‹ Œuvres complètes;Chapitre 58 sur 436 · C est pourquoi est en interligne · texte numérisé non relu

C est pourquoi est en interligne

3. Jean des Rolands de Reauville, premier président de la chambre des comptes du parlement de Provence.

4- Par la vente de la charge vacante. Voyez plus haut, lettre 27, p. 56.

rens avoit l'état dont il étoit qpiestion. A quoi tout le monde, par complaisance ou autrement, s'étant accordé, je répondis-, avec ma liberté accoutumée , que je croyois que le Roi, ayant une fois désobligé M. de la Ceppède en faveur de M. le comte de Soissons, qui avoit intercédé pour Reauville , il étoit vraisemblable qu'à ce coup il le voudroit gratifier; que si la chose se décidoit par mérite, il y auroit de Timpudence en qui que ce fût de ses concurrents * de lui débattre une charge qu'il entendoil mieux que nul autre, et où le long exercice qu'il en avoit fait sembloit lui avoir acquis quelque droit; et que si le plus offrant étoit préféré, comme la condition du siècle et les langages que le Roi avoit tenus donnoient occasion de le penser, je croyois qu'il en bailleroit plus que nul autre , comme y étant le plus intéressé. Sur quoi ayant été répondu que les autres avoient les reins plus fermes que lui , je répliquai que ce qui ne seroit en sa bourse se trouveroit en celle de ses amis, et que je ne pensois point qu'il y eût , non pas à Aix , mais en Provence, un honnête homme qui ne lui ouvrît la sienne, et en cette occasion et en toutes; et là -dessus Dieu sait ce que je dis de sa courtoisie et de sa gracieuse façon d'obliger tout le monde; de quoi, pour mon particulier, je m'étois ressenti autant de fois que j'en avois eu besoin. II ne me souvient pas en quelle autre part j'ai ouï faire mention de cette affaire ; mais je sais bien qu'autant de fois qu'il s'en est parlé en ma présence, j'en ai toujours tenu le même langage. Le Roi étant venu à Paris, la chose fat résolue. J'étois allé d'aventure ce matin-là au Louvre,

5. Malherbe avait d'abord mis compétiteurs y qu'il a effacé pour écrire concurrents au-dessus. De même, six lignes plus bas, sur quoi a remplacé là-dessus ; treize lignes après , la chose a été substitué à elle; et à la seconde ligne de la p. 7a, tout à la chose.

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^a LETTRES A PEIRESC.

où, ayant rencontré un grand aux degrés, j'appris de lui

'^°^ comme tout s'étoit passé. De là je m'en revins dîner chez M. le comte de Sault, où il y avoit bonne compagnie. Cependant que nous étions à table, M. de la Costa y arriva et se vint mettre derrière Monsieur le comte, qui lui dit quelque chose à l'oreille, et j'y ajoutai : « Ce que vous a dit Monsieur le comte est véritable ; de quoi je me réjouis de tout mon cœur. » Il y avoit là un homme de Mme la comtesse de Sault, par qui je faisois compte de mander cette nouvelle à M. de la Ceppède; mais il avoit les bottes aux jambes, de sorte qu'il ne me put donner le loisir qu'il m'eût fallu pour faire ce compliment avec soin. Le lendemain, si je ne me trompe, il partit un messager ; mais puisque je n'avois pu être le premier à lui donner cet avis, je ne me souciai pas d'être le second, et me contentai de l'écrire à ma femme ; ce que je fis avec des paroles qui témoignoient bien le contraire de ce que cette belle et bonne damoiselle, ou plutôt qui n'est ni l'un ni l'autre, avoit dit à Mlle de la Coste. Je me puis donner cette vanité, que tout ce qu'il y a d'éminent en France, j'entends de ceux qui me connoissent, me fait cet honneur d'estimer et désirer mon amitié. Je crois que M. de la Ceppède en fait de même ; et pour moi, depuis que j'ai le . bien de le connoître, j'ai toujours fait un cas fort particulier de la sienne, non-seulement pour ses mérites, en quoi, sans cajolerie, je le préfère à de bien plus honnêtes gens qu'à ses compétiteurs, mais encore pour quelque inclination qu'il m'a semblé avoir à me vouloir du bien. Je ne crois pas que cette calomnie si sotte et si lourde r empêche de continuer; et voudrois que dès demain le Roi me donnât quelque chose de bon en vos quartiers, pour avoir occasion de recourir à lui. Je m'assure qu'il y a peu d'hommes à qui plus volontiers il fît un bon office qu'à moi ; comme de ma part je vous jure que je ne le

pourrai jamais servir que je ne lui confirme mes paroles ~ avec des effets qui ne lui laisseront aucune occasion de douter du pouvoir qu'il a de me commander*. C'est là, Monsieur, tout ce que je vous en puis dire ; et encore qu'il y en ait assez pour vous ennuyer, si vous y ajouterai-je qu'autant de fois que je balance en moi-même qui aura mes os de la Normandie ou de la Provence, une des considérations principales qui me tire vers la Provence, c'est la douceur de sa conversation. Je ne puis quitter ce discours, par où vous connoîtrez combien cette imposture m'a touché au cœur.

Je me suis bien moins troublé de ce que vous m'écrivez qu'il a plu du sang à Aix et en quelques autres endroits circonvoisins ' . Les histoires sont pleines de semblables accidents, mais avec tout cela il est malaisé de me le persuader ; s'il étoit arrivé si souvent, il ne seroit pas possible que de tant de fois une il ne se fût fait à la vue du monde, et qu'il n'y eût eu quelque collet d'homme ou couvre-chef de femme qui en eût reçu' quelque goutte. Ces esprits que l'on tient être ordinairement parmi nous ne font pas toujours des actions sérieuses ; ils s'amusent parfois à des nigeries : je pense que ceci en est aussi bien une comme ce que je vis il y a quinze ou seize ans en nos quartiers de la basse Normandie. Il s'y coula un bruit parmi le peuple que dans les coittes ' des lits il y avoit des

6. Malherbe avait commencé par écrire sur moi, qu'il a rayé pour mettre au-dessus : a de me commander. » Il y a aussi plusieurs corrections à la phrase suivante ; les verbes étaient d'abord à d'autres temps : y'at balancé, qui aurait, tirait, c'était.

•j. Voyez Bouche, Histoire de Provence, tome II, p. 344> — Peiresc fit un mémoire pour prouver que cette prétendue pluie de sang n'était autre chose que des excréments d'une certaine espèce de papillon. Voyez sa vie par Gassend, p. m.

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