstier, qui ne peut croire qu'il vous en faille tant que cela. Vous recevrez par ce même porteur six collets; s'ils ne sont de belle toile, la faute en est à Mme Choucart, car je lui reconmiandai qu'ils fussent de la plus belle; ma vue commence à se baisser et m'en empêche le jugement. Il y a pour quatre livres et demie d'or, et pour sept livres quinze sous de collets; ainsi j'ai encore de votre argent. Vous me manderez en quoi il vous plaît que je l'employé, et je vous servirai selon votre désir, et, si je puis, selon le mien. Adieu, Monsieur ; aimez-moi toujours et me tenez pour celui qui sera éternellement votre plus humble et plus affectionné serviteur,
Fr. ds Malerbe.
Monsieur, vous ferez, s'il vous plaît, avertir ma femme qu'il y a une lettre pour elle au paquet de Monsieur le premier président * .
ai. — A Paris, a* septembre.
Monsieur, mes lettres ne sauroient avoir meilleure recommandation que les nouvelles : voilà pourquoi, quand je n'en ai point, je suis assez paresseux à vous écrire; car de vous prier de m'aimer , je sais que vous le faites , et sais bien aussi que vous me faites cette faveur de croire de mon affection tout ce que mes paroles vous en sauroient représenter. J'écris à Monsieur le premier président peut-être quelque chose qui ne sera point ici ; vous l'apprendrez de lui. Mme la comtesse de Sault s'en
Lettre 10. — i. Ce paragraphe est au dos de la lettre.
va en Provence, pleine de lauriers ; elle remène Mme la marquise de Montlaur en son marquisat. Il faut avouer que une bonne cause est bien entre vos mains. M. de Montespan* a derechef gagné sa cause contre MM. de Romefort. Il y a dix ou douze jours que Ton pendit un fils d'un médecin des quartiers de Boisgercy ^ , pour avoir voulu tuer le président Forget '. Cette nouvelle est vieille, voilà pourquoi je ne vous en dis rien de particulier. J'ai encore de votre argent : mandez-moi si voulez encore de l'or ou des rabats. Adieu, Monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et vous supplie que j'aye toujours en votre amitié le lieu qu'y mérite celui qui est à jamais votre très-humble et affectionné serviteur,
Fr. de Malebbe.
Messeigneurs le Dauphin et d'Orléans sont à Noisy * ; le Roi les va voir demain. M. d'Orléans fut pris hier la nuit d'une petite fièvre; l'on tient que ce ne sera rien. La fenmie qui bailloit* le lait pour sa bouillie est
Lettre ai. — i. Antoine- Arnaud de Pardaillan et de Gondrin, seigneur de Montespan et d'Antin, lieutenant général au gouvernement de Guienne, chevalier des ordres du Roi, mort en 1624. Les terres de Montespan et d'Antin furent érigées en marquisats, l'une en 1612, l'autre en i6i5.
2. L'assassin ou prétendu tel, car il paraît qu'il n'avait fait que menacer le président, se nommait Lesterac, suivant l'Estoile. Il fut le jour même (le i3 août) a pendu et étranglé, jd Le Roi trouva fort mauvaise cette justice si expéditive, disant que c sa cour ne se hâtoit pas tant quand il étoit question de punir les assassins de Sa Majesté. »
3. Jean Forget, président à mortier au parlement de Paris, mort en 161 1, à soixante-douze ans.
4. On les y avait conduits de Saint-Germain, où il s'était déclaré une grave épidémie.
5. Malherbe avait d'abord écrit : « qui lui bailloit, » puis il a effacé lui.
morte de peste à Saint-Germain. Mme la marquise de
Verneuil s'en est retournée à Verneuil : elle attendit le Roi en cette ville ; il la fut voir une fois. Fortan , cet Espagnol qui avoit été en peine avec elle, a eu commandement de s'en aller dans dix jours hors du royaume, pource que le Roi a cru qu'il traitoit quelque chose avec l'ambassadeur d'Espagne. Il part aujourd'hui à deux heures, pource qu'il n'a plus que huit jours; il m'a fait voir son passe-port , qui est de hier premier de ce mois. Mme la comtesse de Moret est bien avec le Roi ; mais depuis trois jours on lui a ôté un jeune homme qui étoit son domestique , nommé Gillot ; il avoit été au comte de Gramont*. On a aussi défendu de la voir' à un gentilhomme breton, qui la hantoit fort, nonuné Grandbois; il est proche parent de Madame la Grand ' . Les inimitiés du sieur don Joan ' et du sieur Conchin ne se réconcilient point. Il y a un noirmié Jean-Paul Guerre eu prison, pour être soupçonné d'avoir voulu tuer le sieur Conchin. L'écuyer du sieur don Giovan*", l'allant visiter en prison, y a été retenu sur ce qu'il offrit vingt écus au geôlier pour le laisser parler à lui. 11 y a un jeune homme qui vint à Monceaux trouver le Roi pour le supplier que par son moyen il fût rétabli en la société des Jésuites, de laquelle, après y avoir été quatre ans, il a été banni pour
6. Antoine de Gramont, vice-roi de Navarre, mort en août i644* Il fut créé duc et pair en i643.
y. De la voir est écrit en interligne.
8. Anne de Bueil, femme de Monsieur le Grand (M. de Bellegarde).
9. Jean de Médicis, fils naturel de Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane, né eu iSfij, mort en i6a4. Il avait suivi en France sa nièce, Marie de Médicis. Henri IV le traite de cousin dans ses lettres. — Malherbe l'appelle don Giovan trois lignes plus loin, et ailleurs don Juan et don Jouan.
10. Après don Giovan, Mallierbe avait écrit est awai^ qu'il a ensuite biffé.
MAJLUBitBB. ui 4
5o LETTRES A PEIRESC.
avoir falsifié la signature de son général. Tout cela n'est
*^°' rien, mais ce qui en a fait très-grand bruit, c'est qu'il dit qu'il est fils du Roi et d'une damoiselle de Béarn, qui " le fit porter en la frontière d'Espagne tout aussitôt qu'il fut né ; le Roi ne se souvient point d'avoir jamais vu cette damoiselle. Cet homme est fort simple, âgé d'environ vingt-sept ou vingt-huit ans, la barbe et les cheveux noirs , le teint fort délié ; il fut dès l'heure mis entre les mains du grand prévôt. Je ne sais s'il y est encore, car on n'en parle plus. Les financiers ont fait leur paix. Le sieur don Joan fait parler du mariage de la comtesse de Chemilly".
aa. — Paris, ce 24® septembre.
Monsieur, je suis à demi en colère contre vous. Vous ne me sauriez mieux offenser que de me faire croire que vous m'avez oublié ; par dépit vous n'aurez point de nouvelles. Si vous en voulez savoir, M. de Caldagnes, qui est porteur de cette lettre, vous dira ce que nous en avons : il n'y a rien de plus frais que la mort de M. de Meslé*. Nous avons ici des dyssenteries, mais nous sommes pires que le mal. La Reine a eu, durant une semaine, un flux de ventre, et ne s'est laissé voir à qui que ce soit jusques à hier, que les princesses la virent. Je me repens de vous en avoir tant dit; mais je ne suis pas si marri, comme j'en fais le semblant. Puisque vous ne me voulez mander à quoi vous voulez que j' employé le reste de votre argent,
1 1 . Malherbe avait d'abord écrit : c qui l'ayant eu le fit tout aussitôt porter en la frontière. » Les mots d'Espagne sont en interligne.
12. Jeanne de Scépeaux, fille de Guy de Scépeaux, comte de Chémillé et duc de Baupréau. Il en sera reparlé plus loin.
Lettbe aa. — i. Louis d'Angennes, marquis de Maintenon, baron de Meslay, chevalier des ordres du Roi.
LETTRES A PEIRESC. 5i
je vous envoyerai des aiguillettes par le sergent Louis. M. du Périer triomphe de gouverner le Roi. Vous l'aurez bientôt en Provence, et moi quand Dieu voudra. Partout, Monsieur, je suis votre très-affectionné serviteur.
a3. — A Paris, ce 7* octobre.
Monsieur, si c'étoit un autre que M. du Périer qui s'en allât en Provence, vous n'auriez point de lettre de moi. Vous ne m'écrivez point; voilà pourquoi je vous veux rendre la pareille, afin que la faim d'avoir non de mes lettres, mais des nouvelles, vous range à la raison, et malgré vous vous oblige à me donner ce contentement. Le porteur est trop bien informé de toutes nos nouvelles et est trop éloquent, pour vouloir rien ajouter à sa suffisance. Vous n'aurez donc autre chose de moi, sinon la prière que je vous fais et que je vous ferai toujours de m'aimer et me tenir pour votre très-humble et affectionné serviteur.