‹ Œuvres complètes;Chapitre 74 sur 436 · De Paris, ce 19* de juillet · texte numérisé non relu

De Paris, ce 19* de juillet

Monsieur, vous n'avez point eu de mes lettres depuis quelque temps, pource que j'ai été à Fontainebleau , où je n'ai vu ni messager de Provence, ni personne qui allât en ces quartiers-là. Voici la première commodité que j'ai recouverte, que je prends pour vous assurer que je n'en

perdrai jamais une de vous témoigner le soin que j'ai que

°^ vous me continuiez votre amitié; il faut que je la mérite comme je puis, ne pouvant la mériter comme je veux. J'ai peur que nos nouvelles ne vous soient vieilles, pource que je ne vous puis rien écrire que des noces de M. de Vendôme, qui furent faites il y aura mardi prochain quinze jours * . Toutefois les particularités , que possible vous n'avez pas sues d'ailleurs, vous pourront être agréables. Ji' épousée et le reste des dames furent si longtemps à se parer, que la messe ne se dit que sur les cinq heures'; elle avoit un manteau ducal et une couronne ducale. Ce manteau ducal étoit de veloux cramoisi violet, attaché sur les épaules avec des nœuds de pierrerie ; il étoit doublé d'hermines sans aucunes fleurs de lis ; la queue en étoit longue d'environ trois aunes ou un peu davantage*. La couronne ducale étoit toute de pierrerie, c'està-dire diamants ; car d'autres pierres, il ne s'en parle du tout plus; elle pouvoit avoir quatre doigts de haut et autant de diamètre. Sa robe étoit de toile d'argent, et n'en paroissoit que le devant, qui étoit tout couvert de gi'andes enseignes de pierrerie * . La compagnie partit de la chambre de la Reine*, où la mariée, accompagnée de

Lettre 4fi' — i. Le 7 juillet.

2. Peiresc a complété les renseignements que lui donnait Malherbe en intercalant dans la lettre même quelques détails et en ajoutant des notes au bas de la dernière page. Ici il a écrit au-dessus de la ligne : « du soir par M. de Paris. » — Henri , cardinal de Gondi , évêque de Paris de iSgS à 1622.

3. Peiresc a ajouté au-dessus de la ligne : « large de deux lés de velours et ronde par le bout. «

4. « Enseigne de pierreries se dit d'un ornement où plusieurs pierreries sont enchâssées. » {Dictionnaire de Trévoux.)

5. Peiresc a mis en note au bas de la lettre : « La Reine ne fut pas à la messe, parce qu'elle avoit été fort travaillée d'une colique les jours précédents et ne s'en trouvoit pas encore bien. »

toutes les dames qui dévoient assister à la cérémonie, l'étoit allée trouver. On descendit par le degré du quartier de la Reine. Les Suisses et autres gardes faisoient une haie des deux côtés, jusques à une barrière qui étoit dressée à l'entrée de la chapelle. Le Roi, extrêmement paré de pierreries et plus de bonne mine, avec une cape, un bonnet et un bas attaché', menoit la mariée du côté droit'. Monsieur le Grand, aussi fort paré, la menoit du gauche ; Mlle de Vendôme portoit la queue de la mariée; après, marchoient Madame la Princesse', Mme la princesse de Condé, Mme la princesse de Conty, Mme la comtesse de Soissons , Mme de Guise, Mme de Luxembourg', Mme de Sully et Mme de Rohan*'. Ces deux dernières marchoient ensemble, pource que le rang appartenoit à Mme de Rohan, qui ne voulut pas laisser sa mère derrière. Toutes ces dames avoient des mantes de gaze noire rayée les unes d'or et les autres d'argent, rattachées et couvertes partout d'un nombre infini de pierreries ** ; Madame la Princesse et Mme de Guise en

6. Le bas attaché ou bas d'attache était un bas qu'on attachait au haut-de-chausses avec des rubans ou des aiguillettes.

Page 1