‹ Œuvres complètes;Chapitre 95 sur 436 · Gentilhomme ordinaire du Boi · texte numérisé non relu

Gentilhomme ordinaire du Boi

9. L'exempt des gardes, la Chaussée, était accompagné d'un archer, mais c'est de la Chaussée lui-même que Malherbe veut parler ici.

Prince à Landrecy, où il pria le gouverneur de l'arrêter; ce qu'il fit. Mais ce que l'on croyoit qu'il fit pour gratifier le Roi, c'étoit pour attendre les troupes que l'Archiduc*" envoya tout aussitôt pour accompagner Monsieur le Prince, qui fut une compagnie de gens de cheval et deux de pied. Monsieur le Prince est allé à Breda, où il étoit à la dernière nouvelle que l'on en a eue. 11 ne passa point à Bruxelles, et n'a point vu l'Archiduc. Madame la Princesse fut à Bruxelles, où M. de Praslin parla à elle et l'y laissa attendant cinq ou six carrosses que l'Archiduchesse lui envoya pour aller trouver Monsieur son mari **. M. de Praslin cependant continua son chemin vers Monsieur le Prince. Quels langages ils eurent ensemble , il ne se dit point encore. On me vient de dire présentement que M. de Praslin étoit arrivé ; mais il est neuf heures du soir, de sorte qu'il n'y a point d'apparence d'en aller savoir des nouvelles. Demain nous les saurons tout à loisir; et s'il se présente quelque commodité de vous écrire, je les vous manderai tout aussitôt. Dieu sait comme les almanachs sont consultés sur ce sujet**; la plupart disent que les malavisés se ravisent; les autres parlent plus expressément, et disent qu'on reviendra d'un voyage entrepris par légèreté. Tant

10. Albert d'Autriche , gouverneur des Pays-Bas. Il avait épousé en 1589 l'infante Isabelle-Claire-Eiigénie, fille de Philippe H.

11. Pour aller trouver Monsieur son mari est écrit en interligne. 13. « En l'Almanach de M. Jason de Netlac, de ceste année 1609,

dit l'Estoile (29 novembre i6og), on y trouve la retraite de Monsieur le Prince , au commencement de décembre, comprise en ces quatre vers, ce que ce bonhomme d'astrologue peut bien avoir rencontré sans y penser :

Un prince valeureus et doué de prudence , Certioré d'un mal trouvera promptement Le remède certain, qui grand soulagement Causera par le temps aux peuples de la France. >

lao LETTRES A PEIRESC.

y a que Monsieur le Prince ayant pris le chemin de Hol-

°^ lande, comme il fait, il n'y a point d'apparence qu'il ait aucun mauvais dessein. Il fut pris il y a quelques jours un messager qu'il envoyoit par deçà, qui portoit quelques lettres et autres mémoires concernant ses affaires particulières, mais rien d'où l'on pût soupçonner rien de mal à propos *' . Il a écrit à Madame sa mère qu'il la prioit d'apaiser l'aigreur du Roi, et moyenner son appointement, pourvu que ce fût à son honneur. Il a écrit plus au long à M. de Thou** qu'à personne. Il faisoit quelque excuse à Monsieur le connétable de ne lui avoir pas dit adieu. Il écrivoit à M. le marquis de Cœuvres " qu'il étoit marri que Balagny de gentilhomme fût devenu prévôt, mais qu'il n'étoit pas de son gibier. M. d'Espernon est à Metz, qui a ôté de la citadelle le lieutenant de M. d'Arquien", pource qu'il dit qu'il est capitaine, M. d'Arquien son lieutenant, et par conséquent qu'il ne lui faut point de sous-lieutenant ; il a changé aussi quelques soldats : je le vous dis selon la vérité, afin que l'on ne vous fasse pas croire quelque chose de plus. Mme la princesse de Conty, étant en sa litière, il y a quatre on cinq jours, tomba, et se fit mal à la cuisse ; mais, grâces à Dieu, son ventre se porte fort bien. La Reine se porte fort bien de sa couche ; mais elle est fort maigrie. On lui parla hier de son ballet, à quoi elle répon-

i3. Malherbe avait d'abord écrit mauvais , qu'il a ensuite corrigé eu mal à propos.

14. Le président Jacques- Auguste de Thou , l'auteur de V Histoire universelle.

i5. François- Annibal d'Estrées , marquis de Cœuvres, puis duc d'Estrées, maréchal de France, mort le 5 mai 1670, à quatre-vingtdix-huit ans. — Une de ses sœurs avait été la seconde femme de Jean de Montluc, marquis de Balagny.

16. Antoine de la Grange, seigneur d'Arquien, commandant de la ville et de la citadelle de Metz.

LETTRES A PEIRESC. lai

dit que pour cette année il n'y auroit point de moyen, et qu'elle ne pourroit pas sortir qu'à la fin de janvier. La salle neuve de l'Arsenac fut étrennée dimanche dernier" d'un ballet que firent douze des galants de la cour; ils s'appeloient les fous armés : ils firent fort rire le Roi, combien qu'il ne soit pas en trop bonne humeur. L'on m'a aujourd'hui montré un quatrain, que je vous envoyé ; on dit qu'il est tiré des Centuries de Nostradamus : je vous prie , Monsieur, prendre la peine de voir si vous l'y trouverez. Il semble parler clairement de l'affaire qui est aujourd'hui sur le tapis *'.

Adieu, Monsieur ; je n'ai plus de papier que pour vous dire que je suis votre plus humble et plus affectionné serviteur.

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