Malherbe avait d'abord mis : rien de semblable
mais vendredi au soir elle arriva en cette ville, pour être plus près de ses amis. Quoi que c'en soit, elle ne s'est point encore montrée, et beaucoup de gens la croyent encore au Havre ; mais la vérité est qu'elle est ici . Ce sera de la besogne pour le Roi, quand il viendra, de démêler cet écheveau. H y a deux jours que nous avons perdu M. Laurens le médecin*, qui est fort regretté. Le Roi n'a point encore pourvu à sa charge. On croit que ce sera un M. Petit, médecin de Gien-sur-Loire, ou bien un M. Milon, de Poitiers ', qui lui succédera. Je n'écris point à M. le premier président du Vair, pource qu'il est aux champs; je me servirai, pour cette fois, de son absence pour servir d'excuse à ma paresse, mais le premier qui partira lui portera de mes lettres et à M. le premier président de la Ceppède. Vous leur baiserez, s'il vous plaît, bien humblement les mains de ma part. J'oubliois à vous dire la nouvelle des nouvelles : c'est que Mme la princesse de Conty est grosse; de quoi je me réjouis de tout mon cœur, pour le contentement de cette vertueuse princesse*", qui m'oblige tous les jours par une infinité de témoignages de sou affection. Adieu, Monsieur : je vous baise bien humblement les mains, et prie Dieu qu'il vous ait en sa très-sainte et très-digue garde. Votre très-humble serviteur.
8. A. du Laurens, premier médecin du Roi, dont nous avons parlé plus haut, lettre 1 5, p. 35, note i3.Il fut pendant quelque temps remplacé par Petit, qui demanda bientôt son congé, « aimant mieux, dit l'Estoile , gouverner à Gien son compère le savetier et boire librement avec lui, que de courtiser et gouverner les dieux de la cour. »
g. Pierre Milon, premier médecin du Roi, mort en i6i6.
lo. Mme de Conty était la protectrice de Malherbe, qui en parle toujours avec respect et affection; mais il ne faut pas en croire le poëte quand il vante la vertu de la princesse. Voyez Tallemant des Réaux, Historiette de la princesse de Conty y tome I, p. 78.
LETTRES A PEIRESC. io3
5i. — A Paris, ce a3* d'août.
Monsieur, je vous écris si souvent que je m'épuise de paroles et de nouvelles. La guerre de Clèves avoit donné quelque espérance à nos braves d'employer leurs courages et leurs épées, et aux curieux d'avoir de quoi s'entretenir; mais nous sommes tous* à sec de ce côté-là. M. de Nevers a été reçu par l'Empereur en ses demandes, tellement que l'on nous a mis ' hors d'intérêt. La saison de Mars est passée, nous sommes en celle d'Amour, qui règne fort absolument. Ils ne valent tous deux rien; mais encore le beau-fils vaut mieux que le beau-père. Je vous avois écrit dernièrement que le sieur de Courtenay filesneau avoit tué un monde de gens en sa maison ; mais enfin il s'est trouvé qu'il n'a tué que ce la Rivière, qu'il soupçonnoit d'adultère avec sa femme, et un portier qui fut un peu long à lui ouvrir la porte, et lui donna la peine de la rompre. Tandis que l'on employa le temps à cela, la dame descendit' par une fenêtre, et au travers des fossés du château se sauva au village chez un greffier; le galant en pensa faire de même , mais il fut tué à coups d'arquebuse dans le fossé. On parle d'une damoiselle qui eut le bras coupé ; les autres disent qu'elle est seulement blessée à l'épaule. Les parents du mort, qui sont grands et en grand nombre, en veulent avoir raison, et disent qu'il a été tué botté et éperonné, et par conséquent innocent ; mais il sera malaisé qu'ils le fassent croire avec une si foible raison : je m'en rapporte à ce qui en est.
Lkttbk 5 1 . — I . Nous lisons ainsi , sans être tout à fait sûr de bien lire, un mot ajouté après coup, dans l'interligne.
a. Il y avait d'abord : t nous sommes Ijors d'intérêt, » ce que Malherbe a corrigé en « l'on nous a mis. »
3. On lit dans l'autographe : a se descendit. » Descendit est dans l'mterligne, au-dessus de a se sauva; » sauva seul est effacé. A la fin de la phrase les mots dans le fossé sont aussi écrits entre les lignes.
io4 LETTRES A PEIRESC.
Mais tant y a que nos dames sont fort en alarme, et que si Courtenay vient ici, elles ne solliciteront pas pour lui. Je vous avois écrit que M. Laurens étoit mort, et que sa charge étoit destinée ou à un M. Milon de Poitiers ou à M. Petit d'Orléans. Le Roi s'est arrêté à M. Petit; il s'en est excusé; mais on a renvoyé vers lui, et le Roi même, de sa main, a écrit au-dessus : A Monsieur Petit ^ mon premier médecin. J'ai aujourd'hui eu l'honneur de dîner avec Mme de Guise, qui a gagé une discrétion avec moi que M. de Guise ne feroit rien en son voyage* . Je crois qu'elle a autant d'envie de perdre que moi de gagner. Je vous prie. Monsieur, me mander, quand il sera de retour, quel en aura été le succès*. Je ne sais plus que vous dire, sinon que le bruit de la grossesse de Mme la princesse de Conty s'augmente. Mme de Guise ne l'ose pas assurer; seulement elle m'a dit qu'il y en a des apparences. Il s'en bruit autant de Madame la Princesse, mais je n'en crois rien. Mme de Verneuil est allée à je ne sais quels bains en Auvergne. Mme de Moret est à Moret ; le conte dit que le Roi alla pour coucher avec elle, il y eut jeudi quinze jours, et qu'elle ne lui voulut jamais rien permettre, si bien qu'il se fâcha à bon escient; tant y a qu'elle partit le matin même et s'en alla à Moret, où elle est encore. La reine Marguerite a été cinq ou six jours à Monceaux passer le temps; l'on tient qu'elle revient aujourd'hui. Nous attendons de jour à autre que les nouveaux édits' sortent; l'expectation en est grande, pour une infinité de particuliers règlements sur les habits des personnes, selon leurs conditions. Hier le carrosse de Mme la comtesse de Sault partit de cette ville pour aller