‹ Œuvres complètesChapitre 100 sur 237 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Vous augmentez l'impôt; vous tiercez les bourgeois,

Et jusqu'aux chevaliers , exempts de pareils droits.

Entre le pape et vous, pressée et pourchassée.

Allant de l'un à l'autre, et partout relancée,

La nation succombe , et ne peut même pas

Vers le ciel, qu'on lui ferme, étendre au moins les bras.

— Prenez-y garde, sire! 11 ne se peut qu'on tienne En si long interdit la France très-chrétienne.

La France veut son culte, et, s'il n'est rétabli,

Le trône répondra de l'autel aboli.

Songez que vos barons ne vous doivent l'hommage

(Ju' autant que leur salut n'en souffre aucun dommage;

Et que, s'ils sont placés entre vous et leur foi,

ils sont à leur Dieu, sire, avant d'être à leur roi.

— Sire, ayant entrepris une lutte impossible, 11 est beau de céder plus que d'être inflexible. Enfin , quand vous avez à choisir, monseigneur. Ou du bonheur public ou de votre bonheur. S'il faut sacrifier un intérêt à l'autre.

Ce n'est pas l'intérêt du peuple, — c'est le vôtre.

PHILIPPE

Qu'est-ce à dire?

GUILLAUME

Je dois mon avis, le voilà :

Quittez madame Agnès, monseigneur, quittez-la.

Par tous les saints!... Allez! c'est une ignominie! Allez -vous- en!

GUILLAUME

Seigneur...

PHILIPPE

Allez ! je vous reni«

468 AGNES DE MERANIE.

GUILLAUME

Je m'en vais, monseigneur, puisque je suis chassé; Mais mon ])ras est à vous comme par le passé. Je reviendrai le même, à votre premier signe. 11 peut vous arriver d'en trouver un plus digne ; Mais vous ne trouverez, j'en suis sûr, nulle part, Vn plus fidèle ami que cet ami qui part.

— Adieu donc, monseigneur.

PHILIPPE

Voici ma main ; demeure.

J'ai trop peu d'amitiés, pour perdre la meilleure. Peut-être d'autres temps m'auraient laissé plus fier; Mais le malheur est bon , qui rend l'ami plus cher.

GUILLAUME

\h! sire!

PHILIPPE

Je suis donc un prince bien infâme.

Qu'un dernier compagnon me jette aussi son blâme?

GUILLAUME

(-lier sire!

Mais du moins écoute -moi; je veux, Pour me justifier, que nous causions nous deux.

— Et d'abord j'aime Agnès. Force ni raison même

Ne pourraient me contraindre à quitter ce que j'aime; Mais, si je la défends par amour, je le doi , Et comme chevalier, Guillaume, et comme roi.

— Ce n'est pas devant toi, la loyauté vivante, Que la chevalerie a besoin qu'on la vante;

€'est la source d'honneur, et nos plus hauts barons, S'ils n'étaient chevaliers, ne seraient que larrons. Et cependant, tu veux que, moi que l'on contemple.

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