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ACTE DEUXIÈME

Moi, chef des chevaliers, qui leur donne l'exemple, Dégradant mon écharpe , et manquant à mon vœu , A ce vœu que l'on fait aux dames comme à Dieu, Je sacrifie Agnès, dame de ma pensée, Et lui fasse défaut quand elle est menacée ! Non; quand j'ai pris le heaume en tète, j'ai juré De défendre ma dame, et je la défendrai; Et, quand j'aurai failli, j'aurai d'abord, Guillaume, Voilé mon écusson et déposé mon heaume.

GUILLAUME

Sire, en blâmant Richard, vous disiez maintes fois (^)ue les bons chevaliers ne font pas les bons rois.

PHILIPPE

Maintenant, le roi parle. — Il n'importe à ma cause

Que j'aie ou non commis le péché qu'on suppose.

J'ai péché, je le veux : entre l'Église et moi,

C'est un débat privé qui n'atteint pas le roi.

Qu'on juge le chi'ètien, et qu'on l'excommunie;

La peine se mesure à la faute punie.

— Mais sur tous mes sujets étendre l'interdit!

Tourner leur désespoir contre mon nom maudit 1

Par ce sombre calcul d'une vengeance oblique

Me contraindre à fléchir sous la haine publique !

<]'est attenter au roi; c'est l'usurpation;

€'est un immense appel' à l'insurrection.

Si je cède une fois, le mal est sans remède;

En toute occasion, il faudra que je cède;

Par un premier succès le saint-père alléché

Dans tout ce qu'on fera saura voir un péché ,

Et de l'appel au peuple , une fois efficace ,

Agitant devant moi l'éternelle menace.

Sur la rébellion dressant son attentat.

170 AGNES DE MERANIE.

Décidera bientôt des afl'aires d'État.

Va, comme, chez lui-même, il est si petit ])iiiice ,

Qu'il ne peut repousser l'assaillant le plus mince,

(lomme il est obligé de prendre son appui

Ou chez l'un ou chez l'autre, et toujours hors de lui.

Selon qu'il entrera dans telle ou telle ligue,

Il nous inlligerait sa misérable intrigue,

Et nous serions tantôt Anglais, tantôt Germains,

Pour le plus grand profit des pontifes romains.

— Restons Français. Je dois, de même fierté d'àme,. Koi, garder mon royaume, et, chevalier, ma dame. Oh! je n'ai pas été si jaloux de mes droits.

Pour en olïrir l'hommage au pape Innocent- Trois; Et je n'ai pas paru de mes fleurons avare, Pour que sur ma couronne on mette une tiare ! S'il fallait la briser, ou subir cet aftVont, Je me l'arracherais, moi-même, de mon front; \'A je serais plus roi, tombant ainsi du trône. Que trônant pour le pape, et roi par son aumône.

— Me comprends -tu?

GUILLAUME

Seigneur, j'ai donné mes avis; J'ai rempli ijion devoir; qu'ils soient ou non suivis. Comptez, quand le moment viendra que je vous serve. Que je vous servirai, sans retard ni réserve; Car c'est, comme j'ai dit, la vertu du vassal. D'être franc de parole, et d'action loyal.

PHILIPPE

Allons, il ine suffit. On trouve d'habitude Le noble dévoûment sous la franchise rude.

— La reine?

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