‹ Œuvres complètesChapitre 112 sur 237 · ACTE TROISIÈME. i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME. i

PHILIPPE

Tout à riit'ure !

AGiNÈS.

îNon, monseigneur. — Pourquoi voulez-vous queje pleun'.' Je suis gaie, au contraire, et je trouverais doux, S'il ne vous déplaît pas, de causer avec vous. — Restez! Nous causerons de ce qui vous agrée. Voulez-vous, monseigneur, qu'un récit vous récrée? Vous plaît-il, c'est celui qui le plus vous émeut. '(]e que le bon Tristan dit à la belle Yseut?

PHILIPPE

(}ue lui dit-il, Agnès? — Est-ce qu'à son amie !1 promet des amours qui donnent l'infamie? Dit-il qu'il lui doit être un ami si fatal. Que le pire ennemi lui ferait moins de mal? Dit-il qu'il va la prendre, heureuse, jeune et belle, Aux plaisirs familiers de la cour paternelle, Pour enfouir jeunesse et beauté dans l'ennui D'un lugubre palais d'où les plaisirs ont fui? •Que, lorsqu'il lui parlait d'une cour renommée. Aux courtoises façons par les dames formée. De fêtes, de splendeurs, d'appareil souverain, 11 mentait: il en a menti comme un vilain; il ne pouvait offrir, pour royal patrimoine , <}u'un morne isolement et l'insulte d'un moine? Lui dit-il de chasser ce méprisable roi , <)ui n'est maître de rien, pas seulement de soi: •(lui, comme un vil gibier tombé dans une trappe. Se débat dans un nœud que tient la main du pape ? Est-ce là ce qu'il dit? — Alors cela m'émeut : Dis-moi ce que Tristan dit à la belle Yseut.

AGNÈS

Qu'avez-vous, sire? En quoi vous ai-je pu déplaire Pour que vous me parliez avec tant de colère?

PHILIPPE

Ce n'est pas la colère, Agnès, — c'est la douleur. Je comprends, pauvre Agnès, ce que dit ta pâleur. Et les pleurs, que ta main essuie à mon approche. Me laissent, malgré toi, voir leur muet reproche. — 0 Dieu! qui l'aurait cru, qu'il viendrait un moment Où l'amour de Philippe allait être infamant, Où j'aurais ce remords, mêlé de jalousie, Qu'il vaudrait mieux pour toi qu'un autre t'eut choisie I

AGNÈS

Oh ! monseigneur !

PHILIPPE

Vraiment, c'est noble et généreux De rester attachée au sort d'un malheureux, Et je ne sais lequel admirer davantage, Ou mon abaissement, Agnès, ou ton courage.

AGNES, à part.

Oh ! le courage aisé de rester près de lui !

PHILIPPE

Tu pouvais bien me fuir, comme chacun m'a fui : Tu pouvais bien trouver ce dévoùment trop rude, De perdre tes beaux ans dans une solitude.

AGNÈS, à part.

Voilà ce qu'il croira!

PHILIPPE

Tu restes par vertu.

Tu ne peux plus m'aimer; comment m'aimerais-tu? Non, il n'est pas d'amour qui survive à l'estime,

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