‹ Œuvres complètes;Chapitre 86 sur 436 · A Paris, ce 19* d'octobre · texte numérisé non relu

A Paris, ce 19* d'octobre

Monsieur, comme ne m'ennuieroit-il de ne recevoir point de vos lettres, puisqu'il m'ennuie de ne vous avoir point écrit ? Le savetier de la Madeleine est le dernier, à mon avis, par qui vous avez eu de mes nouvelles. Je répondis par lui à tout ce que vous me mandiez, sinon au fait des lunettes de Hollande , parce que M. de Valavez

4. Madeleine de l'Aubespine de Chasteauneuf , mariée (iSgS) à Jean Olivier, seigneur de Leuville, morte en 161 3. Elle était non point sœur, mais belle-sœur de Charles Olivier, abbé de Fontenay.

se chargea de la commission. Il vous aura écrit ce qui en fut résolu, mais il sera malaisé qu'elles soient telles que celles qui viennent du pays où l'invention s'en est trouvée ; encore les hollandoises ne sont pas toutes également bonnes*. J'ai ouï entre autres faire cas de celles de la Reine; mais ce qui se fait pour les dieux se fait avec plus de soin que ce qui se fait pour les hommes. Quoi qu'il en soit, les vôtres ne seront point des communes. Vous aurez su comme depuis huit ou dix jours les sceaux ont été sur le point de changer de main, et tient-on que le Roi avoit autant envie de les donner à M. le président Janin comme de les ôter à celui qui les a ; tant y a que les choses ne sont point passées plus avant. Je n'en ai rien su de bien particulier, sinon que M. de Villeroy ' ayant demandé plusieurs fois son congé au Roi, il lui dit enfin : « Eh bien, je le vous donne, mais emmenez avec vous ce larron de chancelier ' et ce fou de Pisieux. » Le président Janin est fort bien avec le Roi, et tous les soirs le Roi l'envoyé quérir pour lui communiquer ce qui s'est proposé au Conseil, et s'en résoudre avec lui. Quand je vous parle de conseil, j'entends celui qui se tient chez le Roi, où il n'y a que M. de Sully, Monsieur le chancelier et M. de Villeroy, et nul autre. Le Roi y a toujours fait appeler M. le président Jraiin ; mais pour ne donner sujet de jalousie, il n'y a jamais voulu aller : aussi n'en avoit-il que faire, puisqu'il savoit de si bonne main ce qui s'y faisoit. Durant que les choses ont été en cette alarme, tout le monde

Lettre 53. — i. Les lunettes à voir de loin avaient été inventées à Middelbonrg en 1608. Voyez le Mercure français, tome I, p. 338 v°.

2. Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, secrétaire d'Etat sous Charles EX, Henri III, Henri IV et Louis XIQ, mort en 1617.

3. Voyez sur ses friponneries l'Estoile, octobre 1609, Son fils était Pierre Brûlart, marquis de SUlery, vicomte de Puisieux, secrétaire d'État, mort le aa avril i64o.

iro LETTRES A PEIRESC.

se dispensoit déjà de parler et d'écrire, et entre autres il

^ ^ ** ^ m'arriva vendredi dernier que, revenant à mon logis, mon hôtesse me bailla un paquet dont la couverture s adressoit à moi, etdedans j'y trouvai une requête au Roi, qui semble faite contre Monsieur le chancelier. Au style, je reconnus tout aussitôt que c'étoit de l'ouvrage d'un Provençal; et si par conjecture il est permis d'en deviner l'auteur, je crois que c'est celui même qui avoit fait ce beau discours de la Justice aux pieds du Roi'* . Je vous envoyé l'écrit tel que je l'ai reçu, non la copie, mais l'original même, afin que vous en puissiez mieux juger ; je ne sais pourquoi ce paquet me fut adressé. Si c'étoit pour le faire voir, le pauvre homme a perdu sa peine, pource que je vous jure qu'il n'a bougé de dessus ma table que jusques à ce que je l'ai mis dans ce paquet. Je vous envoyé aussi une inscription que M. de Sully a faite et montrée au Roi pour mettre à la nouvelle ville de Henrichemont* . Je ne sais pas ce que le Roi en aura pensé ; mais tout le monde trouve le langage extrêmement haut et bien convenable à ce qu'il dit dernièrement à la reine Marguerite, qu'elle étoit, comme tout le reste de la France, sous sa jurisdiction, et qu'il n'y en avoit que trois qui n'y fussent point, le Roi, la Reine et Monsieur le Dauphin. Ainsi peuvent parler les heureux comme il est ; mais c'est ne se souvenir pas de ce que peut la fortune, et de ce dont elle le menaça l'hiver passé. Quoi

4. La Justice aux pieds du Roy, pour les parlements de France (par Ant. de Bandole, dont il sera parlé plus loin), 1608.

5. C'est la ville dont il a été question plus haut, lettre 43, p. 86, note 12. L'Estoile, après avoir rapporté cette inscription, « trouvée bonne des uns, dit-il, et des autres non ; de moi, pure fadaise, flatterie et jactance ridicules, » ajoute qu'elle devait être a mise en marbre sur le portail de la ville de la souveraineté de Boisbel. » — Nous la donnons à la suite de cette lettre, d'après la copie que Malherbe en avait faite de sa main.

LETTRES A PEIRESC. m

qu'il en soit*, il sert bien le maître, et en cette qualité il ne peut clouter d'être avoué. Hier se fit le mariage de M. le marquis de Rosny et de Mlle de Créquy. Pour vous en dire davantage, il faudroit plus de papier. Adieu. Marc- Antoine vous fera voir des vers que j'ai faits pour le Roi '; il les a si extrêmement loués, que je crains qu'il ne pense que nous soyons quittes : ce n'est pas là comme je l'entends ; car s'il trouve des vers qu'il m'a conunandés de nouveau aussi bons que les précédents, je suis résolu de lui parler de grille ', c'est-à-dire d'une pension. Il m'a tant de fois dit qu'il me veut faire du bien, que je crois qu'il ne s'offensera point de ma requête, et puis je la ferai accompagner de la recommandation de la Reine, et en ma présence, afin que je sache à qui avoir l'obligation du succès. Adieu, Monsieur: aimez-moi heureux ou malheureux ; car, et l'un et l'autre, je serai toujours votre serviteur très-humble et très-affectionné.

INSCRIPTION POUR LA TIIXE DE HEITRICHEMOirr.

L'an 1609 de la mort d'un seul pour le salut de tous, le vingtième du règne plus fleurissant de Henri, IV" du nom, monarque des François , roi des batailles , toujours auguste et victorieux, père et restaurateur de l'état de la France, et de la paix au monde , au troisième mois de Tan , dont le nom est sacré à sa mémoire , Maximilian de Béthune, duc de Sully, marquis de Rosny, sire d'Orval, prince souverain de Boisbel,

6. L'édition de Biaise et le manuscrit Fortia donnent quoi qu'il en soit, que M. Bazin a corrigé en quoi quily ait. Il y a aujourd'hui à cet endroit, dans l'autographe, un trou qui empêche de trancher la question.

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